Interview Sigma Octantis (année 2007)

Un premier album chez Divine Comedy et déjà les pistes sont nombreuses, les miroirs ressassent les dégradés multiples que l'art sombre de Sigma Octantis reflète au-delà de la conscience et des fêlures qui s'habillent de sens dans le monde des rêves. "Invocations" est une œuvre variée, une réalisation capable de nous mener loin sur ces voies sonores qui repoussent les limites que le dark ambient semble s'être imposées depuis quelque temps. Un voyage à découvrir et à vivre, en attendant les prochaines nouvelles d'une étoile bien talentueuses…

Au-delà de vos mystérieuses initiales, est-ce qu'on peut en savoir un peu plus sur les personnes qui forment Sigma Octantis ?
Ces initiales, que nous tenions pour un gage de discrétion, sont en fait devenues un élément sur lequel les échos se sont multipliés. La volonté n'était pas d'être mystérieux; simplement nos identités, dans le cadre de ce projet, présentent peu d'intérêt. Jérôme B est le bassiste, Johann W, le guitariste et Jean-Michel W répond aux interviews... et assure les textures et la programmation.

Quelle est l'histoire de ce projet musical ?
Le projet a déjà une assez longue existence. Aux premiers temps (il y a 6 ou 7 ans), les compos n'avaient pas grand-chose à voir avec celles figurant sur
"Invocations", notre référence principale était alors le Nachtstrom et le Metastasen de Sielwolf... Johann et moi sommes les seuls à en connaître quelque chose; désormais, tout est enfoui dans nos archives, inaccessible. Johann avait déjà une expérience de la composition assez solide pour avoir participé à plusieurs formations (dont une, ayant un jour décroché un quelconque tremplin rock, était entrée en studio), Jérôme, qui nous a rejoint il y a trois ans environ, avait également une certaine pratique des activités en groupe. Finalement, je suis le seul des trois à me maintenir très en deçà du strict minimum pratique et théorique à partir duquel on peut envisager d'utiliser à bon escient le terme de musicien.

Pourquoi le nom de Sigma Octantis, lequel fait référence à une étoile ?
Mon fils a fait une fixation sur les astres et autres objets célestes : j'ai donc du faire, discrètement, quelques recherches pour que l'autorité paternelle ne soit pas discréditée. Cependant, le projet avait déjà un nom (que nous utiliserons finalement un jour pour l'une des compos), je l'ai abandonné à la lecture de ceux des constellations et autres étoiles. Le choix final a été difficile, mais c'est l'octant qui a été retenu mettant ainsi une certaine distance avec la tendance lourde actuelle qui consiste à tout référencer au Nord.

Est-ce que tu peux nous présenter votre premier album ? A quel genre de déambulations invitez-vous l'auditeur ?
Notre démarche est assez simple : nous nous efforçons de travailler sur les contrastes des sonorités en accordant une place prépondérante aux ambiances et textures mais sans négliger l'aspect mélodique. Lors du mixage, il m'a semblé que les moments les plus propices à l'écoute de Sigma Octantis étaient la période qui précède l'endormissement, l'entre-deux veille/sommeil ou le demi-sommeil. Mais certaines drogues feront sûrement aussi bien (je laisse le soin aux amateurs de trancher la question, n'étant plus, de longue date, consommateur).

Un fil conducteur existe-t-il depuis "Contre l'horizon" jusqu'à "Pour les choses à venir" ? Une idée, un "climat" d'ensemble proclament-ils une union entre ces divers morceaux ?
Il n'y a pas vraiment de fil conducteur, mais sûrement (nous l'espérons) une unité de ton.

Quelles sont les émotions qui battent dans les veines de ces huit compositions ? J'y ressens par moments comme une volonté de la lumière, laquelle pourtant va se décliner en une multitude de gris pour finalement se réduire à une tache obscure…
Le rapport de Sigma Octantis à la lumière est d'un ordre identique à celui au sommeil : plutôt aux aurores ou au crépuscule. Les états incertains, nébuleux. J'aurais aimé pouvoir appeler le projet "Nebulon"... mais, il était trop tard.

"Invocations"est une œuvre variée, riche en nuances, qui s'affranchit de l'habituelle étiquette "dark ambient" ; quelle motivation, quelle énergie puisez-vous dans l'univers de ces musiques sombres ?
Il y a des productions fabuleuses dans le registre "dark ambient", des climats qui parviennent réellement à dessiner des paysages intérieurs, mais il y a aussi beaucoup de projets qui semblent avoir confondu ambient et monotonie. Je ne sais pas si Sigma Octantis appartient vraiment à ce registre, nous lui empruntons beaucoup, mais effectivement, nous nous efforçons aussi de nous tenir à distance des ses clichés. Pour traduire ça visuellement :
"Stalker de Tarkovski", "Drowning by numbers" de Greenaway, les films de Svankmajer.

L'opus s'achève avec ce titre "Pour les choses à venir" ; quelque chose me dit que vous n'envisagez rien de bien optimiste concernant le futur…
"rien de bien optimiste concernant le futur", c'est un doux euphémisme.
Cependant le titre en question ne devait pas initialement fermer l'album mais l'ouvrir, en écho à son intitulé. Fab nous a suggéré de modifier l'ordre des plages pour ouvrir sur une atmosphère plus "accrocheuse".

Que représente la peinture qui illustre la pochette du CD ? Qui en est l'auteur ?
Il ne s'agit pas d'une peinture mais d'une photographie réalisée par Sophia, une amie proche de Fab. Lorsque ce dernier nous a présenté les clichés de cette série, leur aspect onirique et mystérieux nous a immédiatement plu. Celui qui a été retenu comme visuel principal m'évoquait même certaines compositions de Max Ernst.

Quelles sont vos influences, vos goûts en matière de musique, tout styles confondus ?
Nous écoutons chacun, dans des proportions très variables, différents courants : du rock progressif, du métal, du rock "oldschool", de la musique électronique, du punk et du folk, mais également, bien entendu, beaucoup de formations sombres et/ou expérimentales. Pour en citer quelques-unes dont l'influence peut être plus ou moins présente dans nos propres travaux et dont nous nous sentons proches : Lambwool et Land chez DC, Mandible Chatter, Rapoon, Militia, Zoviet France, Reutoff, Llovespell et bien entendu Morthond/Morthound dont il n'aura échappé à personne que l'une des plages du cd est une référence/hommage explicite à la seconde production de BJ Nilsen.

Dessins, peintures, vidéos… je trouve que votre univers se prêterait bien à une mise en images, qu'en penses-tu ?
Plusieurs suggestions en ce sens nous ont déjà été faites. Ce serait effectivement formidable de rencontrer quelqu'un capable d'entrer dans le projet pour prendre en charge cet aspect...

Comment votre route a-t-elle croisé celle de l'incontournable label marseillais Divine Comedy ?
C'est le produit d'un concours de circonstances improbables, de beaucoup de chance, de pas mal d'insistance et d'une part non négligeable d'engagement personnel...

Quels sont vos projets en cours ? Le successeur d'"Invocations" est peut-être déjà en préparation…
Effectivement, la séquelle est en cours. Mais, sans doute est-il préférable de ne pas anticiper sur ce point.

Les Sentinelles te remercient d'avoir répondu à ces quelques questions et te proposent d'y apporter le mot de la fin…
Alors nous en profiterons pour, très classiquement, à notre tour, remercier tout ceux qui ont manifesté de l'intérêt pour notre projet et qui, plus généralement, contribuent à la (sur)vie des musiques sombres.


                                   Gasp (novembre 2007)

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