Interview Misstrip (année 2007)

Un premier 4 titres plus que prometteur en 2004 suivi d’un album, "Sibylline", qui restera à mon goût et à celui de beaucoup comme l’une des meilleures parutions de l’année 2006, cette formation originaire d’Angers est à coup sûr appelée à connaître un avenir lumineux. Son rock atmosphérique teinté de trip-hop l’a conduit sur un label, Prikosnovénie, dont le catalogue s’ornait déjà de joyaux tels que Jack Or Jive, Louisa John-Krol ou bien encore Collection d’Arnell-Andrea, et force est de reconnaître que la voix de Virginie tient la comparaison avec celles de ses illustres aînées.

Tout d’abord, des questions plutôt conventionnelles afin de mieux faire connaissance : à quand remonte la création du groupe, qu’est-ce qui a motivé sa naissance et qui en sont les membres ?
Arnaud: En fait nous nous connaissons depuis le lycée. A l’époque c’était essentiellement pop-rock et sans prétentions. A la fin de nos études on s’est séparé car chacun avait des projets différents. Quelques années après, fin 2001 pour être précis, Fred et moi on s’est retrouvé avec une grosse motivation et pas mal d’idées pour remonter un projet en y intégrant cette fois des machines. On s’est mis à la recherche d’un chant et d’une basse et on a fini par rappeler nos "vieux"compères Virginie et Charles pour créer Misstrip.

Pouvez-vous nous dire ce que signifie le nom du groupe, qu’évoque-t-il pour vous ?
Virginie: Cela n’a pas été facile à la création du groupe, de choisir un nom en adéquation avec notre univers musical. Au départ, nous avons flashé sur Misstrip plus pour la sonorité que pour le sens que nous lui donnions. Aujourd’hui, il a une réelle signification pour nous…symboliquement, c’est une "voix nostalgique", un personnage féminin qui invite l’auditeur à faire un voyage musical avec l’ensemble du groupe.

Vos compositions nous entraînent dans un univers où se mêlent rock atmosphérique et trip-hop, vous n’hésitez pas à citer par exemple sur votre site The Gathering, que représente cette formation pour vous ? Quelles autres formations ont influencé Misstrip ?
Arnaud: The Gathering n’est pas vraiment un groupe influent pour nous puisqu’on l’a découvert, pour la plupart, en lisant les chroniques de notre album. Il y a effectivement quelques points communs mais les groupes qui nous ont le plus influencés au début restent Massive Attack, Archive et Portishead pour ne citer qu’eux. Depuis nos écoutes ont évolué et je pense que notre musique aussi mais on recherche avant tout à développer et à exprimer notre propre identité.

Ce qui frappe sur "Sibylline" c’est la faculté que vous possédez de fusionner des mélodies particulièrement accrocheuses aux richesses d’une palette sonore réunissant ambiances et émotions; comment se passe le processus de création au sein de Misstrip ? Qui fait quoi ? Quels effets cherchez-vous à atteindre, quels buts poursuivez-vous lorsque vous composez ?
Arnaud: Avec Fred, on essaie de développer une ambiance ou un riff en partant, la plupart du temps, des machines, mais aussi au piano ou à la guitare. Ensuite il y a un processus de mélange d’idées (de chacun) entre instruments électroniques et acoustiques que l’on dose selon l’énergie que demande le morceau. Le chant arrive généralement en dernier et à partir de là, le but va être de mettre les choses en place, de les accorder entre elles pour que notre ressenti en jouant, ou en écoutant le morceau, soit le plus fort possible.

A première vue, si l’on fait exception de la voix envoûtante de Virginie, vous retrouver sur Prikosnovénie pourrait surprendre, le label coloriant clairement son catalogue aux couleurs de l’heavenly, de la féerie et de l’ethnique (même si avec Collection d’Arnell-Andrea ou plus récemment Maple Bee il s’ouvre sur d’autres horizons), qu’est-ce qui a fait que Misstrip signe avec le label de Clisson ?
Arnaud: Il y a un aspect humain, convivial et sérieux qui nous a plus chez Prikosnovénie. Ils nous ont laissé beaucoup de liberté dans nos choix. De leur côté, je pense que l’élément déclencheur a effectivement été la voix de Virginie et sans doute aussi le côté peut-être un peu "mystérieux" de notre musique. Ils avaient sans doute aussi un désir d’ouverture vers d’autres couleurs musicales mais tout en gardant un fil conducteur.

Le plus souvent les jaquettes des productions Prikosnovénie sont le travail de Sabine Adélaïde, vous avez apporté votre propre artwork, était-ce quelque chose d’important pour vous ?
Virginie: Oui, c’était même quelque chose d’essentiel, puisque nous voulions un graphisme qui fusionne totalement avec notre univers musical. Grâce à notre rencontre avec Marie Dutin, qui nous a proposé le personnage clé de notre pochette, cette femme enfant à la fois rêveuse et "écorchée", nous avons trouvé une esthétique cohérente qui révèle bien selon nous, notre identité musicale.

Vous revendiquez une musique laissant la part belle à l’imaginaire, où se situent les sources de votre imaginaire… ou de vos imaginaires ?
Virginie: Ils se situent dans ce que nous sommes chacun individuellement dans le groupe, dans ce que nous ressentons, partageons et souhaitons exprimer au moment de la création des morceaux.

L’imaginaire certes, mais vos compositions ne perdent pas le contact avec la réalité qui n’est pas absente en tant que source d’inspiration. Qu’est-ce qui vous touche et se retrouve dans Misstrip ?
Virginie: Il n’y a pas de thèmes de prédilection particulier dans Misstrip, tout est susceptible de nous toucher dans la mesure où nous travaillons essentiellement sur nos ressentis et nos émotions…mais pour cela, nous ne pouvons pas être complètement dans l’imaginaire, nous nous inspirons aussi de ce que nous vivons au quotidien, ou de faits marquants que nous observons.

Y a-t-il des connexions entre le monde de Misstrip et la littérature ? Y a-t-il des écrivains qui ont influencé votre univers ?
Virginie: Non pas directement, même si certaines lectures comme "L’alchimiste" de Paulo Coelho, "Soie" d’Alessandro Barrico, ou encore "Le livre brisé" de Serge Dubrovsky ont pu me marquer. Maintenant, s’il fallait se situer dans un courant littéraire, nous serions probablement entre l’ Humanisme et l’Existentialisme propre à Sartre par exemple, dans la mesure où mes textes s’inspirent de ce que l’Homme peut expérimenter dans son for intérieur et des questions qu’il peut se poser sur le sens de la vie, de la mort et sur les valeurs de l’existence en général.

De quels groupes vous sentez vous proches dans l’Hexagone ? Vous êtes originaires d’Angers, y existe-t-il une scène, des structures propres à l’épanouissement de formations telle que la vôtre ?
Arnaud: Il y a pleins de groupes français que nous apprécions. En terme de ressemblance musicale, c’est difficile de juger mais peut-être sommes-nous proches de Tara King Théory (en moins trip-hop) et de Shane Cough (en moins rock/indus). Sur Angers il y a une scène pour ce genre musical mais elle n’est pas encore très développée. Niveau structures, je pense que dans l’ouest, en général, nous n’avons pas à nous plaindre. J’espère qu’elles se développeront encore avec toujours plus d’ouverture, de suivi et de prises de risques.

Quel est l’avenir de Misstrip ? Des concerts en vue ? Planchez-vous déjà sur l’album suivant ?
Arnaud: Des concerts, encore et encore. On en a très envie en tout cas. On a un autre projet de clip avec notre réalisateur Rémy Gente avec peut-être une B.O. de court métrage dans la foulée. Au niveau de la composition, un certain nombre d’idées sont sur le feu et on espère en tester courant 2007 sur scène…A voir.

Les Sentinelles vous remercient du temps que vous leur avez consacré et vous laissent le mot de la fin:
On en profite alors pour vous souhaiter une "marvellous" année 2007.


                             Brown Jenkin (janvier 2007)