Interview RedkiS (année 2009)

Si les voyages orbitaux ne sont pas encore à la portée du plus grand nombre, il existe malgré tout des moyens pour partir très loin, hors des sentiers battus de l'imaginaire, grâce notamment au talent de certains artistes. La " plateforme " RedkiS propose une destination magique et unique, en témoigne ce premier EP qui bondit sur les hautes distances de l'espace et du temps et retourne les équations de la physique en explosion sonore et visuelle déroutante et spectaculaire...

Salut à toi ! En guise de préambule, pour les lecteurs qui ne le connaîtraient pas, peux-tu nous présenter SirDek, ton "alter ego" ? Quelles raisons ont motivé ton départ de Tempus Fugit ?
SirDek a joué avec Tempus Fugit (claviers- samples- programmation) depuis le début du groupe jusqu’au concert du Puy de La Lune ( mars 2008) où a été interprétée une sorte de BO live d’un roman de Neil Gaiman.
Puis le fait d’habiter loin et cette volonté de toujours s’investir à 200% ont commencé par se chamailler. Il fut préférable de se retirer plutôt que de freiner.
Ce fut l’occasion pour se consacrer à d’autres projets qui s’étaient toujours vus jusque-là privés d’avenir à cause d’efforts irréguliers.

Quelle est l'histoire de RedkiS, à quand remonte ce projet ? A-t-il fallu une longue gestation avant l'explosion de l'étoile que symbolise ce premier EP ?
RedkiS est né de périodes de temps libre ou d’inactivité de certains projets musicaux passés. J’ai toujours eu ce besoin de travailler des morceaux où l’ambiance serait le plus important. Lors de mon tout 1er enregistrement musical (CURSING EYE (Death indus)-2000) j’avais déjà dans l’idée de cultiver à côté des titres plus atmosphériques. Puis est venue la période de remixes : quelques essais en 2002 et plus aboutis en 2005 et la suite.
En ce qui concerne la gestation de ce 1er EP, ça a pris du temps en effet. La musique est prête depuis 2007 mais entre temps j’ai déménagé et ai été privé pendant un moment de mon matériel. Cette période fut bénéfique puisque c’est là que j’ai commencé à développer l’aspect visuel du projet. Le temps de comprendre comment fonctionne les logiciels d’images, de rassembler des idées, de contacter TIM et d’élaborer avec lui la partie animation interactive du projet et pouf on était en 2009!

Diverses influences parcourent cet enregistrement : ambiances spatiales et profondes, electro-indus, electronica, l'ensemble trouvant sa dynamique à travers une approche cinématique invitant à la visualisation, mais quand tu as créé RedkiS, un style dominait-il les autres ou son alchimie actuelle s'est imposée d'emblée ?
Il n’y a pas vraiment de style dominant dans ce que je fais pour la simple et bonne raison qu’il n’y en a déjà pas dans ce que j’écoute. Par contre, j’aime bien m’essayer aux différents styles que j’écoute et à un moment de mon parcours musical, j’ai trouvé que les styles que tu décris plus haut méritaient une petite visite.

A peine le disque lancé, on décolle de la surface terrestre, un voyage commence vers une destination lointaine... Ce périple, bien qu'étant avant tout celui de l'imagination, suit-il à la base un fil conducteur précis ?
Oui, le retrait de la vie quotidienne. Je fais de la musique pour explorer l’imagination et tout ce qui renvoie directement à l’existence de tous les jours ne m’intéresse absolument pas. D’où les pseudos, l’absence de visage sur les photos, etc…

Le fil conducteur de cet enregistrement est la remise en question de la parole (“Disturbed by words”, “Flabbergasted” “Human Echoes…”, “Everything is said”, …) Il ne s’agit pas de la renier car elle reste présente dans certains passages, mais de la compléter.

Est-ce qu'on peut en savoir plus sur le curieux sample vocal qui vient se greffer sur le titre d'ouverture ?
Ce sample vient en fait poser la question de ce fil conducteur : Tout un blah blah pour finalement se demander “Mais alors pourquoi?” Il est tiré du cultissime “Le créateur” d’Albert Dupontel où ce dernier joue le rôle d’un metteur en scène sensé présenter sa nouvelle pièce mais qui n’a rien écrit. Alors il meuble en parlant. Je trouve cette scène mémorable. N’ayant rien fait, il prétend, se réfugie dans le paraître.
C’était une façon pour moi de mettre en avant l’acte plutôt que la parole. J’aime les gens davantage pour ce qu’ils font que pour ce qu’ils sont ou prétendent être. Cela dit mettre la parole au second plan ne veut pas dire la dénigrer totalement. Cette interview et certains messages cachés de l’animation sont là pour le rappeler.

D'où te viennent les idées, qu'est-ce qui t'inspire ? Entre fantastique et science-fiction, ta musique détient également une touche d'onirisme, elle invite aussi à d'incessants rebondissements, semblant vouloir toujours relancer les dés dans le grand jeu de l'Univers...
Ce n’est pas évident de te dire d’où proviennent les idées. Ca part souvent d’un son, un sample, un rythme, un passage dans un film, etc… Effectivement le fantastique et la science fiction sont une source d’inspiration mais le réel peut l’être également, tout dépend comment on l’approche.

"Everything is said" referme l'écoute, faut-il voir dans ce titre un clin d'oeil qui nous inciterait à penser qu'au contraire, tout va vite repartir de plus belle ?
Si tu fais allusion à la piste CD-ROM qui peut prendre le relais, c’est une lecture possible mais pas voulue puisque ce titre a 2 ans de plus que l’anim. A la base, c’était le plaisir de terminer un enregistrement en disant, voilà tout est dit. Tout est dit mais personne n’a parlé.
Par contre effectivement, l’ambiance de ce morceau s’éteint doucement (à moins que ce ne soit la perception de l’auditeur) alors que le titre annonce clairement une fin.

On ne peut parler de cet EP sans évoquer l'excellent "Multimedia Trip" qui l'accompagne; peux-tu nous raconter la genèse de cette échappée visuelle qui réserve quelques très bonnes surprises ?
Tout est parti de cette volonté de développer visuellement (comme je tente de le faire version audio) certaines ambiances. J’ai commencé donc par créer ces 5 images où je me suis amusé à cacher de nombreux détails, un peu comme je le fais avec la musique. C’était d’ailleurs assez étonnant de voir les similitudes de fonctionnement entre le travail du son et de l’image : prendre des éléments à droite à gauche et les assembler selon une idée plus ou moins directrice. Je souhaitais ensuite faire une anim vite fait synthétisant les 5 images et j’en ai parlé à TIM, un ami qui tâte sa bille en informatique. Il est à fond dans l’aléatoire et a commencé à me brancher là-dessus. Je lui ai montré les 5 images et présenté la vidéo “Dumbak” de Servovalve (vidéo aléatoire en bonus CD ROM pour une compil du label Uncivilized Worlds) qui m’avait vraiment marqué. De là, on a commencé à imaginer pas mal de choses ; le défi était de le réaliser.
Il a d’ailleurs fallu revenir un peu de nos orbites parfois car nous étions partis dans des trucs alambiqués (et c’est peut être encore le cas pour certaines personnes concernant l’animation finale).

RedkiS sur scène, je ne sais pas si c'est prévu, mais l'équation musique + images multimédia face à un public, cela pourrait en scotcher plus d'un sur place...
La prestation d’un seul musicien peut étonner certaines personnes mais en ce qui me concerne, j’ai assisté à des concerts mémorables avec cette formule. De plus, j’aimerais vraiment partager cette expérience avec TIM, nous avons d’ailleurs commencé à en parler. L’idée, serait de permettre au public d’intervenir (en grimpant sur un pc et en slammant, oui, c’est une idée!). Non plus sérieusement, on réfléchit à une sorte d’interaction, ça se fera… ou pas!

Ton mini-CD a été masterisé au Metarc Studio par John Sellekaers, personnage incontournable dans le paysage des musiques électroniques; comment êtes-vous rentrés en contact ? A-t-on répondu à tes attentes autant sur un plan humain que technique ?
Je recherchais tout simplement quelqu’un pour réaliser un master car c’est une étape pas évidente. J’ai donc regardé certains classiques de ma discothèque (Somatic Responses, Enduser, HPC, …) et j’y ai vu le nom de John Sellekaers. Je suis allé sur le site du Metarc studio et j’ai vu, en plus de la liste impressionnante d’artistes masterisés que j’adore, qu’il offrait ses services. C’est bien timidement que je lui ai envoyé des mp3 + du contenu multimédia et sa réponse a été plus qu’enthousiaste!
Ce fût pour moi l’occasion d’un point de vue extérieur et c’est vraiment de ça dont j’avais besoin.
Après les échanges de wav par FTP on fait le reste!

Ton dernier remixe en date est celui de "Tardigrade", un morceau de Katawumpus. C'est l'occasion de nous présenter cette formation et de nous expliquer ce qui a motivé ta relecture de l'une de leurs compositions ?
Katawumpus, groupe de “rock noise” d’Ardèche est un groupe avec qui j’ai partagé la scène à l’époque Tempus Fugit. J’ai toujours gardé un œil sur ce qu’ils faisaient. Je les ai vus plusieurs fois en live et ai acheté leur dernier CD “Milktooth” . Pauline, leur bassiste, a eu la bonne idée de glisser dans l’enveloppe un CD 2 titres contenant Tardigrade. L’ambiance de ce titre m’a vraiment séduit et j’ai eu envie de m’amuser avec ce titre.
Et puis petit à petit ça a commencé à avoir de la gueule comme on dit chez nous, et je leur ai envoyé un mp3 pour avoir leur avis : ils ont vraiment accroché. Je leur demandais s’ils avaient des pistes de chant à me passer pour tester ce que ca donnerait sur le remix mais comme ils ne les avaient pas, Francis (guitares) et Céline (chant) ont proposé de passer un soir, enregistrer les lignes vocales qui viendraient et régler le compte à quelques bières. Ce fut vraiment une super expérience, rapide et intense!

A côté de RedkiS, as-tu des projets annexes (en cours ou encore seulement à l'état d'ébauche) ?
Je travaille pas mal de titres en ce moment pour CURSING EYE en collaboration avec Francis ( de Tempus). Il s’agit à l’origine de mon tout 1er projet musical donnant clairement dans la musique extrême (Death/ Black et Industriel) que j’ai réussi à maintenir en vie jusque-là. Sinon, je suis dans une furieuse humeur de remixes en ce moment!

Comment s'annoncent les mois à venir ? Planches-tu sur un premier album ? Des travaux à caractère multimédia sont-ils également prévus ?
Pour le moment, rien de précis mais je recommence à bosser doucement pour RedkiS. J’ai déjà entamé un morceau en collaboration avec de très bons amis. Je laisse venir les idées.
Ce qu’il y a de sûr, c’est que je ne cherche pas à refaire ce que j’ai déjà fait. Après bien sûr, je vais garder un son peut être identifiable. Par contre, je tiens à explorer le lien musique image, mais ça ne sera peut-être pas sous la même forme que pour cet EP.

Cette interview s'achève, merci à toi d'avoir bien voulu répondre à ces quelques questions; avant que tu ne repartes vers de nouvelles dimensions, je t'invite à laisser la parole finale...
Je suis très impressionné par la pertinence de tes questions et par ton implication à faire découvrir des musiques underground ! Sincèrement, cette interview fut un très bon moment. Content de constater que The Sentinels of Time se soit réincarné en Les Cratères de L’Hydre.
Sinon je souhaite également bon voyage à toutes les personnes qui se perdront sur la piste CD-ROM “click-me”.

 

                  Gasp, année 2009