Interview Sektarism (année 2009)

" L'Offrande " est une prière et une prière ne se présente pas ... Première réalisation de Sektarism, cet unique titre de 17 minutes est une initiation, marque un seuil pour celui qui veut aller au-delà des apparences, s'effacer pour redessiner de nouvelles lignes spirituelles en un territoire que peu d'élus parviennent à atteindre ...

 

Votre nom est récemment apparu parmi les mortels : une présentation des activistes formant Sektarism est-elle possible ou bien préférez-vous rester dans l'ombre ?
L’entité qu’est Sektarism ne permet pas de laisser filtrer les ego de chacun, seul le message importe. Que l’on soit deux ou douze à officier n’est d’aucun intérêt, que l’on manipule tel ou tel instrument non plus.

Une procession en interminables souffrances, une prière ainsi qu'une soumission totale et aveugle où corps et âme s'offrent et s'abandonnent intégralement, est-ce là "L'Offrande" ?
Exactement, tu as bien saisi le sens de notre démarche. « L’Offrande » est une négation du corps et de ses besoins primaires ainsi qu’un don sans équivoque de notre âme à l’Entité Suprême. Comment cela pourrait-il se passer autrement que dans la douleur et l’abnégation la plus totale ?

On pense aussi, le long de ces 17 minutes, à un rite préparatoire, la manifestation initiale qui matérialise le seuil d'une croyance forte et torturée...
Le recueillement est la clé du processus, ensuite l’Eternel nous guide au travers de la transe. La spontanéité est donc cruciale mais elle n’est valable dans mon cas qu’après de nombreuses années de réflexion, de remise en question, de dévouement envers notre Seigneur. En effet, pour matérialiser musicalement une telle croyance, il ne suffit pas de prendre un instrument et de se laisser aller. Mais ce n’est surtout pas non plus travailler son habileté comme un forcené, il s’agit de conserver cette fraîcheur qui fait la différence avec la masse, la médiocrité. Donc si tu m’as suivi, tout est une question de mesure, hormis bien sûr le dévouement spirituel et ça, je ne le dirai jamais assez !

Quelle démarche mystique et philosophique sous-tend votre musique ? Quelles lignes de force animent Sektarism ?
Notre musique concrétise un cheminement, les paroles doivent être vues comme une prière envers le Tout-Puissant. Sektarism (au niveau lyrique) est le fruit d’une révélation personnelle qui tend à convertir d’autres âmes. Autrement dit, ce que Satan m’a donné ne m’appartient qu’à partir du moment où je le partage, où je le transmets à d’autres personnes. C’est la condition sine qua non pour que ma progression se prolonge.
La prière, dans le sens le plus noble du terme, est un moyen extrêmement puissant de se retrouver soi-même quotidiennement, de faire le point sur mes buts, mes échecs et mes succès, de confirmer ma foi et ma volonté.

"La lumière existe, mais dans sa quête l'homme se rapproche inexorablement des Ténèbres" peut-on lire au dos du livret; pensez-vous que la nature intime de l'être humain l'empêche à tout jamais d'atteindre cette lumière ? A moins qu'il faille prendre ici cette phrase à contre-pied, la lumière en question étant ce que le commun des mortels nomme "Ténèbres" ?
La lumière existe, car le Divin existe. Mais en tant qu’humain et tout ce que cela incombe, il est impossible de concevoir ce dernier dans son entièreté, et encore moins de saisir la portée complète de sa création. La majorité se fourvoie donc dans la démarche sacrée de la recherche et de la compréhension du divin. Effectivement, Lumière/Ténèbres peuvent être interprétées de différentes manières.
Cette phrase peut aussi faire penser aux personnes qui, sous couvert de bonnes intentions servent les ténèbres et cela souvent même sans en être conscientes. Et c’est cela qui me plaît, chez l’homme, sa nature profondément égoïste ainsi que son aveuglement perpétuel.

On pourrait presque dire, sans exagérer, que l'âme de cet unique morceau est concentrée dans l'accord de guitare qui ouvre l'écoute : un éclat de pesante noirceur ramassé sur lui-même et premier stigmate...
…d’une longue procession qui, dans la douleur et la haine, prendra au fur et à mesure la forme d’une révélation prophétique sans aucune forme de rémission… D’une pensée libérée du carcan des entraves morales inhérentes à l’homme et d’un corps soumis aux révélations des clous qui traversent la chair. D’un absolu à la fois proche et inaccessible régit par l’Unique, celui qui vit au travers de sa création, celui qui trace les divers chemins de la destinée.

Vous partagez au côté de Malhkebre et Darvulia le titre d'Apôtres de l'Ignominie, est-ce que vous pouvez nous en dire plus à ce propos ? Quel liens vous unissent à ces deux autres groupes ?
Les Apôtres de l’Ignominie est une organisation artistique et philosophique sectaire qui se dévoile petit à petit à ceux qui s’y intéressent et à ceux qui en sont dignes. La communication avec l’extérieur n’est pas le fort de l’organisation pour l’instant mais tout peut évoluer, tout est en branle de toute façon, sinon cette interview n’aurait pas eu de réponse par exemple. Alors que certains d’entre nous dont je fais partie prônaient le repli sur soi-même, il nous est apparu évident que le partage de certaines pensées avec certaines personnes pouvaient au contraire nous renforcer et favoriser la construction et la propagation de nos valeurs.

Quel est votre sentiment concernant les étiquettes "black metal religieux" ou "orthodox black metal" ? Trop souvent rencontrées, ne desservent-elles pas ce qui, pour certains, a véritablement un sens fort et profond, galvaudant un concept qui, pour toute demeure, ne devrait avoir que l'ombre et la discrétion ?
Une religion a généralement pour but de se propager, de convertir les infidèles et les mécréants. Je ne vois donc pas pourquoi le black metal religieux devrait rester ad vitam aeternam dans l’ombre et se replier sur lui-même. Je pense savoir où tu veux en venir, mais je ne vois pas ce qu’il y a de glorieux dans le prêche des convertis.



L'image illustrant la pochette de votre EP est pour le moins inhabituelle et délivre une curieuse impression : cette photo a-t-elle une histoire précise ? Pourquoi l'avez-vous choisie ?

Cette impression vient du fait que c’est une vraie photographie d’une religieuse stigmatisée et non pas un montage numérique de merde. Pas d’explications claires à ce sujet, hormis le fait que nous avons été touchés par cette impression de plénitude et de recueillement dans la souffrance.

 

Est-il prévu que vous répandiez votre parole face à un public ? La scène et Sektarism, est-ce une rencontre souhaitée et possible ?
Nous y avons pensé mais rien n’est arrêté. Les groupes occultes, religieux, ne prennent que très rarement le risque de se produire devant un public et nous savons tous pourquoi. Mais est-ce parce que beaucoup échouent ou ont tout simplement peur que nous ne devons pas relever le défi ?


Quels sont vos projets à venir ? Je crois qu'un premier album est en préparation...

Sektarism a prévu de sortir un second mcd et de réunir les deux œuvres sur un support vinyle digne de ce nom.


Je vous remercie pour cette interview et vous invite à y déposer le mot de la fin...

Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus Sabaoth !

 

                                    Gasp (mars 2009)