Rome - Nera

ROME
Nera

Cold Meat Industry, 2006

 

 

 

Après «Berlin», EP qui nous introduisait dans l'univers de Rome, Jérôme Reuter nous propose un premier album qui ne déçoit pas les attentes suscitées par cet objet préliminaire. Comme une aube pesante au-dessus de l'Europe projetant sur le vaste écran de son horizon le film en noir et blanc d'une époque barbare, de nombreux samples grisonnants accompagnent l'écoute. La beauté du désenchantement, le cimetière glacial des illusions, fleurs fanées qui crèvent d'oubli sur des tombes sans nom et un étrange parfum de mélancolie retenue ; ombre distinguée d'une femme vêtue de blanc qui disparaît dans les brumes du passé. «Nera» est un opus qui invite l'auditeur à bien des rêveries à travers les images fugitives de son enveloppe martiale, ton un peu grave emprunt de romantisme et de nostalgie que la voix de Jérôme (parfois proche du spoken word) hante d'un timbre posé et racé ; charisme vocal qui n'est pas, loin de là, le plus faible atout de ce paysage musical. Des atmosphères et des mélodies assez entêtantes, notes de piano, guitare acoustique et charpente synthétique encadrant l'ensemble, capable d'enfanter à partir d'un fond tiède et cendré un climat homogène où l'éventail de samples est bien intégré et répond en terme d'une mise en valeur intéressante au sein de chaque composition. Voici une œuvre pouvant appartenir à la nébuleuse néofolk, que l'on trouvera cependant dans les banlieues de celle-ci (attention, il n'y a là rien de péjoratif, au contraire !). Néoclassique, orchestral, cold... au-delà des étiquettes, Rome offre une identité propre qui semble entamer ici un long chemin, lequel se fera sous le regard des anges de l'Apocalypse.

      Gasp