Interview Villa Vortex (année 2007)


Remarqués dès leur premier EP, les quatre membres de Villa Vortex reviennent nous asséner un album,
"Incertitudes", qui enfonce le clou. Un rock puissant et sombre à l'image des textes en français qui non content de fusionner parfaitement à la musique, sont d'une force qui ne risque pas de passer inaperçue, Villa Vortex n'aura pas volé son nom ! Tant de talents méritaient bien une interview, Will. A, le bassiste de la formation a accepté de répondre à nos questions…


A quand remonte la création du groupe, qui le compose, pouvez-vous nous faire une brève biographie de Villa Vortex depuis ses origines jusqu’à "Incertitudes" ?
Le groupe est né aux alentours de 2003, puis s'est arrêté durant un an car nous avons été victimes d'un incendie qui a rayé de la carte notre local de répétition, ainsi que tout notre matériel. Seule reste la basse qui revient du feu...
Nous avons donc repris fin 2004 et avons sorti un 1er MCD intitulé
"Villa Vortex". Nous avions le potentiel pour sortir un album mais nous avons préféré avancer progressivement, d'autant plus que nous étions ruinés !
Nous n'avions à la suite de ça plus peur de rien. Nous avons enchaîné des concerts, ce qui a formé le groupe, c'est aussi là où nous nous sentons le mieux. Peu à peu nous avons créé les titres de Incertitudes qui combinent nouvelles créations et quelques titres plus anciens. Il fallait passer par ce premier album pour définir un son, imposer le chant en français et savoir comment évoluer positivement par la suite, être plus forts, plus efficaces. Enfin nous travaillons de nouveaux titres qui nous semblent aller dans le bons sens, on espère donner une suite si on ne nous crame pas tout d'ici là.
Malgré tout ça nous sommes toujours 4 : Barascud au chant et claviers ; FG1 à la batterie ; FG2 aux guitares et Will. A au piano et à la basse.

Votre musique est le point de rencontre de bien des influences, ceci se ressent dans vos réalisations, pouvez-vous nous en parler ?
Effectivement c'est très varié. Nous avons tous grandi dans la musique et nous nous sommes tous impliqués en elle soit en ayant des groupes, soit en créant des fanzines, en organisant des concerts, etc...
Je dirais que notre guitariste aime les musiques barrées comme Converge, tout ce qui est Stoner avec Kyuss, Godflesh, il nous a fait découvrir Isis, Tool, il aime Warsaw, les Melvins... Notre batteur le suit, il aime des groupes essentiels comme Fugazi, Faith No More, ou encore Neurosis, Ministry, Girls Against Boys.
Enfin notre chanteur et moi-même venons plus de la cold wave avec tout ce qui gravite autour (Indus, Goth, etc...) la liste est trop longue, mais Bauhaus, Joy Division, And Also The Trees, Nine Inch Nails, Neubauten, Nick Cave, les groupes de 4AD sont au premier plan. Enfin certaines formations sont centrales et rejoignent tout le monde comme Killing Joke, les Stooges...
On est également très ouverts, on passe facilement d'un vieux Metallica à Cure ou At The Drive In et Dälek.

Votre EP éponyme fut en son temps particulièrement bien accueilli par la critique, vous attendiez-vous à un tel accueil, celui-ci a dû être un fort encouragement pour le groupe ?
Exactement, tout est résumé. Cela a été une réelle surprise, nous avons aussi pu mesurer l'impact d'Internet. Notre titre
"Corps chrysanthème" s'est retrouvé diffusé un peu partout en Europe dans le milieu undergound, en Amérique du Sud et du Nord. Et surtout on a été et on est toujours soutenu par des passionnés, des connaisseurs qui aiment les mêmes formations que nous, cela permet des rencontres intéressantes, enrichissantes.
Nous étions d'ailleurs beaucoup plus critiques envers ces titres. L'encouragement est encore plus fort aujourd'hui car l'album est soutenu à son tour.

Si je vous demande de nous présenter "Incertitudes" en quelques lignes, cela donne quoi ?
Je dirai sans aucune prétention que ce sont 11 titres qui sentent le feu, comme si nos instruments brûlaient encore. Notre musique est directe, énergique et il faut bien le dire sombre et dure dans l'esprit.
Bien qu'aimant les sons et samples nous avons voulu uniquement une base rock avec un piano sur quelques titres pour aller à l'essentiel.
C'est un premier album il en a le charme, la force et ses défauts.

Les textes, qui méritent le détour, sont en français, est-ce important pour vous de chanter dans la langue de Molière ?
C'est important à plusieurs titres. D'abord notre chanteur aime les lettres et les mots. C'est aujourd'hui un des spécialistes français de J.K Huysmans, il écrit d'ailleurs sa biographie qui sera publiée cette année ou l'année prochaine. Chanter en français est très difficile, trouver les sonorités et leur donner un sens encore plus. Avec cet album nous trouvons notre voie ou voix.
Ensuite n'étant pas bilingues chanter en anglais n'aurait pas de sens, les vers seraient faibles et maladroits, l'accent improbable.
C'est appréciable de jouer avec quelqu'un qui travaille ses textes et qui ne s'installe pas au piano pour raconter son repas pizza avec sa voisine ou qui slamme au sujet des jantes de sa Mercedes. Parfois les incendies ratent leur cible.

Vos textes sont plutôt sombres, l’humanité n’a-t-elle pas d’espoir pour les membres de Villa Vortex ?
L'humanité a certainement un espoir, l'humain peut-être moins.
L'homme a un destin fascinant, sa quête de connaissances, sa volonté de comprendre, de découvrir, de fuir déjà au-delà de notre monde, tout cela est passionnant. L'art, la philosophie sont absolument essentiels.
En revanche, sorti de cela et de ses petites compensations personnelles reconnaissons que tout est lâcheté, pauvreté, misère intellectuelle, violences. Partout cela craque, partout le mensonge, le crime.
En l'espace d'une semaine je constate qu'une jeune femme s'est fait étrangler et certainement violer après son travail, qu'un gamin a volé une voiture et écrasé une fillette, qu'un autre a poussé un flic à la mort et réduit sa femme et ses enfants au désespoir, et on s'épargne le premier génocide du 21e siècle en Afrique, etc, etc. Inutile de rajouter qu'il n'y a pas de manif, pas de grands articles dans les médias pour tout ça.
Quand on prend un instrument on se retrouve bizarrement à jouer vite et fort...

Maurice G. Dantec est à l’origine du nom de votre formation ("Villa vortex" est un roman de l’écrivain français), est-il toujours pour vous une référence ?
Tout à fait, il fait partie de notre univers à des degrés divers pour chacun d'entre nous. Nous aimons son indépendance, son intelligence, son style. Ses références à l'univers rock et post punk nous correspondent. Notre chanteur l'a d'ailleurs rencontré au Canada, c'est quelqu'un d'extrêmement ouvert et humainement très riche.
Pour le résumer je vais retourner l'interview et vous citer lorsque vous parliez de lui lors de notre première chronique : "l'un des rares écrivains français qui combat sans relâche la pensée des vieillards séniles, politiques comme intellectuels, qui nous mènent au chaos."

A part Dantec, y a-t-il d’autres auteurs qui vous ont marqués et vous influencent ?
Comme pour la musique énormément. Forcément le 19e siècle, le courant romantique, les décadents. Nietzsche, est-il nécessaire de le dire ?!
Cela peut rejoindre aussi la BD comme Franck Miller. Sinon à titre personnel j'aime beaucoup un autre indépendant: Jack Kerouac dont les livres sont les dernières traces de liberté.
Enfin je vous invite tous à lire Pierre Jourde, une personnalité entière, un style infaillible, son dernier livre est un condensé de vérité.

La cover réussie de l’album est au diapason des textes, paysage urbain nocturne qui n’invite guère à se réjouir, qui est responsable de l’artwork ?
Une amie particulièrement douée en est à la base. Lucile Godard, elle est graphiste, installée à Lyon. Notre collaboration devrait durer. Notre musique va évoluer en même temps que notre univers graphique, c'est un vrai souhait pour l'avenir.

Votre album de par, entre autres, sa maturité n’a pas grand-chose à envier à quiconque, alors l’autoproduction pour Villa Vortex, était-ce un choix ou une nécessité ?
Nous n'avons pas démarché de labels avant de faire cet album. Il s'est fait par nos propres moyens, donc très limités. Mais le son est là, François Carle était aux manettes au Passe Muraille à Grenoble il a su s'investir entièrement et sentir notre musique.
Disons que nous ne nous sommes pas donné le choix de faire autrement. Mais il est clair qu'une structure nous soutenant nous laisserait plus de temps pour nous consacrer uniquement au travail de la musique, ce qui serait fort appréciable. On verra pour l'avenir.

Villa vortex 4

Où vous situez-vous dans la scène française ? Comment trouvez-vous cette dernière ?
On ne sait absolument pas où se situer, nos influences variées nous mettent au carrefour de plusieurs mondes. En même temps comment définir la scène française ? Il y a plein de bons groupes mais il faut bien le dire aucun moyen. Soit tu te prostitues et tu passes là où l'Etat contrôle tout soit rien n'est vraiment ouvert. Beaucoup ont compris d'ailleurs que l'étranger est la porte de sortie. Quand on voit l'accueil que les Allemands peuvent réserver à notre musique on se dit qu'il y a un truc qui ne fonctionne pas ici. Heureusement la résistance s'organise sur le web et dans quelques salles.
Punish yourself, les Sleepers, Lycosia, il y a pourtant de la matière ici.

Vous êtes bien implantés sur le net à travers votre site et pas mal de chroniques plus quelques interviews… Formidable moyen d’expression et de communication, mais aussi dangereux à travers le téléchargement sauvage, qu’en pensez-vous ?
Nous sommes pour les artistes, qu'ils vivent de leur art, mais en même temps j'aime le côté sauvage du web pendant qu'il peut encore l'être. Tout est contrôlé, le web le sera certainement un jour, on y vient, alors prenons les libertés quand elles sont là. On s'en fout téléchargez nous.
Même s'il faut reconnaître une différence, un disque acheté à un petit groupe ça l'aide à poursuivre un peu. A un gros groupe ça engraisse des gros porcs qui ne connaissent rien à l'art.
Et enfin il faut reconnaître qu'aujourd'hui lorsque nous allons voir un concert on paie deux fois le prix de sa place alors ne culpabilisons pas dans l'état actuel des choses.

De quoi la vie de Villa Vortex sera-t-elle faite dans les mois à venir ? Des concerts en vue ?
Nous allons reprendre les concerts, notre guitariste a dû beaucoup voyager : Russie, Australie et nous attendions que cela se stabilise. Quelques concerts à venir avant la rentrée, puis à partir de septembre nous allons remplir notre calendrier si tout va bien. Nous espérons aussi jouer avec d'autres groupes et partager la scène, autant proposer plus au public.
Enfin nous écrivons de nouveaux titres, 3 ou 4 sont déjà bien avancés, nous évoluons.

Les Sentinelles vous remercient d’avoir bien voulu répondre à leurs questions et vous laissent le soin de conclure…
Tout d'abord, merci pour votre remarquable travail.
Et pour conclure je combinerai nos deux mondes, puisque nous sommes tous des sentinelles :
"Les sentinelles doivent se tenir là où la destruction ne se conçoit pas comme point final mais comme préliminaire".


                            Brown Jenkin (avril 2007)