Interview Mediavolo (année 2007)

C’est de Brest, aux confins de la Bretagne, que jaillissent les rêves portant les vaisseaux d’émotions de Géraldine et Jac. Le duo se charge de nous offrir textes et musique et confie au dessinateur Obion, fidèle de toujours, le soin d’illustrer leur dernière création, "A Secret Sound". Liaison éthérée s’ouvrant sur un univers fantastique entre notre siècle et les eighties, un pur moment d’enchantement qui se renouvelle à chaque écoute.

Commençons par une petite présentation de ceux qui se cachent derrière Mediavolo, qui sont-ils ?
Gé: Je suis la chanteuse et la parolière de Mediavolo.
Jac: Je m’occupe de la composition musicale et de la production.

Comment a démarré l’aventure et quelle est l’histoire du groupe ?
Gé: Mediavolo est né en 1999. A l’époque, le groupe comptait 5 musiciens. Jac et son frère, ainsi que M. Dupraz, un ami proche, en formaient le noyau dur. Jac était déjà le compositeur principal du groupe, mais il jouait la basse. Phylémon, son frère, était le batteur et le parolier, quant à M. Dupraz, le guitariste, il assurait la production de nos enregistrements. Azraëlle, aux claviers, nous a rejoint en 2000. Après 5 années de démarchages, de concerts, la sortie d’un 4 titres auto-produit, la signature d’un premier album, les motivations et les objectifs de chacun se sont petit à petit distendus… Mediavolo n’est plus aujourd’hui qu’un duo, dont la couleur musicale a d’ailleurs changé.

Pourquoi ce nom de "Mediavolo" ? Que représente-t-il ? Que cache-t-il ?
Jac: Nous préférons que cela reste un mystère...

Si vous deviez nous présenter votre nouvel album, "A secret sound", en quelques mots, cela donnerait quoi ?
Jac : Que c’est un album qui s’adresse aux mélomanes puisqu’il a été conçu par des mélomanes. Les gens qui nous écoutent ont en général un salon bien équipé en cd et en vinyles.

Il est souvent question des eighties, de Cocteau Twins et de 4AD quand on parle de Mediavolo, que représentent ces temps anciens pour vous ? Qui vous a influencé ou vous influence encore ?
Jac: En prenant de l’âge, je deviens nostalgique et j’ai besoin de revenir en arrière et me replonger dans mon adolescence. Curieusement, je n’aimais pas beaucoup les eighties à l’époque et aujourd’hui j’écoute tous les groupes que je snobais autrefois. Découvert sur le tard, les Cocteau Twins est le groupe qui m’a réconcilié avec les eighties en l’occurrence pour la New Wave. Alors naturellement ; notre dernier album sonne un peu années 80.

Les années 80 certes, mais on sent votre musique ancrée dans notre époque, comme un refus de ne vivre que de nostalgie, et finalement vous êtes assez proches de formations telles Speaking Silence ou Misstrip (l’aspect trip-hop en moins) ou même dans certaines de vos compositions de The Gathering, partagez-vous ce sentiment ?
Jac: Comme je l’ai signalé, nous sommes des mélomanes et nous écoutons plusieurs styles différents appartenant à différentes décennies. C’est pour cette raison que les eighties ne monopolisent pas notre album et que nous proposons aussi une certaine intemporalité.

Géraldine est chanteuse et parolière, Jac compose et joue, mais comment se déroule le processus de création au sein de Mediavolo ?
Gé: C’est Jac l’initiateur de chaque projet, et il travaille d’abord seul. Cela commence par des idées qui lui trottent dans la tête. Mais dès qu’un morceau se dessine, il fredonne la mélodie de chaque instrument qu’il enregistre sur un petit poste à K7. Cela lui donne la possibilité d’en avoir une trace, au cas où il disparaîtrait de sa mémoire. Doucement, le morceau se développe dans son crâne. Lorsqu’il juge qu’il en entend la version finale, il passe directement à l’enregistrement définitif de la musique. C’est là que j’interviens. Nous procédons à un premier enregistrement de la voix sur le morceau, mais dans une version onomatopéique : Jac, lorsqu’il m’apprend la mélodie, me donne également des repères phoniques, les sons syllabiques qu’il entend à tel ou tel endroit. C’est ce premier enregistrement qui me sert de base de travail pour écrire le texte. En ce qui concerne les textes d’ailleurs, nous avons de longues discussions sur le thème à aborder pour chaque morceau. Généralement, Jac en a une idée dès la composition. La musique qu’il entend est toujours accompagnée d’images. Il faut donc que je perçoive sa vision, et ensuite que je développe une sensibilité propre face aux sujets dont elle traite. Il faut que son expérience devienne la mienne… un transfert de filtre en quelque sorte. Commence alors le casse-tête : un nombre de pieds, de sons et d’idées définis… chaque texte est un puzzle. Je le monte pièce par pièce. Il ne reste alors plus qu’à enregistrer la version définitive du chant. Ceci est notre organisation de manière générale. Cependant, il arrive que Jac me confie la composition de certaines mélodies, lorsqu’il n’est pas convaincu par ses propres idées, ou qu’il me laisse carte blanche sur le thème d’un texte, soit parce que je le lui aurai demandé, ou parce que sa vision en est trop floue.

Qu’est-ce que ou qui inspire les membres de Mediavolo, aussi bien dans l’actualité que dans le cinéma, la littérature ou toute autre forme d’art ?
Jac: Je trouve l’inspiration grâce à des endroits, des villes qui n’existent que dans ma tête et bien évidemment grâce à la musique que j’écoute quotidiennement. Mais il arrive que certains livres ou certains films m’inspirent beaucoup. Par exemple, j’ai lu "Jack l’Eventreur" de Patricia Cornwell et ça a donné le titre "Death & The City".
Gé: La nature, la condition humaine sont des sujets inépuisables, qui m’obnubilent et m’angoissent. En ce sens, l’écriture est un exutoire.

Comment un groupe du bout du monde se retrouve sur un label allemand ? Avez-vous trouvé chez Kalinkaland ce que vous attendiez d’un label ?
Gé: "Vous ne sonnez pas Français…". Dès nos débuts, c’était la remarque la plus fréquente à l’égard de notre musique. Nous venions de consacrer deux ans à "Effets personnels", projet qui n’aura finalement pas été édité, Phylémon était en convalescence, et Jac développait les idées qui allaient devenir "A secret sound". Je ne peux plus dire avec exactitude comment nous en sommes venus à décider de franchir le pas : contacter les labels étrangers. Mais c’est ce que nous avons fait, en Europe et aux USA. Kalinkaland a répondu présent très rapidement.
Jac: Sans langue de bois, nous sommes pleinement satisfaits de notre label. Notre album voyage à travers le monde via plusieurs distributeurs étrangers et nous adorons pouvoir lire des avis d’auditeurs américains ou espagnols.

Votre album est paru en octobre 2006 en Allemagne et n’est arrivé dans les bacs français qu’en février 2007, pourquoi un si grand décalage entre les sorties ?
Gé: Harald Löwy voulait que nous puissions bénéficier d’un soutien rapproché pour la sortie de l’album en France. Il a contacté Prikosnovénie, qui s’avère être l’alter ego de Kalinkaland en France, pour lui proposer un échange d’exclusivités. Du coup, Mediavolo est distribué en France par Prikosnovénie et Misstrip l’est en Allemagne par Kalinkaland. L’arrangement a mis un peu de temps à se conclure.

Pour en finir avec l’aspect label, vous êtes distribué en France par Prikosnovénie, on se dit que Mediavolo n’aurait pas dépareillé sur leur catalogue…
Jac: C’était exactement ce que nous pensions au moment où nous démarchions auprès des labels. Nous avons contacté Prikosnovénie. Mais vraisemblablement, nous ne correspondions pas tout à fait à leur style. Nous étions peut-être un peu trop rock et puis notre démo était alors bien loin de définir véritablement ce qu’allait être l’album. C’est finalement assez amusant que les circonstances fassent que nous travaillons aujourd’hui avec eux.

Le visuel de l’album comme celui de votre site est superbe, et je trouve, colle bien à votre musique, pouvez-vous nous présenter Obion, que les amateurs de BD connaissent à travers la série "Le déserteur" sortie chez Delcourt, et comment s’est déroulé la collaboration entre vous ?
Gé: Nous avons rencontré Obion au tout début du groupe. Il faisait partie d’un collectif de dessinateurs de BD, qui éditait un fanzine appelé "Le Violon Dingue". Mediavolo a fait l’objet d’un article dans une de leurs éditions. C’est au cours de cette rencontre que nous avons découvert le travail d’Obion et son style. Nous lui avons demandé de réaliser la pochette de notre 4 titres "Perdu dans l’espace", en 2001. Nous collaborons depuis lors. Avec "Soleil sans retour"; on peut dire qu’Obion devient en quelques sortes un membre du groupe. Phylémon et lui s’entretiennent longuement sur les thématiques, échangent des idées. Obion réussira à traduire avec beaucoup de talent l’ambiance générale de l’album. Son implication pour "A secret sound" a été similaire. Nous avions une idée de départ, mais qui s’est révélée inadaptée. Obion a écouté l’album, s’en est imprégné, et nous a fait des propositions. Notre association fonctionne vraiment très bien. Nous sommes très satisfaits du résultat. Nous avons eu une chance indéniable de le rencontrer.

Quel est l’avenir de Mediavolo ? Je suppose que des concerts sont à venir ?
Gé: Nous sommes en effet en pleine phase de promotion. Show cases en pagaille sur toute la Bretagne (pour l’instant). Nous organisons une soirée sur Brest à la fin du mois de mars, et nous avons été retenus au sein de la programmation d’un festival qui se déroule au cœur de la forêt de Brocéliande, en juillet. Nous devrions pouvoir annoncer d’autres dates d’ici peu…

Les Sentinelles vous remercient d’avoir répondu à cette interview et vous laissent le soin de la conclure si tel est votre souhait…
Jac: Merci à vous ! Le marché du disque s’écroule, le cd va disparaître, je ne vous apprends rien mais je prédis que nous aurons droit au grand retour du Vinyle, le plus beau support jamais créé pour la musique !


                               
Brown Jenkin (mars 2007)