Interview Seadem (année 2008)

Seadem… le nom déjà sollicite l'imagination, poétique et mystérieux, chant d'une sirène qui nous appelle, nous invite à découvrir le pays d'"Oxymore", titre d'un premier opus ornant d'influences diverses un dark atmosphérique de qualité. Entre rêves et sueurs froides, féerie et brumes d'un autre monde, Ombeline Duprat (qui est également auteur de nouvelles et de romans) a composé un album de toute beauté, véritable tremplin vers un univers magique et troublant. Laissons maintenant la talentueuse nous présenter sa création…

Bonjour Ombeline, es-tu d'accord pour une présentation de l'artiste en guise d'entrée en matière ? Qui est la personne derrière le joli nom de Seadem ?
Bonjour Gasp ! Je ne suis pas d'accord mais je ne vais pas contrarier tes plans (rires) ^_^ Je suis donc une fille, enfin, je crois, étudiante en histoire de l'art et passionnée de musique, de théâtre et d'Art en général.

Peux-tu nous présenter Seadem, quelle est l'histoire de ce projet ? Je crois qu'à l'origine, les mots ont précédé la musique…
Oui parfaitement. J'écris des nouvelles plutôt fantastiques ainsi que des romans, qui peuvent également être fictifs. Les mots peuvent être très forts mais s'il y a une musique pour les accompagner pour que le lecteur ressente exactement ce que je pouvais ressentir en l'écrivant, ça serait franchement génial ! De ça est née l'envie de faire mes propres musiques en mêlant diverses influences.

L'écoute d'"Oxymore", pour moi, c'est l'autre côté du miroir, le passage vers un monde d'apaisement, de mystère et de frisson, un éventail d'émotions subtiles que l'on ne peut apprécier que si l'on s'y perd ; au croisement de tant de routes, où souhaites-tu mener l'auditeur ?
L'album est un oxymore, tout n'est qu'un soleil noir, un charbon blanc. Ça n'est que le reflet de mes pensées, à la fois sombres mais aussi lumineuses. J'aime se faire confronter les extrêmes, faire fusionner des improbables et donner à la musique une teinte assez triste sur un chant plutôt enjoué ou inversement.

Qu'est-ce que l'Oxymore ? Une contrée dédiée à ton imaginaire ? Un pays où tu peux te ressourcer et qui te permet d'oublier un moment soucis et désillusions du quotidien ?
Oui, oui, oui, comme dirait Sera dans Petit Pied. Ce n'est ni plus ni moins que l'illustration de mes rêves : toujours glauques, à fuir des tas de morts, enfermée dans mes cauchemars où je me retrouve aveuglée, violée, mutilée. Mais je sais que dans cette noirceur, je suis toujours emmenée à voir de la lumière. D'un point purement terrestre, je dirais que Seadem fait office de catharsis.

Dark atmosphérique, néoclassique, dark ambient… Tu as su mettre en place une œuvre à la fois variée et homogène, cela a-t-il été difficile à réaliser ?
Je n'ai pas chercher à faire tel ou tel type dans la mesure où je confonds toutes les "étiquettes" ! J'ai juste fait ce que j'avais envie en fonction de ce que je voulais jouer et chanter sans me préoccuper du reste ! Et je dois avouer que je suis assez satisfaite du résultat dans la mesure où bien que homogène, ce ne sont pas toujours les mêmes airs ou les mêmes voix, ce que je reproche à d'autres groupes dans le milieu ambient qui ne prennent pas foncièrement de risques et reproduisent toujours le même schéma de musique. Dommage.

Que dissimulent les brumes énigmatiques d'"Ireland" ? Ce morceau envoûtant trouve-t-il son origine dans un voyage que tu aurais fait sur ces terres ?
J'aurais dû partir en Irlande ! En effet ! Mais ça ne s'est pas fait, hélas. Le morceau
"Ireland" a été influencé au niveau du chant par le groupe Camel mais tout le reste n'est encore qu'une sorte de fantasme. J'avais en tête de faire revivre un guerrier celte dans le Dublin du XXIe siècle. D'où un air style irlandais avec un rythme martial, une voix d'homme caverneuse, d'outre-tombe en y intégrant des ambiances à la Brian Eno tels que des bruits de voitures, mobylette… Bon ok, j'avoue que ça me turlupinait d'utiliser ces sons après avoir écouté Aragon Mouse.

Comment est née l'idée d'intégrer un chant d'opéra sur certains titres ? Cela rajoute vraiment à la dimension magnétique de l'ensemble…
Tout simplement parce que j'adore chanter de cette façon-là. J'y prends beaucoup de plaisir et trouvais que cela s'accordait bien à l'ensemble. Je ne voulais pas de voix éthérées, sauf si bien sûr, la chanson le demande. Je voulais à la fois de la force et sensibilité. Il offre, à mon sens, de vraies alternatives et s'est par conséquent naturellement imposé !

Je ne pense pas prendre beaucoup de risques en te demandant si tu as reçu une formation classique en musique…
Eh bien, j'ai reçu une formation en jazz puisque j'ai fait sept ans de saxophone alto. La complexité de cette musique, la rigueur qu'il me fallait avoir pour progresser m'a indéniablement servie pour Seadem, notamment sur le travail des voix en fonction de ce que je voulais faire ressortir, tristesse, joie, mélancolie, exaltation…

"Oxymore" est peuplé d'ombres et de fantômes, certaines compositions, telles "Psychose", "Abyssium" ou l'inquiétant "Der traum" forment cette part ténébreuse qui peut, à une heure avancée de la nuit, donner la chair de poule… Peux-tu nous parler de ces titres ?
Vous êtes vraiment sûrs ? Ces titres sont des fantasmes funestes, toujours cette énième catharsis, créés pas forcément durant les heures sombres mais le plus souvent à la suite de l'écriture d'une nouvelle. Les rêves sont tellement glauques ! On se croit heureux mais tout n'est qu'un monde d'illusions, en noir et gris, toujours à espérer avoir quelque chose. L'inconscient est horriblement pervers de nous faire subir toutes ces chimères…mais également ces horreurs !!! Mais finalement, j'adore avoir mal !

Quel est ton sentiment par rapport à ce que l'on nomme le surnaturel ? Crois-tu que le monde moderne a étouffé magie et spiritualité et que la musique pourrait être un moyen de renouer le contact avec elles ?
Pour ma part, je crois au surnaturel. Je suis fascinée par tous les phénomènes archéologiques étranges, les combustions spontanées, les morts qui ne se décomposent pas et tout ce qui peut pimenter une vie "terre à terre". Le mot magie n'a plus la même connotation qu'auparavant mais pour répondre à ta question, je dirais que oui, la musique peut nous emmener à disparaître de notre monde durant quelques instants pour rêver de fées, hydres et dragons. Si tout le monde pouvait se poser devant les ruines d'un château et imaginer toutes ces vies ayant circulé à cet endroit précis…et qui circulent peut-être encore, qui effleurent la peau, un frisson…

Le très beau "La bouche des ténèbres" est-il si obscur que ça ? En l'écoutant, j'y ressens quelque faible lumière, même si je ne sais comment les interpréter… Suis-je un peu dans le vrai ou complètement à côté de la plaque ?
Bien vu Gasp ! Tu as totalement raison et je suis contente que tu l'ai perçu ! Je voulais faire de ce morceau quelque chose d'assez majestueux, à la fois lourd et léger, qu'il soit triste sans que ça ne soit non plus gratuit. Je voulais que l'auditeur soit emmené à être à la fois tourmenté mais aussi dans une espèce d'extase trouble façon Sainte-Thérèse de Bernin ! ^^

Quatre titres d' "Oxymore" ont été composés par Oraku, par quel cheminement l'auteur d'"Ovaria" a-t-il été amené à travailler avec toi ? Avez-vous en commun d'autres projets musicaux ?
Nous nous sommes rencontrés en septembre dernier totalement par hasard ! Nous avons sympathisé et avons décidé de mêler nos sensibilités et nos univers. Nous avons fondé en octobre dernier Sweet Dead Corpse en créant un album totalement frappadingue, illustrant une nouvelle, écrite en amont. De plus, Oraku m'a proposée d'intégrer Dilfelya (Oraku ayant changé de nom) puisqu'il souhaitait apporter un chant féminin à ses compositions. Du coup, je lui ai parlé de mon projet et a accepté de me composer quelques chansons dans le ton de l'album.

Quelles sont tes influences, tes goûts, aussi bien sur un plan musical qu'en lecture, cinéma, dessin, et peinture…
C'est tellement vaste ! Dans le domaine musical, j'avoue avoir été élevée au rock progressif, musique que je continue d'écouter. Mais ça peut aller de l'Opéra Baroque à la musique Ouzbeke, en passant par le Klezmer, la musique Gitane, le métal sympho, le dark ambient… Il faut que ça me procure quelque chose, que ça me fasse mal ou que je me retrouve à planer au fin fond d'un désert en tournoyant sur des dunes froides. Pour le cinéma, je suis fan d'Emir Kusturika, notamment
"Chat noir, Chat blanc". Ses films me donnent toujours envie de faire des tonnes de conneries. Les films d'auteur en général avec dernièrement un coup de cœur pour "Garage". En peinture ? Question trop dure ! Courbet, Michel-Ange, Dürer, Bosch, Burnes, Dix, Grosz et tout l'expressionnisme allemand…

Quels sont tes projets à venir, autant sur le versant musique que le versant littérature ?
Continuer un EP que j'aimerais proposer gratuitement à ceux qui apprécient Seadem. Les titres composés pour le moment sont dans la veine de
"La bouche des ténèbres" mais beaucoup plus travaillés…enfin, je n'en dis pas davantage ! Niveau littérature, je vais finir d'écrire quelques nouvelles, corriger d'autres plus anciennes, et tâcher de trouver un éditeur susceptible de me publier. A noter que quelques-uns de mes textes seront disponibles sur le site…bientôt en ligne !

Les Sentinelles te remercient pour cette interview et t'invitent à y laisser, pour terminer, quelques notes du pays d'Oxymore…
Merci beaucoup Gasp de m'avoir accordé cette interview, se fut un plaisir d'avoir des questions aussi hétéroclites ! Vraiment, merci ! Je voudrais juste adresser un grand merci à tous ceux qui m'ont déjà écoutée, ceux qui m'écouteront, un merci spécial à Oraku qui m'a poussée à concrétiser Seadem de même que pour toute son aide ainsi qu'à Yasmin Krull qui a cru en mon projet dès le début et me soutient encore aujourd'hui !
Je finirai par une phrase de Paul Eluard, qui résume un peu mes déblatérassions obscurité/lumière:
"Adieu tristesse, bonjour tristesse, tu n'es pas tout à fait la misère, car les lèvres les plus pauvres te dénoncent par un sourire !" : )

 

                         Gasp (mars 2008)