Interview Tempus Fugit (année 2007)

Une première démo éponyme en 2004, une seconde, "Songs in the Distant", en toute fin d'année 2006 qui vient confirmer tout le bien que les Sentinelles, et quelques autres, pensaient d'eux. Tempus Fugit s'installe dans le paysage rock français, raison suffisante pour leur ouvrir nos pages. Talents, motivation, le quatuor fonce déjà vers son avenir, nous on suit sans rechigner et l’on vous invite à faire de même.

 

A quand remonte la formation du groupe ? Qui en est à l’origine et quelles nécessités ont conduit à sa naissance ? J’ai l’impression que Tempus Fugit est devenu bien plus qu’un "projet récréatif" ?
Francis: Tout part d'un truc un peu bidon. En 2001, j'achète une boîte à rythmes d'occasion. Je fais mu-muse avec elle sans trop savoir m'en servir. Je pose alors des riffs fortement influencés par les groupes que j'écoutais à l'époque (Sisters of mercy, Joy Division, Cure...). SirDek, qui officiait alors avec moi dans le groupe Tryoxyn (Black Metal), ajoute alors quelques claviers et reprogramme des rythmes plus efficaces : un premier morceau voit le jour, "Resurgence". En un an et demi, le projet devient un groupe et enregistre sa première démo en 2004.

De quels membres se compose aujourd’hui Tempus Fugit ?
Francis: Aurélie au chant (ex Maneki Neko), moi-Francis aux guitares (ou à la guitare), Guillaume à la basse, à l'acoustique sur certains morceaux et aux choeurs, et SirDek (claviers, programmation, samples).

Entre la première démo et "Songs in the distant" les rôles de bassiste et chanteuse ont changé, cela a-t-il été difficile à gérer ou les changements se sont faits sans secousse pour la marche en avant du groupe ?
Francis: Pour être honnête, j'ai l'impression que ça s'est fait naturellement. T.O.D. est parti le premier car il craignait de ne plus pouvoir s'investir convenablement dans Tempus Fugit pour des raisons principalement professionnelles et géographiques. Guillaume, qui avait bien apprécié la première démo, s'est alors proposé pour reprendre le poste de bassiste. Pour Claire, les choses ont été un peu différentes. L'éloignement entre les membres imposait certains "réflexes" et un certain sens de l'organisation qu'elle avait un peu de mal à appliquer. Même si on lui a un peu montré la porte de sortie, on est resté en bons termes. On n'a pas eu à chercher une autre chanteuse, vu qu'Aurélie - qu'on connaissait bien et qui n'avait plus de groupe - s'est proposée quasi simultanément.

L’arrivée de ces membres a-t-elle conduit Tempus Fugit sur des voies qui n’étaient pas celles prévues au départ ? Il semble qu’Aurélie a pris une place importante dans le groupe ?
SirDek: En ce qui concerne l’approche de nos instruments respectifs je ne pense pas mais en ce qui concerne la création des morceaux et l’enrichissement, sans aucun doute !
Guillaume: Je pense que "Songs in the distant" est une démo de transition. C’est à partir de maintenant que Tempus Fugit va réellement évolué.. Chacun a pris ses marques et personnellement je ressens toute la richesse des 4 personnalités. Je suis impatient.
Francis: Leur arrivée a incontestablement changé beaucoup de choses. Avec SirDek, on joue ensemble depuis maintenant pas mal de temps (au sein de différents projets) et on a pas mal d'atomes musicaux crochus, ce qui est bien mais peut se révéler stérile à long terme (surtout que dans le Tempus Fugit Mark 1, on se retrouvait souvent à plancher sur le chant et des idées de basse). En ce sens, leur arrivée a offert une nouvelle perspective. Ils ont apporté avec eux leurs expériences, leurs influences, leurs idées. Aurélie a tout simplement pris la place qui incombe à une chanteuse : elle trouve ses lignes de voix et écrit ses textes. Elle est également très active en ce qui concerne l'organisation de concerts, ou la promo.
Aurélie: Je pense avoir apporté de l’eau au moulin de Tempus au même titre que Guillaume, mais il est aussi vrai que je compose et soumets mes lignes de chant aux garçons qui m’aident quand je suis dans l’impasse, et que j’écris mes textes, tout en essayant d’apporter une interprétation personnelle à ce qui était écrit et composé pour Claire.
SirDek: Et elle s’en sort très bien à cet exercice.

Dans votre bio vous citez des noms tels ceux de Joy Division, Bauhaus, Velvet Acid Christ, In The Nursery, etc., pourtant leurs présences ne transparaît pas dans vos compositions, de quelle manière les avez-vous donc digérés ?
SirDek: La digestion d’influences est souvent quelque chose de plus ou moins inconscient.. Cependant nous faisons des trouvailles musicales qui nous évoquent tel ou tel groupe, pas tant dans la globalité de ses sonorités mais sur un simple détail. Francis et moi partageons souvent des goûts musicaux similaires ou proches : il nous arrive de faire allusion à des groupes plus ou moins inattendus par rapport à l’instrument, comme par exemple un riff de guitare en son clair, des notes qui nous rappellent les boucles électroniques dans Velvet Acid Christ… Aucun lien pourtant avec l’utilisation que fait Bryan Erickson de cet instrument car nous avions en tête des albums avec quasiment aucune guitare ("Fun with knives" ou "Twisted thought generator").
Francis: Je sais pas si on les a digérées mais l'arrivée des nouveaux membres a permis de les diluer. Du coup, c'est un peu moins palpable et tant mieux.

Pouvez-vous nous présenter "Song in the distant", votre seconde démo qui vient de paraître ?
SirDek: C’est une démo qui contient cinq nouveaux titres entrecoupés de 4 interludes avec aucune interruption sonore malgré les changements systématiques de plage, le tout agrémenté de deux remixes. Ce fut une manière pour nous de présenter l’orientation de la musique de Tempus Fugit deux ans après la 1ère démo et aussi l’apport des nouveaux membres.
Francis: L'artwork de la démo a été dessiné par David Prêtre. C'est un artiste talentueux et prolifique qui nous a aimablement offert ses services.

Même si vous évoluez dans un genre (le rock atmosphérique) dont on n’attend pas la révolution, il faut avouer que Tempus Fugit offre un panel d’émotions et de paysages particulièrement attachants, la structure de "Songs in the distant" où les compositions sont liées par des interludes permet une immersion totale dans un univers bien étoffé, comment est née l’idée de cette construction particulière ? A quelles sources s’abreuvent vos imaginaires ?
SirDek: A la base nous avons décidé de reprendre le concept de nos concerts dans lesquels un de mes claviers nous a amenés à réfléchir à des interludes car il lui faut au moins une minute pour charger des réglages à partir d’une disquette (en effet il n’est pas très récent dans son genre). Nous avons donc créé des interludes aussi bien instrumentaux que purement électroniques pour lier tout le set sans aucune interruption sonore. Quand la question de la démo s’est posée, nous sortions d’une petite période de concerts et l’idée de refaire la même chose sur cd nous a emballés. Nous n’avons cependant retenu que les interludes électroniques et certains ont été créés spécialement pour la démo.
En ce qui concerne l’univers dans lequel te plonge la démo, je te remercie du compliment. La diversité de nos influences, le besoin de ne pas reproduire des choses évidentes et de jouer un peu avec les attentes de l’auditeur est probablement un de nos points forts, en tous cas cela constitue l’essentiel de la démarche que l’on prétend suivre.
Francis: Je pense que nos imaginaires s'abreuvent à différentes sources. Le cinéma et les B.O ont sûrement une certaine influence : Mamoru Oshii et Kenji Kawai, Tim Burton et Danny Elfman, "Blade Runner" et Vangelis...
Aurélie: Mon imaginaire se nourrit essentiellement de l’observation de ce (et de ceux) qui m’entourent, de Paul Auster, de Fiona Apple, de DM et de Guiness.

L’écoute de "Songs in the distant" stimule l’imagination tout autant qu’elle laisse voir des compositions sacrément bien foutues, comment se passe le processus de création au sein de Tempus Fugit ?
SirDek: Tout d’abord, ce processus se passe à distance (d’où, en partie, le nom de la démo). Pour ma part je vis assez éloigné du reste du groupe et nous avons tous une vie professionnelle ou étudiante qui nous laisse peu de temps pour se voir donc on a opté pour la composition avec Internet et du matériel informatique. On s’échange des fichiers par le net (god bless yousendit.com ), chacun de nous enregistre ses parties chez lui et un de nous centralise tout et constitue une sorte de "préprod", en tous cas un aperçu du rendu final. Il est clair que ce type de travail a ses limites et ses inconvénients (difficulté de communiquer une idée, temps de concertation entre tous les membres, etc…) mais a malgré tout ses avantages.

Vous avez choisi la voix de l’autoproduction qui permet entre autres une liberté artistique totale et de vendre vos œuvres à des prix dérisoires, à long terme cette façon d’envisager Tempus Fugit ne risque-t-elle pas de gêner votre évolution ou pensez-vous quand même démarcher les labels avec votre petit dernier ?
SirDek: Nous avons en tous cas adopté cette démarche car nous proposons pour le moment des démos. A vrai dire, cela nous fait un peu sourire les démos vendues à un prix exorbitant avec parfois le nom d’une espèce de faux label histoire de faire style. Cela ne remet cependant pas en cause notre intention éventuelle de chercher un label mais ne pas en trouver un ne doit en aucun cas nous empêcher de distribuer autant que possible notre musique à qui veut bien l’écouter. Néanmoins, nous prenons conscience de la nécessité chez certaines personnes d’acheter un CD (même CD-R) à un prix minimum en guise de gage de qualité avant l’achat. Vendre à un certain prix préserve quelque part l’image. Cela nous semble pourtant absurde mais nous vivons dans un contexte de consommation qui n’a pas fini de nous surprendre. En tous cas nous savons ce que nous voulons pour le moment et nous nous débrouillons pour le faire.

Quel est l’emploi du temps de Tempus Fugit pour les mois à venir, je suppose que les concerts vont être la priorité ?
Guillaume: Nous allons en effet envisager des concerts mais avec la distance qui nous sépare, les dates devront être groupées suivant nos emplois du temps.
A plus court terme, la composition va être notre priorité.

Cournon D’auvergne haut lieu du rock ? Clermont Ferrand n’est pas loin… Cela bouge-t-il en vos contrées ?
Francis: A dire vrai, si on fait abstraction de la venue du grand Didier Super cet été, ou du concert donné par sa majesté l'Iguane Iggy Pop il y a quelques années, on peut dire que l'épicentre du rock cournonais se résume à ma maison et au Mig Bar. Sur Clermont, c'est un peu plat : peu de groupes se déplacent alors quand il y a un truc on est au taquet (Mogwai, Archive, Slayer, Napalm Death...). Pour ce qui est des groupes clermontois, pas grand-chose d'original à se mettre sous la dent. Beaucoup de prétention pour pas grand-chose. En revanche, quelques-uns tirent leur épingle du jeu : H.O.P.E. (Human Or Pain Existence), Ad Vacuum (projet de Guillaume, ouais, OK à ce stade c'est presque de l'autopromo), Endless Agony, Typhoid Mary.

Les Sentinelles vous remercient de leur avoir consacré cet entretien et vous proposent d’y apporter la conclusion...
Guillaume: Merci à tous ceux qui s’intéressent aux musiques en marge. J’en profite pour saluer et transmettre tous mes encouragements à Nicolas Alkariis et son projet H.O.P.E. que je vous conseille tous de découvrir.
Francis: Merci à toi pour ton soutien. Longue vie aux Sentinelles. Un grand merci à notre webmaster Avalon (http://www.all-e-bee.com) pour son remarquable travail.
Aurélie: Merci aux Sentinelles, et merci à ceux qui nous soutiennent.
SirDek: The Sentinels rule and so does H.O.P.E.!


                      Brown Jenkin (janvier 2007)