Roseland - La Vie est Ailleurs

ROSELAND
La Vie est Ailleurs
Autoproduction, 2015

 

 


Les impressions laissées par "Au Mont Des Soupirs" se devaient de prolonger ces moments précieux, délicats, où l'on a parfois l'étrange sensation que le temps s'est arrêté pour toujours...
Cela fait maintenant environ huit ans qu'Eric Apollinari partage ses émotions avec qui voudra bien se laisser emmener dans le pays de Roseland, un lieu où résonne l'écho de sentiments aussi profonds qu'ils sont discrets, presque en effleurements, et non moins denses quand ils s'adressent à l'auditeur.
La subtile texture sonore qui enveloppe ces notes de piano semble les faire remonter d'un lieu enfoui sous les eaux comme de la mémoire; c'est le souvenir que l'on se refuse à perdre et la douleur muette qui l'accompagne, c'est cette beauté précaire, fragile, larme dans la lumière, que l'on appelle nostalgie, matérialisée ici au coeur des superbes paysages montagneux bordant le lac d'Annecy...
Les mélodies s'insinuent doucement dans notre esprit, gagnent notre âme et nous bercent de mélancolie mais sans nous rendre tristes, il s'agit du fruit d'un bel exercice de style, sensible, qui ne cède jamais à une expression facile parée de fades intentions. Les bas-reliefs enchanteurs du "Destin des Pierres", les courants magnétiques de "Calling" qu'orne une voix en retrait comme un mouvement de brume (voix évoquant une lointaine prière sur la peau frissonnante de "Hommage") ou encore l'ancienne photo que l'on imagine à l'écoute de "De Toi, auprès" sont les étapes d'un pèlerinage de réminiscences, lequel s'achève par "La Source", symbole d'une espérance qui surgit dans un monde ayant perdu la mesure de toutes choses et s'appliquant en tournant la dernière page à dévoiler de nouveaux horizons... En effet, comme nous l'enseigne le titre, la Vie est ailleurs.

       Gasp

 

  Je retrouve dans "La Vie est Ailleurs" tout ce qui faisait la force de "Maladivine" et "Au Mont des Soupirs" : cette capacité d'Eric Apollinari de nous projeter dans son imaginaire pour stimuler, réveiller ou bousculer le nôtre sans cesse agressé par la bêtise qu'engendre l'uniformisation fruit de la mondialisation. Nous faire nous souvenir que nous n'avons pas le droit de renoncer. Pas un titre qui ne provoque son flot d'images et d'émotions. Force et fragilité. Brutalité qui jamais ne dit ses notes, tout est affaire de suggestion, et douceur qui s'exprime sans faire de concession à la mièvrerie et derrière laquelle au contraire se cache une menace prête à nous étouffer si nous abdiquons. Nostalgie d'une civilisation perdue autant qu'espoir d'une Terre qui renaît de siècles de violence. Le temps n'existe plus, plus rien n'est impossible, nous voilà soudain capable de remodeler le monde !... Ces mélodies, belles et profondes, réellement bouleversantes sont baignées de mélancolie et nous piquent parfois de pointes de détresse qui plutôt que nous plonger plus loin dans la noirceur et le désespoir nous laissent croire que nous avons encore un avenir, étonnant paradoxe ! Loin du fatras obscène d'un occident en pleine déliquescence, ces notes sont une porte ouverte vers une vie ailleurs... mais cet ailleurs c'est ici, sur ma terre, c'est ma terre. L'Histoire s'efface devant la propagande et l'ignorance, la culture se délite face aux loisirs turpides, la cocacolanisation avance derrière le masque du multiculturalisme, l'on cherche par tous les moyens à nous retirer le droit de poursuivre nos rêves, d'honorer notre passé et de désirer un autre futur, cette collection est un pied de nez à la médiocrité que l'on tente de nous imposer pour nous dominer, un hommage poétique à la nature et à l'imagination, un hymne à l'intelligence.

       Brown Jenkin