Interview Pale Roses (année 2010)

Projet récemment apparu dans le petit monde du néo-folk, Pale Roses souffle d'authentiques paroles chargées de saveurs ancestrales; telle est la trame dépouillée que propose "Fear of Dawn", un premier opus au ton poignant dont va nous parler Arnaud Spitz, auteur dont le propos acoustique et épuré s'adresse sans détour à l'âme et au coeur...

Bonjour Arnaud, peux-tu s'il te plaît évoquer les origines de Pale Roses ? Quelles motivations ont façonné ton projet musical ?
Pour être honnête, ma présence dans l’univers du néo-folk est due à un complet hasard!

Si tu veux tout savoir, un soir d’ennui vers la fin des années 90, en cherchant quelque chose à écouter, je suis tombé sur une radio locale qui diffusait le titre de Sol Invictus “World Turn Green”, ce qui a littéralement changé ma vie. J’ignorais totalement l’existence du néo-folk. Contrairement à la plupart des musiciens néo-folk, je ne viens pas du milieu indus ou post-punk, Throbbing Gristle, ça n’évoque rien pour moi! J’ai grandi avec le hard rock des années 80, Iron Maiden, Metallica, Manilla Road et tous les autres. Donc, rien à voir à priori, sauf si on s’attarde un peu sur les passages acoustiques que proposaient souvent ces groupes, et puis aussi les thèmes des chansons, le recours à la mythologie ou à la littérature fantastique par exemple.

Mais attention, pas de méprise, Pale Roses ne fait pas dans le mélange des genres, je n’aime pas le folk-metal et j’essaie au contraire de proposer une musique très épurée, très simple, débarassée de tous les arrangements qui ne me semblent pas indispensables. Juste une guitare, parfois un piano ou une basse. Ce minimalisme oblige à écrire de bonnes chansons, au moins à essayer!

Bien qu'étant l'unique compositeur de Pale Roses, deux musiciens t'accompagnent dans l'aventure, seront-ils amenés à participer à l'écriture de prochaines chansons ?
Marie-Cécile, la pianiste qui jouait sur un morceau de Fear of Dawn, ne figurera pas sur le deuxième album, dont l’enregistrement est terminé, son emploi du temps ayant été trop chargé. En revanche, sa participation sera requise à nouveau, y compris en terme de composition, pour le troisième album, où le piano devrait avoir une place prépondérante.

Quant à Benoît, qui fait partie comme moi du groupe de doom Modern Funeral Art, il ne participe pas à la composition proprement dite mais m’aide à mettre la touche finale. Selon les cas, il peut ajouter de discrètes percussions, divers sons ou samples, et puis surtout, il effectue le mixage.

Quelles sont les sources littéraires du nom de ton groupe ? Pourquoi avoir choisi ce nom de «Pale Roses» ?
Je suis un grand fan de l’écrivain anglais Michael Moorcock. Il est surtout connu pour son personnage d’Elric le nécromancien mais ma préférence va à son cycle des danseurs à la fin des temps, dont une des nouvelles s’intitule justement “Pale Roses”.

Je trouvais important d’avoir un nom qui reflète à la fois mes influences extra-musicales et le caractère épuré de ma musique. Et puis un tel nom, facile à prononcer et qui n’a pas déjà été utilisé par un autre groupe, c’est extrêmement rare!

Bien que le ton dominant mêle nostalgie et mélancolie, une énergie, une force sous-jacentes habitent ta musique, comme une volonté de poursuivre la route et la lutte, suis-je dans le vrai ?
Oui, tout à fait, même si j’officie en général dans des projets assez sombres, que ce soit le doom ou le dark-folk, ce n’est jamais sous l’emprise du désespoir. Ce n’est pas dans ma nature, tout simplement. Et si une certaine nostalgie est présente, je ne le nie pas, je ne souhaiterais pour rien au monde vivre à une autre époque. Même si notre époque a ses côtés détestables, on est quand même mieux qu’au temps des tranchées, de la famine ou de la peste.

Le spectre de la guerre plane également sur tes paroles, et cet œil tourné vers des conflits passés regarde-t-il aussi vers le futur ? Faut-il craindre sérieusement les aubes à venir ?
Si j'évoque la guerre dans certains textes, ce n’est pas pour en faire l’apologie, c’est plutôt pour rendre hommage à tous ceux qui en ont souffert, les populations civiles ou les soldats qui n’avaient pour la plupart rien demandé.

Certes, je peux paraître exalter un certain héroïsme, mais ce que j’évoque c’est plutôt une vision idéalisée de la chevalerie, qui malheureusement s’est éteinte depuis des siècles, depuis en gros la bataille d’Azincourt, depuis que les archers, puis les artilleurs ou les bombardiers ont décidé de l’issue des conflits. C’est intéressant de noter, je viens d’ailleurs de l’apprendre, que la majorité des soldats morts au cours de la Première Guerre mondiale, ont succombé sous les tirs de l’artillerie et non pas en combattant ou en faisant face à l’ennemi! Où est l’héroïsme alors, je ne sais vraiment plus!

Ceci-dit, tu m’interroges sur notre futur mais honnêtement je ne peux répondre. Bien sûr, je suis au courant de ce qui se passe dans le monde, mais quand on vit en Bretagne, loin du tumulte des grandes villes, tout ça paraît tellement irréel que c’est difficile de s’inquiéter. Enfin, c’est ce que je ressens, avec toute ma naïveté.

"Sol Invictus" est dédié à Tony Wakeford, l'as-tu déjà rencontré ? Que représente pour toi ce groupe incontournable ayant pour emblème le Soleil Invaincu ?
Je n’ai jamais été en contact avec lui mais abstraction faite du rôle de Sol Invictus dans mon initiation au neo-folk, dont je t’ai déjà fait part, je considère que Tony Wakeford fait partie des plus grands songwriters de notre temps, tous styles confondus, au même titre qu’un Leonard Cohen ou un John Lennon. Malheureusement, je ne pense pas que le monde soit disposé à lui apporter la reconnaissance qu’il mérite. Pour toutes les raisons qui font que la médiocrité triomphe aujourd’hui plus que jamais, enfin je ne vais pas m’étendre sur le sujet, tes lecteurs doivent avoir leur idée sur la question.

Pour en revenir à cette chanson précise, j’avais enregistré une ligne de guitare qui sonnait tellement typiquement Sol Invictus que je n’avais que deux choix : soit l’abandonner, soit la transformer en un hommage revendiqué comme tel. J’ai choisi la deuxième solution en écrivant un texte autour d’images habituelles dans l’univers de Sol Invictus, les jardins anglais, les fantômes, etc.

On perçoit aussi dans tes influences des artistes tels que Andrew King et In Gowan Ring, te reconnais-tu à travers leur sensibilité musicale ?
Effectivement, deux artistes qui comptent pour moi!

Andrew King, c’est le passeur, celui qui porte à nos oreilles des chansons si anciennes et pourtant totalement nouvelles pour des gens comme moi dont la culture populaire se limite au rock. Andrew King ainsi qu’Alasdair Roberts avec son fantastique album “No Earthly Man” m’ont fait découvrir un autre monde dont j’ignorais presque tout, celui des ballades traditionnelles anglaises et écossaises, et surtout ces “murder ballads” dont deux figurent, dans des versions personnelles cependant, sur l’album – Lord Gregory et Two Ravens. Pour ceux qui veulent aller plus loin, il est indispensable d’acquérir l’anthologie en cinq volumes de Francis James Child “the English and Scottish popular ballads” : une source d’inspiration inépuisable pour les jeunes groupes de neo-folk!

In Gowan Ring, c’est un peu différent, on ressent plus rarement l’influence des ballades traditionnelles, sauf quand il a collaboré avec Blood Axis. Je trouve qu’il a créé un univers original, qui ne ressemble à aucun autre. A la limite, la seule chose qui me vient à l’esprit quand j’écoute In Gowan Ring, c’est Robert Holdstock, l’auteur de “la forêt des mythimages” (Mythago wood). Je trouve que In Gowan Ring en est la parfaite adaptation musicale, avec ces images de forêts anciennes, de temps qui s’écoule d’une manière plus lente. Maintenant, je ne sais pas si c’est volontaire ou si c’est moi qui interprète. Mais dans les deux cas, sa musique est évocatrice et c’est donc une réussite.

Que raconte cette poignante composition intitulée "Lord Gregory" ? Pourquoi avoir choisi de la chanter a cappella ?
C’est une ballade dont les premières versions connues remontent au 18ème siècle je crois. Je l’ai découverte interprétée par Alasddair Roberts sur son album “the crook of my arm”. J’ai préféré écrire mon propre texte, tout en respectant la trame d’origine car toutes les versions existantes utilisent des mots en vieil anglais ou écossais, qui sont imprononçables ou incompréhensibles pour moi.

En résumé, l’histoire est la suivante : la maîtresse de Lord Gregory, enceinte des œuvres de ce dernier, se présente chez lui mais est accueilli par sa mère, qui ne souhaite que s’en débarrasser et la renvoie et lui disant d’aller au bord de la mer voir si Lord Gregory y est, en espérant qu’elle périsse dans la tempête qui fait rage. En réalité, Lord Gregory est chez lui et quand il apprend ce qu’il s’est passé, part à la poursuite de sa bien-aimée. C’est ici que la chanson s’arrête, du moins ma version, sans dévoiler si les deux amants parviennent à se réunir ou pas.

"Pagan" est en quelque sorte un hymne au monde et à la culture celtes, peux-tu nous parler de cette chanson, ainsi que de Julian H. Cope à qui elle est dédiée ?
Julian Cope est un chanteur anglais très célèbre, enfin je crois qu’il l’est toujours. Il faisait partie des Teardrop Explodes, un groupe pop assez banal, mais c’est en solo qu’il a fait des choses plus intéressantes, notamment en mettant en musique son intérêt pour la culture celte, le druidisme, et cette civilisation plus ancienne dont il ne nous reste que les mégalithes. Je conseille surtout son album Jehovahkill et ses deux livres consacrés aux sites mégalithiques, des îles Britanniques pour le premier, d’Europe continentale pour le second.

C’est d’ailleurs vraiment le livret de son album Jehovahkill qui m’a fait découvrir les mégalithes, à une époque où je n’habitais pas encore en Bretagne. Depuis évidemment, j’ai parcouru la Bretagne en long et en large, ainsi que le sud-ouest de l’Angleterre, de Stonehenge à la Cornouailles, d’où cette chanson-hommage.

As-tu longtemps démarché avant de trouver le bon label, à savoir The Eastern Front ? Travaillerez-vous à nouveau ensemble ?
A ma grande surprise, je n’ai pas démarché du tout!

j’étais plutôt hostile à Internet, aux réseaux sociaux, toutes ces choses dont j’estimais qu’elles me feraient perdre mon temps, mais début 2009, je me suis dit qu’une page sur myspace serait quand même utile, et voilà, une semaine après sa mise en ligne, j’avais déjà des sollicitations de trois ou quatre labels, dont The Eastern Front, avec qui j’ai signé sans hésiter, connaissant leur catalogue et leur réputation.

Finalement, les choses se sont très bien passées, Igor et Tanya sont des personnes très sympas, très honnêtes, très compétentes - fabuleux travail de Tanya pour le livret du CD. En bref, des conditions idéales pour un premier album! Il ne fait aucun doute que nous retravaillerons ensemble, pas en 2011 mais probablement en 2012.

Quels sont tes projets en cours ? Des concerts de Pale Roses sont-ils prévus ?
Les projets sont nombreux, en ce qui concerne les enregistrements, pas les concerts car je n’en ferai pas, du moins pas dans un futur proche.

Donc, un deuxième album est déjà prêt. Il pourrait s’appeler Pale Roses Unveiled, ce qui sonne un peu comme le fameux livre de Madame Blavatsky “Isis Unveiled”. Musicalement, pas de grosse différence avec le premier album, mais les textes sont consacrés à des figures de l’ésotérisme comme ladite Madame Blavtasky ou le docteur Dee, où à des imposteurs notoires comme Uri Geller, ou Elsie Wright – l’affaire des fées de Cottingley! Je cherche actuellement un label susceptible de sortir ce disque début 2011...

Sinon, je songe déjà au troisième album, qui devrait faire la part belle au piano. Il pourrait s’agir d’un concept album. J’ai plusieurs idées mais une adaptation de la bande dessinée de Comès “L’ombre du Corbeau” me permettrait de concilier ma passion pour la première guerre mondiale avec une approche fantastique ou fantasmagorique. Ceci-dit, ce n’est qu’une idée parmi d’autres.

Enfin, je travaille en même temps sur un projet d’adaptation de ballades anglo-saxonnes comme The Three Ravens, The Unquiet Grave ou Sheath and Knife, en collaboration avec des artistes Indus/Ambient, je ne dévoile pas de noms pour l’instant, le projet est trop peu avancé, mais j’ai bon espoir d’aboutir à un résultat plus qu’intéressant.

Cette interview s'achève, je te remercie d'avoir bien voulu répondre à ces quelques questions et te laisse conclure...
C’est moi qui te remercie et j’en profite pour saluer les nombreux groupes qui ont bien voulu échanger un CD avec moi, dont certains m’ont d’ailleurs précédé dans ces pages.

 

         Gasp, année 2010

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