Interview Malleus Maleficarum (année 2006)

C’est fort d’un troisième album intitulé "Nothing Left to Fight For" que Malleus Maleficarum revient hanter nos esprits, aiguillonnant sentiment de dégoût et abandon moral sur des hymnes encore plus froids et perturbateurs. S’éloignant du true black de l’opus précédent, cette couronne de vipères ceignant le crâne de nos éternelles vanités nous enveloppe d’une tunique de néant; écrin fatal que la formation française a su forger en donnant une texture nouvelle à son Métal Noir.


Salutations Malleus Maleficarum ! "Nothing left to fight for", votre troisième opus, est sorti il y a peu ; est-ce que vous pouvez nous le présenter. Quelles sont les angoisses, les souffrances et la rage qui l'animent ?
"Nothing left to fight for" est le fruit d'une exaspération croissante, d'une sorte de lassitude nourrie par une lucidité qui devient omniprésente. Il est également la création matérielle des déviances psychiques et morales qui nous perturbent.

Sans vous départir de votre violence, votre nouvelle créature possède également une poigne qui serre notre gorge d'une manière presque insidieuse… Quelles émotions souhaitez-vous faire naître chez l'auditeur ?
Cet album a en effet pris en maturité sur de nombreux points, également sur le ressenti des émotions exprimées. Avec l'expérience nous maîtrisons mieux nos instruments et la composition de nos morceaux. L'auditeur doit ressentir que tous ses espoirs sont vains, que ses combats ne sont d'aucune utilité et que sa vie ne mène à rien pour l'amener dans un état lucide de désespoir et d'autodestruction.

Les sonorités électroniques présentes sur l'album renforcent la froideur de l'objet, comment est née l'idée de vouloir insérer des éléments synthétiques à votre musique ?
En effet, l'insertion d'incursions électroniques s'est révélée comme un amplificateur de la froideur des chansons. Nous avions déjà cette idée en tête avant même la sortie de
"Des bibles, des hymnes, des icônes..." en 2003/2004. Nous avons enfin pu concrétiser le début de ce nouvel instrument au sein de Malleus Maleficarum. Néanmoins, l'utilisation d'instruments électroniques ne va pas devenir une fin en soi, pour nous il ne s'agit que d'une possibilité supplémentaire d'exprimer nos sentiments.
Comme dit précédemment, il s'agit d'un premier "jet" concernant l'électronique, les choses vont évoluer et mûrir.

Les photos du digipack sont constellées par des taches noires qui me font penser à des fragments de néant déchiré, est-ce qu'elles symbolisent quelque chose de précis ?
Exactement, nous avons travaillé avec Quale[Design], nous avons essayé de lui faire comprendre le type d'artwork que nous voulions et il a tout de suite saisi. Cette déconstruction, cette approche du néant et du chaos qui est liée à ce que rien ne puisse changer, quoi que l'humanité fasse.

La société moderne dans laquelle nous baignons, avec tout ce que cela implique en matière d'agacements profonds, d'incompréhensions, de névroses, de frustrations et autres joies du même acabit, trouve-t-elle écho dans vos tourments ?
Ces névroses sont le ciment de notre art, et dans ce sens, elles nous sont "bénéfiques", nous permettant d'avoir un exutoire puissant qui complète une éventuelle artillerie chimique.

Les titres de deux morceaux de l'album, "Le vice comme volonté…" et "...la perversion comme représentation", sont le résultat d'une opération chirurgicale effectuée sur l'intitulé d'un ouvrage d'Arthur Schopenhauer, "Le monde comme volonté et comme représentation"; le livre du philosophe allemand a-t-il une signification particulière aux yeux de Malleus Maleficarum ?
"Le monde comme volonté et comme représentation" est un ouvrage intéressant même si son alternative écrite par Ladislav Klima dans "Le monde comme conscience et comme rien" est un ouvrage offrant une excellente alternative. La pensée de Schopenhauer n'a pas une place plus importante qu'une autre à nos yeux.

Comment se passe le travail de composition au sein du groupe ? Avez-vous été obligés, faute de place, de mettre de côté des paroles ainsi que des parties musicales ?
Tamas compose environ 80% de l'ensemble des chansons et la totalité des textes. Ahriman compose le reste à la basse, puis je place les parties batterie. Pour l'électronique, le processus de composition se met en place, pour le moment, l'ajout de ces parties s'est fait à posteriori de la composition générale.

Que projetez-vous pour la chrysalide de Malleus Maleficarum ? A partir de l'évolution que représente ce troisième assaut, comment envisagez-vous la suite de votre parcours artistique en ce monde pathétique et désolant ?
La composition du quatrième album est déjà en cours. Nous sommes en pleine réflexion sur la tournure de l'album. Je ne serais capable de t'en dire plus pour le moment.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ? Avez-vous reçus des propositions intéressantes pour d'éventuelles manifestations sur les planches ?
Nous devrions effectuer quelques concerts en 2007, mais il est vrai qu'il reste extrêmement difficile de pouvoir trouver des dates de concerts. Il y a plusieurs raisons à ça, tout d'abord le public ne se déplace pas et ce depuis plusieurs années. Autre raison, nous ne pouvons pas reproduire l'album sur une scène "à l'arrache", sans balance, sans retours, sans rien...La prestation serait minable et nous ne souhaitons plus faire de concerts dans ces conditions....Néanmoins, nous étudions toute possibilité donc n'hésitez pas à nous mailer.

Merci pour votre disponibilité ; les Sentinelles vous invitent à lâcher une dernière morsure dans le corps de cette interview…
Merci pour cette interview intéressante, où l'essence de l'album semble avoir été saisie.


                                Gasp (décembre 2006)