Kurotokage - Call to the Deep

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KUROTOKAGE
Call to the Deep
Fluttering Dragon, 2001

 

 

Kurotokage... Voilà un nom bien étrange qui aiguillonne la curiosité. Hommage à l’écrivain japonais Edogawa Ranpo (1894-1965), Kurotokage est le titre original de l’un de ses romans, "Le lézard noir". Autre facette créative de Niiko, l’homme qui modèle les ténébreuses architectures d’Asmorod, ce "Call to the Deep" est un théâtre d’ombres mouvantes à la fois charnelles et mystiques. Enigmatique coffret recelant des fragrances capiteuses, cet opus me fait penser à une sorte de lieu sacré où l’on avance, de chambres en dédales, sous les vapeurs de plus en plus grisantes des encens. Asie mystérieuse, soleil levant dont une partie de l’orbe demeure à jamais nocturne, ce sont des volutes ambiantes qui nous surprennent en nous offrant le toucher d’une peau douce et froide dont la carnation moirée s’agrémente de troublants tatouages. Jeux de percussions et de carillons, vibrations cuivrées, voix, murmures, rituels et climats inquiétants chargés de menaces... Une empreinte onirique et surnaturelle déploie ses revers de brume en jetant des formes fantastiques vite soufflées par les vents des montagnes ; certains passages donnent presque des frissons, ils évoluent dans l’écrin d’une beauté inaltérable mêlée à un fort sentiment de peur rampante. Profonde, mélodique, parfois tribale, tunique de la nuit sur laquelle on a brodé de précieuses pierres qui chantent les mémoires de l’eau (élément qui semble ici incontournable, tout comme pour Asmorod), cette réalisation est une estampe japonaise sonore, l’émanation de quelque fantasme qui finit par nous enivrer et nous perdre dans un rêve que de toute manière on ne voudrait plus quitter. J’espère qu’un autre album verra le jour sous l’œil de Kurotokage, en attendant, je vous recommande chaudement cette œuvre terriblement magnétique.

      Gasp