Interview Nosens (année 2010)

Décapant la croûte de givre qui nous engourdit parfois le cortex, Nosens est un projet neoclassic-ambient "cinématographique" synonyme de pur régal pour l'imagination, une expérience épidermique savamment orchestrée et pouvant être comparée à un foisonnant puits d'images et de sensations où chaque écoute renouvelle le scénario du film que projette notre esprit. "The Final Step" marque donc un premier essai des plus prometteurs, laissons maintenant Evy, la Maîtresse de cérémonies, nous présenter sa troublante créature...

Salutations ! Peux-tu nous présenter Nosens ? Quels furent les balbutiements de ce projet ? De quel horizon tourmenté tire-t-il son origine ?
Nosens est un tout jeune projet d' instrumental (ambient, abstract, neoclassic). Cela fait tout juste une petite année que je me suis lancée dans cette nouvelle aventure. D'où est-il né.., son apparition est totalement liée à mon projet principal (Mental D-struction – Atmospheric Speedcore), cela fait quelques années maintenant que je développe des atmosphères pour les combiner à des rythmiques noise et expérimentales, et j'ai ressenti le besoin et l'envie de me pencher avec plus d'énergie sur mes ambiances et ainsi essayer de m'offrir un lieu d'expression et d'évolution moins «tiraillé».

Ta musique stimule notre imagination, injecte dans notre esprit un matériau tout cinématographique où s'écriront autant de scénarios qu'il y aura d'auditeurs; cette approche "ouverte" que l'on a de ton travail répond à quelle motivation de son auteur ?
Mon but premier était de me laisser aller dans ce tout nouveau espace temps, en essayant de me détacher de toute obligation et contrainte; en quelque sorte : essayer de me concentrer uniquement sur la matière qui était sous mes doigts et sur le moment présent. Avantage considérable d'un nouveau projet, personne n'en a entendu parlé – personne n'a d'attente. Les seules attentes viennent de nous même, le seul enjeu que je me suis fixée était de me forcer à me dégager du mien, essayer de composer sans morale et jugement portés sur mon propre travail : agir dans le progressif et conceptualiser après.

Outre la libre interprétation que l'on peut en avoir, les six compositions de "The Final Step" (neuf si l'on compte l'édition limitée parue en format CD-r) s'organisent-elles autour d'une thématique particulière ? Quel est ce "Nouvel Ordre" dont il semble être question en filigrane ?
Tout l'album est organisé autour des théories conspirationnistes et de certaines notions un peu plus mystiques. Mon but était de retracer une sorte de carte de voyage, d'évolution. Aucune direction particulière n'est mise en avant (malgré la tracklist), les différents éléments ont plus fonction de point de passage. Chacun d'entre eux se complète et interagit, et offre un sens plus complexe au contact des autres.

Relevant autant de l'ambiance d'un film fantastique que du paysage expressif que peut offrir une âme en proie à ses démons, "The Final Step" ne relâche jamais la pression et nous poussent à extraire de ses brumes des dangers qu'il ne fait, lui, que suggérer...
A quoi doit-on s'attendre une fois atteint ce dernier palier ? Une autre porte, d'autres étapes à franchir, un voyage qui continue ?
Rien n'est fini ou constant, seul le mouvement est omniprésent... se serait plus proche d'un voyage qui continu construit sur de nouvelles bases. D'un point de vue moins musical, je suis persuadée que de grands changements sont en train de s'opérer, nous assistons à la fin d'une ère et par conséquent le début d'une nouvelle. Malgré toutes les énergies néfastes qui essaient de prendre le contrôle, je suis convaincue que la fin du dualisme n'est plus qu'une question de temps et que l'humanité sera enfin prête à s'éveiller, alors nous devrions nous souvenir que nous avons tout à gagner en s'unifiant dans le respect et la diversité.

Ces orchestrations envoûtantes et hypnotiques (dont "Blue Beam", je trouve, se pare avec une intensité particulièrement stimulante) sont-elles pour toi un exutoire, une manière de capturer dans ces mélodies empoisonnées tes propres fantômes ?
La musique a toujours été pour moi un exutoire, un moyen de lâcher prise. Une ressource vitale qui m'a permis de m'équilibrer et d'évoluer. Elle m'a offert un espace que je me suis appropriée en le créant de toutes pièces, un lieu dans lequel le réel n'a que peu d'importance, où existent uniquement les règles et contraintes que nous souhaitons nous imposer; et où se développent nos malaises autant que notre positivisme. Ma musique passe exactement par les mêmes phases que mon émotif et mon évolution personnelle. Quant à parler de « fantômes», c'est certainement l'album le plus optimiste tout projet confondu que j'ai créé – donc je ne sais pas vraiment quoi dire. Ca me fait juste penser à ce que m'a dit ma nièce de quatre ans lorsque je lui ai fait écouter quelques extraits : « il y a des méchants dans ta musique» -- ça m'a particulièrement frappé et fait penser au fait que l'atmosphère était en effet violente pour un être encore vierge de destruction, elle n'avait en effet aucun intérêt à se sentir à l'aise au milieu de tout cela – cette détresse n'est pas la sienne – au contraire il y a même un risque dans tout cela, celui de lui ouvrir un potentiel d' émotif qui ne fait partie ni de son monde ni de sa conception. Je pense que nous avons tous fait l'expérience d'un doute qui fut créé par un manque de confiance envers nos propres vérités et concrétisé par une affirmation trop oppressante d'un tiers. L'expérience du doute est bonne mais dangereuse si elle est motivée uniquement par une pulsion d' autodestruction et de dépréciation. Nous devons faire confiance à nos intuitions, tout le problème est de savoir où l'intuition se finit et où commence le mental, la barrière est infime et est souvent mal interprétée.

Dans quel état d'esprit dois-tu te sentir pour composer ? Qu'est-ce qui peut être le détonateur d'un morceau et l'orienter ? Qu'est-ce qui t'inspire ?
Cela peut partir absolument de tout, d'une pulsion, de quelques notes qui me trottent dans la tête. De l'ennui (même si ce n'est pas une de mes grandes caractéristiques), de la surcharge émotive, depuis peu de mes joies. La grande majorité du temps ça vient de choses extrêmement simples et naturelles. Composer est avant tout une sorte d'hygiène de vie.

Vu la capacité de ta musique à faire naître images et atmosphères, cela donnerait quel type de film si tu avais la bonne idée d'en réaliser un ?
Tout dépend de qui dirigerait l'autre... je crois.
Si ma musique est le moteur, certainement quelque chose de très visuel, quelque chose de dual et perturbant pour en arriver à la sensation que rien de tout cela n'existe. Si mon état d'esprit est le moteur, je crois que cela ressemblerait plus à un essai de dialectique où l'image autant que la musique n'auraient au final que peu d'importance. D'un autre point de vue, je serais absolument ravie de collaborer musicalement sur un film, essai ou court. C'est toujours plus évident pour moi lorsque je suis canalisée et lorsque l'impulsion première est induite par un tiers. Ce serait un grand bonheur pour moi de participer à la BO d'un film.

Tu participes à d'autres formations (dont Mental D-struction), peux-tu nous les présenter ?
Oui en effet, Mental D-struction, projet solo de speedcore atmospheric, noisecore orchestral avec quelques influences black metal, de loin mon projet le plus violent et personnel.
Legal Terrorism
, un projet caricatural pour des titres hardcore, terror, hard electronic..
Circuitsmaher
, un projet en collaboration avec un Anglais : Paul Bolstridge (Pirtek), une sorte de breakcore, idm orchestral, très aérien.
Bemskiant
, groupe de Black Death dans lequel je manie la basse.
Bastard D-struction
, duo avec Yitb : industriel, speedcore, black metal
Je m'occupe également d'un netlabel : Wildness Records

A quels noms se raccrochent tes principales influences musicales ? Qui sont les artistes qui ont tracé pour toi des lignes de force ?
Beaucoup de choses très variées, pour ne parler que d'ambient et de neoclassic : Arditi, Puissance, Triarii, des labels tels que Cold Meat Industry, Waerloga, ... et tant d'autres, je dois dire que je suis assez mauvaise dès qu'il s'agit de faire des listes.

Quels sont tes projets à venir ? Comment s'annonce le futur pour Nosens ? As-tu songé à présenter ton univers sonore face à un public ?
Clôturer et sortir le nouvel album CD de Mental D-struction, est le point essentiel en ce moment. J'ai déjà quelques ébauches concernant le futur album de Nosens, mais je préfère ne pas plancher trop dessus tant que le reste est encore en suspens. Quant à présenter Nosens en live, c'est une idée qui me trotte dans la tête, mais je tiens et m'oblige à trouver un concept «visuel» dans lequel je me sente à l'aise avant de franchir le pas.

Cette interview s'achève, merci d'avoir pris le temps d'y répondre, le mot de la fin est dans ton camp...
Merci beaucoup pour ton temps et ton attention.

 

                             Gasp, année 2010

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