Interview Big Cocky Man Sinweldi (avril 2009)

Apparaissant dans le riche paysage néofolk avec un premier album qui ne devrait pas vous laisser indifférent, Big Cocky Man Sinweldi nous invite à découvrir une dark folk soignée aux émotions à fleur de peau, "Is Europe Dying ?" en appelant autant au poète qu'au combattant pour mieux dénoncer les maux nombreux qui rongent et affaiblissent notre vieux continent, lequel jadis rayonnait tel un soleil...

Bonjour Albert ! L'introduction qui rythme les grandes lignes d'une interview s'impose : peux-tu te présenter aux lecteurs des Cratères de l'Hydre et nous parler de ton parcours musical ?
Je suis un Français issu de la classe moyenne. J'aime la musique, le sport et le cinéma. J'ai commencé très tôt la musique, à l'age de six ans, je jouais de la trompette, puis j'ai appris la guitare vers l'âge de onze ans. J'ai joué dans différentes formations métal indus, électro, pour abandonner complètement la musique pendant cinq ans et reprendre l'année dernière !

Big Cocky Man Sinweldi : voilà un nom qui accroche l'oreille et ne laisse pas indifférent; veux-tu bien nous en dire plus à son sujet ?
Ce nom surprend les anglophones. La signification est la suivante, l'Homme prétentieux qui sûr de lui se permet de contrarier la nature, de défier l'ordre établi .

BCMS est-il le projet d'un seul homme ou d'autres personnes participent aussi à l'écriture des compositions ?
Les morceaux sont écrits par moi-même. Il est vrai que Aymeric (au clavier) a participé à l'enregistrement en ajoutant des nappes de synthés et des lignes de basse sur certains morceaux.

Une trame nostalgique circule dans les veines de ce premier album et rejoint l'interrogation pessimiste du titre : penses-tu qu'il soit aujourd'hui trop tard pour sauver l'Europe ?
Je pense que malheureusement les rouages mêmes du libéralisme viendrons à bout de notre grande et belle civilisation européenne. Je me prends à rêver parfois à un soubresaut des nations, un réveil collectif. Mais le principe de la «pensée unique» participe a son déclin. Il n'est jamais trop tard, il faut lutter.

Quels messages et valeurs défends-tu à travers ta musique ? L'art, face au déclin de la civilisation et à l'appauvrissement de la culture, peut-il être encore considéré comme un vecteur capable de faire réagir ?
La camaraderie, les valeurs chrétiennes, l'honneur, voilà les valeurs qui sont mises en avant dans l'album et si les Français continus à regarder toute la bouse qui passe à la télé, en bref à se transformer en mouton, je crois que notre cause sera perdue.

Comme nous l'apprend le livret, "Sinweldi" signifie "forêt sans fin" : s'agit-il de l'Europe avec sa richesse et sa diversité ?
Sinweldi est un terme plutôt sulfureux, et fait référence à un auteur que je ne peux citer ici. C'est en effet la désignation des forêts d'Europe qui ont en partie disparu. C'est symbolique, le déclin annoncé de l'Europe.

Grandeur, force et noblesse avec cependant cette manifestation morbide s'affichant en plein visage : la statue figurant sur la pochette recèle une métaphore saisissante...
La statue est la représentation de Mars, le dieu de la guerre. L'homme ne devrait pas craindre la mort s'il meurt pour défendre une idéologie, sa nation et son histoire. Je ne pense pas que l'Homme puisse se satisfaire de son mode de vie actuel.

Tu es je crois attaché à la personnalité charismatique de l'homme politique autrichien Jörg Haider décédé accidentellement en octobre 2008; suivais-tu de près ses travaux et son parcours ? Avec sa mort, l'Europe a-t-elle perdu un "élément fort" de son paysage politique ?
Sa mort m'a profondément attristé. Un leader charismatique proche du peuple dénonçant les abér- rations de notre époque ! Ça force le respect. L'Europe des 27 a tord de dénigrer certains partis et de systématiquement contrecarrer leur progression. Si on veut en finir avec l'axe du mal qui sème la guerre et la misère partout dans le monde, nos décisions devront être à la hauteur et aller au-delà de nos politesses actuelles .

"Chanson d'automne" et "L'heure du berger" sont à la base des poèmes de Paul Verlaine : si les paroles du premier renvoient une tonalité triste (alors que la musique qui l'accompagne ne l'est pas), le second s'attache (autant sur le plan musical que textuel) à quelque chose de plus mystérieux qui semble regarder au loin, peut-être vers l'espoir d'un renouveau en devenir...
L'heure du berger, c'est on se pause, on respire, on se relaxe et on apprécie ce qu'il nous reste d'agréable dans nos vies, un joli paysage, un instant où le temps ne compte plus ....

Pourquoi avoir choisi des textes de Verlaine ? Qu'évoque à tes yeux ce poète à l'âme torturée ?
Verlaine est l'un de nos plus grands poètes. C'est avant tout le choix du cœur ! Et puis ces vers sont faciles à mettre en musique et m'inspirent beaucoup.

Quelle est cette véritable couleur du vent dont il est question au quatrième titre ("The true Color of the Wind") ? De quelle symbolique est-il question ici ?
J'aime l'expression «blowin in the wind» de Bob Dylan. La vraie couleur du vent est celle de la liberté, pas celle que l'on voudrait nous imposer, mais celle du refus du consumérisme et du libéralisme. Celle du retour à nos vraies valeurs ...

Divers samples participent à l'élaboration des morceaux de l'album : quelle dynamique rattaches-tu à l'utilisation de ces échantillons sonores ?
J'ai voulu ajouter des samples pour interpeller l'auditeur, et peut-être le forcer à décrypter mes propos!

Quelles sont tes influences musicales ? Quand tu composes, à quel groupe ou artiste as-tu le sentiment de ne jamais complètement pouvoir échapper ?
J'écoute beaucoup d'artistes d'univers très différents, c'est pourquoi je ne me sens pas cloisonné à un style en général, même si j'avoue que Death In June est ma référence absolue en néofolk j'aime aussi beaucoup Bob Dylan, Rome, Neil young et Ministry.

Il y a, dans ton actualité récente, ta contribution à la compilation dédiée à la Première Guerre mondiale qui sera éditée par le Netlabel La Caverne du Dragon, peux-tu nous en dire plus ?
La Caverne Du Dragon m'a contacté pour participer à leur compilation sur le thème des soldats morts entre 1914-1918, un hommage franco-allemand. La compilation sera en libre téléchargement et proposera plus de 20 titres. Très honnêtement j'ai eu la chance d'écouter quelques morceaux dont celui de Art Abscon(s) et Front Sonore, et la qualité des morceaux est exceptionnelle et très inspirée....

Comme je le signalais en débutant ma chronique de "Is Europe Dying ?", le genre néofolk, malheureusement, ne se manifeste que trop rarement en France... C'est le moment ou jamais de nous faire connaître d'autres formations discrètes qu'abrite l'Hexagone...
Grâce à Myspace, j'ai découvert de nombreuses formations françaises de qualité, dark ambient, néo folk et industrielle en général. J'ai retenu Jörvallr qui est un artiste néofolk de l'est de la France que j'aime beaucoup et qui prépare son premier album.

Tu es signé sur le label d'Outre-Rhin SkullLine Records, comment le contact s'est-il établi entre vous ? Vos relations de travail te satisfont-elles ?
Après avoir fini l'enregistrement début mars, j'ai eu un contact avec un label français qui a été intéressé par l'album, finalement le message contenu dans mes paroles leur a posé apparemment un problème.
C'est pourquoi mon ami Julien de Front Sonore m'a conseillé d'envoyer mes morceaux chez SkullLine, label qui venait de sortir son dernier album. A l'heure actuelle signer un premier album sans concerts après 6 mois d'existence est quasiment impossible. Les difficultés rencontrées par les labels, leurs pertes en terme de ventes sont énormes, c'est pourquoi signer chez SkullLine est une solution acceptable pour un jeune artiste qui désire toucher un public spécialisé.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ? BCMS est-il attendu sur scène ?
On prépare effectivement les futurs concerts, nous serons à trois sur scène. On espère pouvoir aussi participer à d'autres compilations.

Je te remercie pour le temps que tu as consacré à cet entretien et te laisse le mot de la fin en te souhaitant le meilleur pour l'avenir...
Merci d'exister ...

 

                                   Gasp, avril 2009

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