Interview Jacquy Bitch (année 2007)

Le sensationnel "Stories from the Old Years" devait être le testament musical de Jacquy Bitch, il semble bien qu'il prenne au contraire l'apparence d'un élixir de jeunesse et assurément la forme du meilleur album de l'ancien leader de Neva. Oubliée la retraite, voici notre homme débordant d'énergie et de projets, les premières chroniques saluant la sortie de "Stories from the Old Years" ne pouvant que l'encourager en ce sens, quant aux Sentinelles elles ont estimé qu'un tel opus méritait bien en plus une interview de son géniteur…


Salut ! Pour les têtes sans cervelle et les jeunes générations pourrais-tu nous résumer ton parcours de Neva à ce formidable
"Stories from the old years" ?
Alors, pour ceux qui n'ont pas lu la bio sur le site…
Il était une fois un jeune punk un peu trou du cul qui vivait en Picardie, dans le quasi trou du cul du monde. Entre deux morceaux de punk assez hardcore, puisque alors il officiait dans un groupe qui ne faisait pas dans la dentelle, notre héros a un jour entendu un truc curieux qu'on appelait alors PIL… De cette rencontre entre ce jeune punk teigneux et cette musique de l'espace, à laquelle s'est ajouté un amour indéfectible pour Bauhaus (je ne connaissais ni Christian Death ni Virgin Prunes à l'époque), est né Neva. Groupe qui a écumé des scènes aussi exotiques que variées pendant dix ans avant de mourir de sa belle mort des suites de l'usure de toutes les parties concernées. Mais, notre jeune musicien, qui ne l'était déjà plus vraiment, jeune, ne pouvait se passer de musique. Ajoutant des guitares au cocktail de départ, notre coq mélomane a pondu Jacquy Bitch. Groupe qui est passé, avec plus ou moins de bonheur, par toutes les étapes musicales humainement possibles pour moi (Dieu me préserve du rap !).
C'est ainsi que j'ai fini par aboutir à
"Stories from the old years" dont la vocation était de retrouver le son que j'affectionne décidément le plus et que je situerais entre la fin de Neva et le début de Jacquy Bitch. Avec du travail en plus. A la base "Stories from the old years" devait être un album testament, je voulais tout arrêter… Mais tout bien réfléchi, la bête n'est pas morte, elle bouge encore.

Des changements sont intervenus dans le line-up depuis la sortie de l'album, peux-tu nous présenter ceux qui t'accompagnent en live ? Tu as entre autres débauché deux Brotherhood Of Pagans…
J'ai d'abord embauché un Brotherhood of Pagans, Pascal "Vox" à la guitare, qui malgré la préparation du nouvel album de son groupe a accepté de m'assister sur scène. Ensuite, pour remplacer Kathy, à la basse, il m'a présenté un ancien de la formation BOP, puisqu'il n'en fait plus partie, Alien qui effectivement chantait sur
"Tales of vampire". J'en profite pour dire que je suis drôlement heureux de ce ralliement car plus j'écoute "Resurrection", plus je m'en veux de ne pas avoir écrit ce morceau moi-même. A la rentrée, à ce duo, s'ajoutera un batteur, Charly, qui a tourné avec moi pour "Haine", et qui rempile dans le nouveau line-up.

Ça fait quoi d'être considéré comme un "monument" du mouvement batcave à travers une formation devenue culte (Neva), ce n'est pas trop encombrant ?
Personnellement je ne me rends pas compte, je n'ai pas conscience d'être un "monument". Je vis assez replié du monde musical. Je ne me considère pas et j'espère ne jamais me considérer comme un monument. Car le propre de la connerie est de ne douter de rien. Pour ma part, je continue à apprendre tous les jours. Avec ma musique, j'essaie tout simplement de me faire plaisir et de faire plaisir, si je le peux, à ceux qui me soutiennent.

Toi qui as une longue expérience de la scène deathrock / batcave, comment juges-tu et comment te sens-tu aujourd'hui dans ce courant plus dynamique que jamais ?
Je dois dire que je commence simplement à entrevoir la place que je pourrais occuper dans ce mouvement. Comme je te l'ai dit, je suis un peu ermite. Je reste en dehors de ce qu'on appelle la scène. Et j'essaie de ne pas m'inscrire dans un courant pour être dans un courant. Mais humainement, je me sens plus à l'aise parce que l'âge aidant, je suis de moins en moins sauvage et un peu plus diplomate.

"Haine" avait montré une inclination vers un électro rock teinté de métal indus, "Stories from the old years" affirme un retour vers tes racines, qu'est-ce qui l'a motivé ?
Je voulais faire de cet album un album testament. Je voulais faire la synthèse de ce que je croyais faire le mieux pour tirer ma révérence. Je me sentais alors asséché artistiquement. Je me disais qu'il était temps de me retirer, de la scène et du monde.
"Louchald" (la reprise) était mon héritage pour boucler la boucle en quelque sorte. De cette dépression artistique est née "Stories from the old years" mais je n'ai rien calculé au niveau du son ou de la couleur. Il est sorti sous cette forme. Comme "Haine", que j'ai écrit dans une période où j'étais en colère après tout le monde, j'écris ma musique comme elle vient au moment où elle doit s'exprimer. J'appelle cela des expériences et je ne renie rien.

Si tu devais définir "Stories from the old years" en quelques lignes, cela donnerait quoi ? Qu'as-tu voulu transmettre à travers cet album ?
J'ai voulu transmettre mon héritage. Donner ce que je pensais pouvoir faire de mieux avant de tout arrêter.

Tu as décidé de revisiter "Cimetière" et surtout le mythique "Louchald", quelles sont les raisons de ces relectures ?
Ce sont des morceaux qui indéniablement ont un bon impact sur le public et sur scène. Mais à force de les jouer sur scène, je commençais à en avoir fait le tour. Ce que je donne sur l'album sont les versions telles qu'elles étaient jouées sur scène avec Chyme et Kathy. C'est important que mes musiciens apportent aussi leur touche au travail que nous faisons ensemble. Mes deux nouveaux oiseaux, et Charly, commencent déjà à remanier ces titres à leur sauce. Et je dois dire que c'est très intéressant.

Je ne serais pas original en te disant que l'un des points forts de cet album, ce sont les mélodies à l'accroche implacable, comment travailles-tu ? D'où sors-tu ces lignes harmoniques ?
Au toilette !
Tous mes morceaux sortent des toilettes. J'y vais avec un enregistreur et c'est là que je bosse le mieux. Je peux chanter tout seul, avoir la paix surtout. Te dire comment ils arrivent, franchement, je ne sais pas. En général, ça part de la basse. Une technique que j'avais sous Neva.

Tu te définis comme un "Clown macabre", qu'entends-tu exactement par là ? N'est-ce pas un rôle trop difficile à tenir depuis tout ce temps ?
Oui enfin… je sais plus trop d'où vient cette appellation. Elle m'a toujours collé et je m'y suis habitué. Même si je ne vois pas bien ce que j'ai de drôle. Je pense que ce surnom vient de la chanson
"Clown" de Neva…

Et demain, de quoi sera-t-il fait ? Des concerts en perspective ? Déjà au boulot sur l'album suivant ? Thé glacé au bord de la piscine ?
Avec
"Stories from the old years", je foisonne de nouveau. J'ai envie de rééditer "Individu" de Neva, de sortir un DVD live en 2008. Je travaille déjà sur le nouvel album. Et puis là, le 28 novembre, nous faisons la première partie de CD1334 en Allemagne. Nous allons certainement jouer l'année prochaine à Paris et à Rouen dans un festival avec Rosa Crux et Eros Necropsique.

Les Sentinelles du Temps te remercient de leur avoir accordé cet entretien et te laissent le soin d' y apposer le mot de la fin ou toute autre considération qui te sembleras justifiée…
J'espère un jour pouvoir boire un verre au bord de la piscine avec vous tous…
Et merci pour la chronique. Ca me donne envie de continuer…


                              Brown Jenkin (novembre 2007)