Interview Militia Dei (année 2010)

Froid, martial et cybernétique, l'univers sonore de Jean-François H. n'en est pas moins habité par une forte spiritualité, une démarche intérieure sincère dont la volonté s'incarne à travers l'atmosphère abrasive d'une musique exigeante. Si vous ne connaissiez pas encore Militia Dei, n'attendez plus pour découvrir "In Nomine Patris Et Filii Et Spiritus Sancti"; cinq compositions de glace et de fer qui vont s'approprier lentement votre esprit et votre chair, expérience autant sévère qu'hypnotique qui devrait capturer votre système nerveux dans les circuits inhospitaliers d'une Matrice totalitaire...

Salutations Jean-François ! On apprend sur ta page Myspace que les débuts de Militia Dei remontent à l'année 2002, mais quel a été ton background jusqu'à l'éclosion de ce projet ? Y a-t-il eu un long prologue avant que ne commence cette aventure musicale ?
Salut. Un long prologue, en effet. J'ai toujours fait de la musique. J'ai étudié les percussions au conservatoire quand j'étais enfant. Puis, des années plus tard, je me suis intéressé à différents styles de musiques comme la coldwave, l'industriel, la techno hardcore, le dark ambient, etc. Militia Dei est empreint de toutes ces influences plus celles des fanfares militaires qui ont rythmées mon enfance. C'est en ralentissant le tempo du hardcore pour obtenir plus de solennité que le projet a pris forme. Garder la puissance du hardcore, enlever sa partie festive, rajouter une touche ouvertement martiale pour obtenir quelque chose de solennel, de rituel, de forcément spirituel. Un rituel chamanique destiné aux guerriers.

Tes influences s'ancrent principalement dans le chamanisme et l'ésotérisme, que représentent pour toi ces domaines dont les sources d'énergie remontent loin sur l'échelle des siècles ?
Pour faire court, le chamanisme – qui est un ésotérisme – a pour but d'accéder à la connaissance suprême : la gnose. C'est une quête spirituelle que l'on retrouve dans toutes les traditions spirituelles. Militia Dei s'intéresse plus particulièrement à la guerre en tant que devoir sacré. Guerre intérieure contre les ennemis qui nous barrent la route de la gnose. Je me repose sur la magie du son. Sa puissance est très forte et beaucoup de personnes éprouvent un malaise à l'écoute de Militia Dei. C'est un appel à la guerre et notre civilisation moderne déteste la guerre véritable. Le confort bourgeois hérité de la Révolution Française a tout corrompu, ou presque.

Militia Dei, c'est aussi un intérêt important pour les Chevaliers du Temple, que symbolise à tes yeux l'histoire de ces moines-guerriers ? Quelles valeurs rattaches-tu à ce qu'ils incarnaient ?
L'Ordre du Temple était une organisation initiatique. C'est-à-dire qu'il était le lieu de la quête du Graal. Le Graal qui est la connaissance perdue : la gnose. Et ceci dans un cadre chrétien. Étant moi-même de tradition catholique, je ne pouvais qu'adhérer à l'ésotérisme templier. Ésotérisme empreint de martialité chevaleresque. On pourrait rapprocher le code d'honneur des templiers de celui des samouraïs. Rectitude absolue, fidélité à la voie ésotérique, acceptation de la mort. Memento finis était la devise de l'Ordre : pense à ta fin ; c'est-à-dire pense à ton but ésotérique, mais aussi à ta mort, à chaque instant.

Une spiritualité forte et sincère associée à une volonté de combattre pour préserver notre culture européenne, est-ce l'un des messages que l'on doit lire en filigrane à travers les thèmes qui te sont chers ?
Tout à fait. Je rajouterai qu'un redressement de l'Occident perdu dans son matérialiste délétère athée ne pourra se faire que grâce à un retour à une spiritualité forte, donc une spiritualité encadrée par un cercle initiatique véritable comme l'a énoncé brillamment René Guénon dans La crise du monde moderne.

Les cinq compositions de "In Nomine Patris Et Filii Et Spiritus Sancti" peuvent-elles être comparées aux étapes d'un rituel, d'un cheminement intérieur, des Ténèbres ("Tenebrae") vers la Lumière ("Lux") ?
Certes. Les titres et l'arrangement des morceaux ont cette volonté d'établir un discours ; un rituel. Le mot est sans doute un peu fort car je ne suis ni magicien, initié véritable ou chamane. J'ai seulement la prétention d'être investi d'une mission et mon son est l'expression de cette inspiration qui m'a été donnée lors de mes différentes expériences mystiques.

Percussions martiales et autres "tambours de guerre" s'illustrent sur tes compositions à travers une coloration sonore très "sèche" et robotique; je pense aux machines quand je les entends, des machines aveugles, plus difficilement le moine-soldat s'impose dans mon esprit... Je trouve que ton approche musicale froide et post-apocalyptique manque d'un feeling plus "organique" qui permettrait ce rapprochement avec le Templier et par là-même avec la spiritualité...
Question difficile. L'idéal templier peut-il s'incarner dans la machine ? Cette dureté mécanique, cette transe informatique, sont là d'abord pour mettre à nu le système, la Matrice qui nous tient prisonnier de manière tyrannique. À partir de ce point, il importe à chacun de se positionner par rapport à cette vision de la barbarie nue de la machine et de la combattre. Mais d'autre part, cette froideur mécanique est celle aussi du combattant véritable, sans états d'âme, sans pitié. Tuer au nom du Dieu-Empereur comme le font les cyber-templiers de Warhammer 40,000.

Prévois-tu d'intégrer des voix (choeurs, spoken words, chant...) dans tes prochains travaux ?
C'est possible, en effet. Je réfléchis à l'idée d'incorporer des chants grégoriens et des chants militaires dans mes prochains opus. Même si, à la base, les synthés aériens sont là pour signifier cette plainte devant la face de Dieu et la louange de Sa puissance, peut-être que le message passerait mieux avec des chants.

Comment appréhendes-tu la langue latine ? Pour un idiome que l'on dit "mort", il possède des ressources (liées entre autres à la sphère spirituelle) que l'on ne retrouve plus dans notre parler d'aujourd'hui...
La langue latine parce qu'elle est fixée – terme préférable à morte -- est propre à exprimer ce qui est éternel. D'où l'usage qui en est fait dans le domaine de la spiritualité catholique.

Quelles sont tes influences musicales ? Outre la galaxie indus-martiale, jusqu'où s'élancent tes affinités sonores ?
J'écoute beaucoup de choses différentes mais toujours dans une veine industrielle. Les diverses branches de l'industriel sont très riches et les ambiances peuvent aller des nappes très introspectives du dark ambient au speedcore le plus déjanté. J'écoute également du chant grégorien et des chants militaires traditionnels.

Le 18 décembre 2009, tu as participé à un concert à Lille au côté de Sinweldi; quels souvenirs gardes-tu de cette soirée martiale ? Etait-ce la première fois que l'entité Militia Dei se dressait sur les planches ?
C'était effectivement le premier concert de Militia Dei devant un public. J'ai fait par le passé des lives par Internet mais l'audience était très limitée. Ce concert s'est très bien passé. J'ai eu un son suffisamment fort pour pouvoir faire sentir la puissance de Militia Dei. En effet la puissance sonore est primordiale chez Militia Dei, le travail occulte du son prend toute sa dimension dans ce contexte. Il faut sidérer l'auditoire, le mettre dans une situation de guerre avec ces détonations de tambours cybernétiques et ces synthés hurlant la volonté d'être au monde et de mourir à la fois.

Peux-tu nous dévoiler l'éventail de tes projets à venir ? Je crois que tu souhaiterais défendre à nouveau ta musique face à un public...
C'est en situation de live que la magie opère. Je compose mes morceaux en live à partir de patterns pré-enregistrées et je joue par dessus, je mixe les pistes, etc. Malheureusement, le contexte économique catastrophique est un frein au développement de Militia Dei. Les gens bougent peu et les budgets pour organiser un concert sont élevés. Espérons qu'en montant en notoriété la situation se débloque quelque peu !

Merci à toi d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions, je te laisse le mot de la fin tout en te souhaitant bonne continuation...
Merci à toi de m'avoir accordé l'opportunité de faire découvrir Militia Dei ! Je lance également un appel aux éventuels Vj's qui serait intéressé de donner un plus visuel à mon projet ; et aussi aux organisateurs de concerts !

Salutations.

Jean-François

 

                           Gasp, année 2010