Interview Rajna (année 2007)


Rajna, c’est le rêve, le voyage, la magie et la spiritualité ; avec
"Otherwise", si la formation française s’est éloignée des sonorités ethniques qui lui sont chères, elle n’en a pas moins conservé toute sa substance et, faut-il le préciser, sa sincérité. Nouveau dépaysement sous d’autres couleurs musicales, cet opus est autant indispensable que ceux qui l’ont précédé, mais qui mieux que Jeanne et Fabrice Lefebvre pourraient nous parler de ce qui maintient l’âme éveillée…


Comment
"Otherwise" a-t-il été perçu par les fans qui vous suivent depuis le début ? Les nouvelles expressions du visage de Rajna ont dû susciter des réactions variées…
"Otherwise" a été très très bien accueilli et bien que nous nous attendions à de vives réactions, notamment des premiers fans de Rajna, tous ont été très enthousiastes pour "Otherwise".

Diverses influences musicales caressent la surface de vos compositions, quelles sont-elles ? L’équilibre a-t-il été difficile à obtenir entre sonorités "modernes" et textures ethniques ?
Nous avons des influences très variées comme The Cure, Cocteau Twins, David Sylvian ou encore Marillion mais aussi ethniques comme Omar Faruk Tek Bilek … l’équilibre s’est fait naturellement, sans véritable calcul.

De quoi nous parlent les subtiles aquarelles de ce nouvel album ? L’enfance, semble-t-il, y tient une place importante…
Les thèmes abordés sont l’amour, le voyage et l’enfance : sa naïveté et sa fragilité. Dans le titre
"Black humanity", nous abordons le problème de la course à l’argent et de la destruction de la nature et de l’espèce humaine, du profit et de ses désastres dans notre monde.

Chaque pièce discographique de Rajna est une palette d’émotions ; avec "Otherwise", quelles cordes de l’âme humaine souhaitez-vous toucher ? Une certaine nostalgie accompagne de nombreux titres…
Oui, une certaine nostalgie, peut-être, en tout cas, c’est ce que tu ressens toi… de toutes les façons, Rajna est par définition une recherche de l’émotion et les thèmes abordés sont au service de cette recherche.

Quand j’écoute "Otherwise", ce sont des images de lumière et d’eau qui me viennent à l’esprit ; cet opus porte t-il l’empreinte de paysages particuliers ou d’impressions glanées en divers endroits et s’unissant à travers le prisme de votre musique ?
Il n’y a pas eu de paysages particuliers pour
"Otherwise", contrairement à ces prédécesseurs pour lesquels certains pays nous ont réellement inspirés : "Ishati" et "Yahili" pour le triangle Inde-Népal-Tibet, "The heady wine of praise" pour l’Inde, "The door of serenity" pour la Tunisie et le Maroc, "Hidden temple" pour l’Egypte. Pour cet opus, nous avons erré entre Orient et Occident, au gré de nos émotions et de nos images mentales.

Quel est ce lieu secret dont parle "Secret place" ? Est-ce un havre de paix inaccessible ? L’aboutissement d’une quête peut-être ?
"Secret place" est tout à la fois : un havre de paix, sans doute inaccessible, mais aussi l’aboutissement d’une quête, celle de la sagesse, de la compassion et de la sérénité de l’âme et du corps.

Etes-vous d’accord si je vous dis qu’ "Otherwise", sans taire le courant spirituel propre à Rajna, offre une sensibilité davantage tournée vers la poésie et la fragilité ?
Oui, je suis d’accord avec toi. Rajna est cette fragilité, cette recherche spirituelle, cette innocence et cette émotion à fleur de peau.

"Black humanity"est le sombre reflet d’un monde qui court à sa perte ; pensez-vous qu’il soit déjà trop tard et que, quoi que nous fassions, nous allions droit dans un mur sans espoir de pouvoir faire machine arrière ?
Je ne pense pas que ce soit trop tard, heureusement encore, mais je pense que si l’humanité ne prend pas conscience des dangers que nous encourons, c’est très grave. Chacun de nous est concerné et doit agir au quotidien.
Ceci est l’affaire de tous.
"Black humanity" est un cri de rage contre le chaos général et la course au fric !

Où en est votre partenariat avec l’association "La Maison des Himalayas" ? Ce projet d’école pour les enfants du Népal a-t-il pu se réaliser ?
Eh bien, nous sommes fiers de vous communiquer les dernières nouvelles, à savoir, la construction du bâtiment principal, c’est à dire l’école et nous nous battons pour que cela continue (infrastructure comme dortoir, bibliothèque …). C’est un projet qui nous tient très à cœur et en lequel nous croyons. Force est de constater que cela marche et que les choses avancent à vive allure et que chacun peut toujours soutenir en achetant la rétrospective
"Black tears".

En 2005 paraissait chez Projekt l’hommage à Dead Can Dance "Summoning of the muse"; parmi tant d’autres chansons, pourquoi avoir choisi "Cantara", titre figurant sur "Within the realm of a dying sun" ?
Tout simplement parce que
"Cantara" demeure notre titre préféré de Dead Can Dance.

Début 2007 doit sortir, toujours chez Projekt, l’album de Khvarena réunissant Rajna et l’artiste italien Francesco Banchini ; vous pouvez nous en dire plus sur cette réalisation ? Quels ont été vos rapports avec le maître d’œuvre de Gor ?
Eh bien, c’est chose faite :
"The Spirit rises" est sorti chez Projekt le 23 Janvier dernier et il est disponible sur le site de Projekt ou via notre site internet. 
C’est tout d’abord un album hors du commun pour l’artwork car Sam de Projekt a réalisé un travail somptueux dans un Dgi Audio-DVD, en papier recyclé, et chaque édition est numérotée à la main.
Hormis ce somptueux travail artistique, la rencontre entre le maestro Francesco Banchini et nous-mêmes a été une formidable rencontre pleine d’échanges. De ce travail en collaboration sont nés 12 titres somptueux qui raviront les fans des premiers Rajna. Nous avons utilisé une myriade d’instruments ethniques (bendir, saz, derbouka, santour, Yang T’chin, flutes, ney, rik, tar …) et Jeanne et Francesco ont chanté des textes indo-iraniens du poète Ferdausi ce qui donne à l’album un côté très mystique et spirituel. Je pense que cet album est un must absolu !

Quels sont vos projets pour les mois à venir ? Un DVD peut-être ? Des travaux sont-ils prévus avec d’autres formes d’expressions artistiques ?
Nous avons récemment enregistré quelques titres avec le chanteur de Noman : Tim Bowness. Nous travaillons ensemble sur un projet de collaboration.
Nous préparons également le second album de Khvarena.
Un projet de travail avec Saffron Wood va peut-être voir également le jour.
Nous préparons un autre album de Rajna, parallèlement.

Les Sentinelles vous remercient pour le temps que vous leur avez accordé ; je vous laisse le soin de clore cette interview…
Merci pour cette interview que vous nous avez accordée. Merci à toutes les personnes qui ont suivi nos pas et emprunté les mêmes chemins, sur des routes teintées d’encens et de couleurs de miel … merci à tous ceux qui croient en notre travail.


                              Gasp (mars 2007)