Interview du photographe Jérôme Sevrette (année 2006)

Superbe, étrange, magnétique, parfois troublant et toujours foisonnant en émotions, l’univers du photographe Jérôme Sevrette est un paradis de sensations, de surprises, une déambulation mélancolique autant qu’un ravissement esthétique. Voici l’interview que l’artiste a eu l’amabilité d’accorder aux Sentinelles en août 2006 ; des propos aussi intéressants que le site-galerie que je vous invite à découvrir sans tarder: (http://www.photographique.fr).


Si tu es d’accord, on pourrait commencer cette interview par une présentation : qui est l’homme derrière ce riche éventail de sensations et d’émotions ? Quel est ton parcours ?
Mon parcours est celui d’un autodidacte qui ne cadre pas avec "la norme"…rien d’exceptionnel…en apparence. A l’école j’étais un élève médiocre, rêveur (déjà), étourdi, peu concentré sur ce qui ne l’intéresse pas. Par la suite je me suis passionné pour le dessin, et puis j’ai découvert la photo avec les pochettes des disques de mon grand frère et les magazines de rock, un électrochoc pour moi…
Par la suite, j’ai bien essayé de suivre une filière artistique, mais j’étais trop nul en maths, (c’est toujours le cas d’ailleurs), je ne voyais pas trop le rapport, je ne le vois toujours pas, donc toutes les portes se sont fermées, je n’ai pas fait d’écoles d’art, de photos… On a, par tous les moyens, essayé de me dégoûter et de me détourner de la photo…
Pourquoi ? Parce qu’un mauvais élève à l’école ne doit en aucun cas devenir "un artiste" ? Il est nul en maths donc c’est un con et n’a, de ce fait, forcément aucune créativité ? Votre niveau scolaire détermine si oui ou non vous allez passer le restant de vos jours derrière une machine en usine…fascinant. Mais je suis beau joueur, et vu qu’à l’époque, les photographes ne travaillaient qu’en argentique, ce qui m’est arrivé n’est peut-être pas plus mal, je me dis que le destin m’a préservé, que je serais peut-être devenu un de ces vieux cons intégristes qui crachent sur le numérique.
Pour ce qui est du domaine de la création artistique, il est fort possible que ma vision des choses aurait été altérée, influencée, si j’avais suivi un cursus artistique classique, de ce coté mon esprit est resté vierge et je peux aller dans toutes les directions, sans peur du qu’en-dira-t’on. Donc voilà, je présente un travail né de mes inspirations du moment, de mon ressenti et non du résultat d’un apprentissage ou d’études.

Ton site nous permet de remonter le temps, et avec "Neo-Tropic", en 1988, on découvre déjà une approche particulière de photographier la nature. Peux-tu nous parler de ces premiers travaux où se dessinent les thèmes qui te sont chers ?
1988, mince ça va bientôt faire 20 ans !
"Néo-Tropic" à été ma première campagne photographique en extérieur, je me rappelle très bien ce moment, j’étais avec un ami, c’était très tôt le matin, il y avait pas mal de brouillard, j’étais fasciné par cette lumière, cette ambiance et je me suis mis de façon instinctive à prendre ces quelques photos, je voyais ces petits îlots sur l’étang comme en suspension dans la brume, c’était un bon moment…
J’étais, et je suis toujours, content du résultat cet aspect irréel…présent encore aujourd’hui dans mes images. Si je retournais là-bas maintenant, mes photos seraient sûrement différentes, le matériel a évolué, le lieu a changé, mais l’ambiance générale serait certainement la même.

La plupart de tes photos expriment un subtil maniement du noir et blanc ; d’où te vient ce goût pour ces deux opposés ?
J’aime pousser le noir et blanc dans ses retranchements, à mon sens, j’utilise d’ailleurs plus le noir que le blanc...
Sur certaines de mes photos il y a des zones complètement noires, la photo est à la limite de la "lisibilité", c’est un parti pris, je veux que mes photos soient sombres. Ces zones obscures vous attirent, il se crée une sensation de gouffre, ce qui force le regard sur les zones plus éclairées. Le noir et blanc se prête facilement à ce type d’expérimentation. L’image de base n’est qu’un composite. Le travail sur la lumière, les contrastes, la transformation des détails, l’altération du champ de vision etc…toutes ces manipulations donnent à l’image finale une lecture sans véritable repère, est-ce le jour ? la nuit ? est-ce loin ? est-ce proche ? Quelle est cette forme ? …
De manière générale, j’ai toujours aimé le noir et blanc, il donne ce côté intemporel et usé aux choses, aux lieux…

Le métal, la pierre, l’érosion et l’usure, l’ouvrage inlassable du temps ; une nature et des paysages dépouillés de toute présence humaine (pour la grande majorité des photos)… Peut-on voir là des vanités modernes pointant du doigt notre époque, quels sont les messages inscrits en filigrane ?
Aucun. S’il y a bien quelqu’un qui ne fait pas de la "photo à message", c’est bien moi !
Oui, c’est vrai, il n’y a jamais personne sur mes photos, elles sont très sombres et représentent souvent des ruines des choses abîmées, abandonnées, oubliées, mais ce n’est absolument pas pour dire "oh, humain qu’as-tu fait de ta planète…", non, je ne pense pas mes images en ces termes, si j’aime ces lieux vides de présence c’est tout simplement parce qu’ils se suffisent à eux même, ils ont été construits par l’homme mais s’en passent très bien, je vois en eux ce monde imaginaire et irréel que je recherche…sans personne.
Certes, certains lieux et bâtiments sont chargés d‘histoire ou font partie de l’histoire de l’humanité comme, les blockhaus de ma série Black Masses Disorder. C’était une partie du mur de l’Atlantique, j’en ai fait des masses noires qui roulent dans la mer dans le désordre le plus total…le semblant de message de cette série pourrait être l’absurdité, l’inutilité de certaines constructions. Ces blockhaus sont bien loin de leur fonction initiale et ne font plus peur à personne…moi je n’ai vu que des tonnes de bétons s’enfonçant irrémédiablement dans la mer…
C’est peut-être ici plus un message de la nature qui reprend ses droits et qui nous dit "bon, allez, arrêtez vos conneries maintenant, regardez ce que j’en fait moi de vos terrifiants blockhaus !".

Quand on considère, entre autres, des séries telles que "Consumed landscape" ou "Fossile", on ressent, outre le sentiment esthétique, un étrange contraste où la paix intérieure s’enroule autour d’un poids, d’une oppression ; me rejoins-tu dans ce constat purement subjectif ?
Oui, tout à fait, même si dans mon cas je suis plutôt à la recherche d’une paix extérieure pour canaliser une oppression intérieure…mais c’est ça. Je ne cherche pas à faire peur au visiteur avec mes photos, je veux juste lui proposer un voyage dans un monde à l’aspect irréel mais à partir de lieux qui existent réellement. Je créé juste une ambiance avec des ombres, voire une obscurité quasi-totale, de forts contrastes, des cadrages particuliers, de la profondeur…
C’est un monde à mon image, serein et tourmenté à la fois, mais on peut y voir ce que l’on veut, chacun est libre de l’interpréter à sa manière selon ses sentiments, ses émotions…

Le gros plan, le détail, la subtile sensation de la matière souvent mise en opposition avec de grands espaces ; y a-t-il des choses précises sur lesquelles tu souhaiterais aiguiser notre perception avec une telle dynamique visuelle ?
Il faut s’approcher, ne pas avoir peur de toucher, de sentir…je suis fasciné par les matières les matériaux, et si en plus ils sont dans un cadre, un environnement bien particulier, prendre la photo n’est plus qu’une formalité. Je montre simplement la matière dans son espace de vie, c’est très important pour comprendre son aspect, y voir les marques du temps, son altération. On peut regarder au loin tout en s’approchant de très près.

La série de "I love you but I’ve chosen darkness" est particulièrement émouvante ; la mémoire, la mort et le temps y sont traités avec une grande sensibilité… Ces visages cherchent-ils à nous dire quelque chose ?
Ce sont des "photos de photos" prisent au travers du papier cristal qui les protègent dans un vieil album de famille, quand j’ai découvert cet album j’ai été fasciné par ces visages. Certaines de ces personnes ne sont hélas plus de ce monde mais restent très proches de moi. Plus qu’un hommage, j’ai voulu montrer leur force, et leur part d’ombre…
On ne sait jamais vraiment qui est l’autre…
Le titre est le nom d’un groupe, mais je trouvais cette phrase très belle et appropriée pour suggérer cette idée "d’amour et d’obscurité."

Ton art te permet-il d’extérioriser tes émotions ? Une profonde mélancolie se dégage de ton œuvre, es-tu souvent aussi sombre que tes photos ?
C’est un exutoire pour mes angoisses. Je retrouve la paix dans mes images…tout est calme il n’y a personne, c’est pas toujours le cas dans la réalité…en même temps je vis en Bretagne donc les coins paumés c’est pas ça qui manque…
Mélancolique, nostalgique oui ça me correspond, sombre…oui parce que je m’habille en noir! Mais je ne suis pas pour autant une espèce d’entité fantomatique qui écume les cimetières ! Même si j’ai réalisé une série sur le cimetière du village de mon enfance (la série
"JE SUIS D’ICI"), je ne suis pas attiré par ce genre d’endroit, j’ai fait ce que je devais faire, maintenant c’est fini.

"Around (what Japanese does not see)"sur cette collection, qu’est ce qu’un Japonais est censé ne pas voir ?
Et bien tout justement, pour avoir souvent fréquenté le Mont Saint-Michel et y avoir travaillé, je sais très bien comment cela se passe : Le car arrive, la foule débarque, grimpe en 4ème vitesse à l’abbaye, visite (photos etc…) redescend, bouffe une omelette, remonte dans le car et hop direction Paris !
Mais, si je parle des Japonais, c’est uniquement parce qu’ils symbolisent LE touriste. Car bien évidemment il n’y a pas qu’eux. Une grande majorité de touristes ignore totalement les alentours du Mont. Et c’est ça qui est fort dommageable car on ne peut voir quelque chose si l’on est dessus ! La grandeur, la majesté de ce lieu n’est visible qu’en prenant du recul et surtout du temps… ce que paradoxalement le touriste n’a pas : il est en vacances mais n’a pas le temps.
Hors tout ce qui est autour du Mont a son importance, des lieux étranges, improbables avec toujours cette "cathédrale" sur son rocher en point de mire… Les alentours font également partie de l’histoire et font l’histoire de ce lieu si particulier. Mais ça, le touriste ne le voit pas… Un site touristique est comme un animal, pour le comprendre il faut l’étudier lui, bien sur, mais aussi son biotope, tout ce qui l’entoure, sinon des choses vous échappent…
Le touriste est lui aussi un bon sujet d’étude.

Quels sont les éléments qui composent les superbes photographies de la série "Les êtres" ? Ces créations se démarquent un peu du reste, à l’instar de "Blue / dark water dark / red element".
Ce sont des végétaux qui jouent aux ombres chinoises à travers les vitres, les parois en résine d’une serre abandonnée. J’aime bien ces "êtres", un monde fait de ronces et de lierres, le paradis des mauvaises herbes…
C’est encore un bon exemple de la nature qui reprend ses droits. Une serre se retrouve à la merci du végétal, alors qu’elle était sensée le contenir, le contrôler…
Une série différente des autres parce qu’elle est verte ? Oui, je voulais vraiment faire ressortir ce foisonnement de vie, cette couleur m’est donc apparue comme une évidence.

"Daedalus" est une autre série un peu à part ; ce goût pour les antiques dessins de monstres marins vient-il de l’enfance ? Comment t’es venue cette idée intéressante de réunir sur un même plan l’image et les mots ?
Je tiens beaucoup à cette série parce que je suis un passionné de cryptozoologie. Je voulais montrer mon intérêt pour cette "science" au travers de gravures caricaturales et de textes souvent très exagérés. L’ambiance générale de cette série avec cet éclairage à la bougie nous ramène effectivement à nos peurs d’enfance et aux histoires que l’on se racontait pour se faire quelques frayeurs avant de s’endormir. J’ai mis en regard des gravures, les mots qui le plus souvent reviennent dans les anciens récits. Une succession de mots clefs qui tout de suite invite à l’imaginaire, à l’aventure, à un retour à nos peurs primitives : Bête, créature, monstre, mystères, légende, licorne, étrange…etc.
J’ai pris beaucoup de plaisir à me replonger dans ces ouvrages, et l’atmosphère de la prise de vue était semblable au résultat final, dans le noir avec mes vieux livres, une petite lampe, mon appareil photo…j’étais tellement captivé par certains récits que je ne pensais même plus à prendre mes photos et continuais à lire ces pages noircies de récits plus incroyables les uns que les autres…
J’ai appelé cette série
"Daedalus" du nom du navire à bord duquel, Le 6 août 1848 sur l’Atlantique sud, sept hommes ainsi que le capitaine affirment avoir vu une créature d'environ dix-huit mètres de long.

Qu’est-ce qui a motivé les photographies de "Thermor"? Cela n’a pas dû être simple de capter cette intense sensation de chaleur et de la conduire de façon à en faire ressortir ses nombreuses nuances…
Au départ, je ne savais pas trop quoi faire de cet appareil d’un autre temps…et puis j’ai voulu voir ce qui se passait à l’intérieur lorsque celui ci était en marche…et là j’ai été ébloui par ce rayonnement rouge/orangé dégagé par une vieille lampe. J’ai alors imaginé la machine comme un être vivant en décrivant ces différents organes…mais ce ne fut pas une mince affaire, cet appareil est à mi-chemin entre le ventilateur et le grille-pain ! Je peux effectivement dire que j’ai eu chaud, mon ancien appareil photo aussi puisque je me suis rendu compte qu’après la première séance de prise de vue, une des bagues en plastique de la sangle avait fondu ! Je devais attendre que le THERMOR refroidisse pour pouvoir à nouveau le mettre en marche et prendre rapidement mes photos avant qu’il ne redevienne trop chaud.
Qui osera dire après ça que la photographie n’est pas une entreprise risquée !

Peux-tu lever un peu le voile sur la série de 3 dés de "Décomposition 1"?
Je viens de revoir cette série et c’est amusant car les dés paraissent énormes alors qu’en fait, ils sont minuscules !
Pour ce travail, j’avais transformé ma cuisine en studio, mis un fond noir et placé une lampe torche de façon à produire un éclairage rasant, je voulais des ombres, du relief mais ça faisait encore trop "propre". J’ai donc enduit la scène et les dés de cirage noir (boite de cirage qui se retrouve elle-même en scène dans
"Décomposition 3") et voilà, mes acteurs étaient près !

Penses-tu partager de plus en plus ton travail entre couleur et noir et blanc ?
Le problème c’est qu’au fil du temps, je me suis lassé du noir et blanc "classique" et qu’avec la couleur, il est plus difficile d’obtenir les ambiances désirées, même si ma série "Measure my angst" tend à me prouver le contraire.
J’ai en fait trouver un bon compromis entre couleur et N/B : le noir et blanc recolorisé. L’image de base est en couleur, elle est ensuite passée en noir et blanc, puis repasse en couleur pour recevoir une tonalité qui donnera à la série une ambiance toute particulière.
Ceci étant, je travaille actuellement sur une série en noir et blanc…sans adjonctions de colorants !

Toutes ces photos évoquent aussi de nombreux déplacements ; voyages-tu beaucoup ?
Oui mes photos expriment une idée de voyage, d’ailleurs, mais je n’ai pas forcément besoin d’aller très loin pour trouver ces décors. Je me déplace beaucoup oui, mais de là à parler de voyage…
Je ne pense pas mon travail en terme géographique, je n’indique jamais le lieu de mes prises de vues. Je peux simplement dire que la plupart des lieux que je photographie, sont proches de moi, proches dans les 2 sens du terme.
Il m’est plus difficile de photographier un lieu que je ne connais pas, comme si je devais d’abord l’apprivoiser, conclure un accord avec lui. Tel un criminel revenant sur le lieu de ces méfaits, j’aime revenir sur un site…pour voir s’il a changé, comment il évolue dans le temps. Je peux retourner 3 fois au même endroit et y faire 3 séries différentes, sans aucun rapport, à chaque fois ma vision, mon idée du lieu sera différente, et les photos suivent le même chemin…
On ne vide jamais un lieu de sa substance.

Quand on se promène sur ton site, on se dit qu’un accompagnement sonore pourrait fort bien venir s’associer à l’image. Je pense, par exemple, à la musique de Raison d’Etre ou à d’autres formations ambient / indus. Es-tu amateur de ces styles musicaux ? Qu’écoutes-tu autrement ?
Lorsque j’ai créé mon site en 2002, il y avait un fond sonore sur ma page d’accueil ainsi que sur quelques galeries. J’avais mis des titres de Pan Sonic très minimalistes, étranges, j’aime beaucoup ce groupe, un titre de Styrofoam, un autre de Slowdive et d’autres…je ne me souviens plus. Mais bon, le son ça fait un certain poids et à l’époque l’adsl n’était pas aussi accessible que maintenant, donc j’ai tout viré ! C’est pas plus mal et cela permet à chacun d’écouter la musique qu’il veut en regardant mes photos.
Mais oui tu as raison, il y a beaucoup de groupes dont j’aimerais voir la musique accompagner mes photos…et inversement ! Raison d’Etre effectivement, mais aussi des groupes comme Sator Absentia, Pan Sonic, Belong, Silo, Fin de Siècle…pour ne citer qu’eux dans le style ambiant/indus. Ce style de musique, de par son atmosphère abyssale est très proche de mon univers visuel.
Et ce que j’écoute ?
Alors là, c’est très varié, il n’y à qu’à voir la tonne de groupes cités sur ma page Myspace pour se faire une idée de mes goûts musicaux ! Et encore il en manque…
Plus brièvement, j’écoute beaucoup de new wave et j’ai quelques groupes fétiches comme Joy Division, New Order, Wire, Gang of Four, The Chameleons… De la pop, de l’indus, de l’électro, du folk… Et pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué je suis un fan de I LOVE YOU BUT I’V CHOSEN DARKNESS… Je crois que c’est le plus beau nom de groupe jamais trouvé…

Es-tu sollicité par des musiciens pour ton travail ? Es-tu toi-même musicien ?
Oui, certains groupes apprécient mon travail et me demandent des images, pas tous les jours non plus, mais oui ça arrive. Le premier à été le groupe suédois Sibelian pour la pochette de l’album
"The soul rush" , mais également pour le site du groupe (http://www.sibelian.com/)
La même chose pour le groupe français And Summer Dies (
http://andsummerdies.free.fr) pochette et background du site.

Pour le groupe belge Flintology (https://www.facebook.com/pages/FLINTOLOGY/109403215753253), une demande pour la pochette de leur prochain album et enfin la collaboration la plus intéressante je pense est celle avec Cédric de Sator Absentia, j’ai flashé sur sa musique et son univers visuel et lui sur mes photos, le résultat sortira normalement en DVD. (plus d’info bientôt).
Sinon, oui j’eusse été musicien. J’ai été batteur dans diverses formations.La plus sérieuse et la dernière en date fut Keep Punching Joe, de très bons souvenirs, un album, un concert aux Vielles Charrues en 2002…et depuis, plus rien, j’ai complètement arrêté la musique pour me consacrer exclusivement à la photo…
A noter que Thierry, le chanteur de Keep Punching Joe continue lui de son côté avec de très belles compositions sous le nom de Bands Of Ghosts, ça aussi c’est un beau nom de groupe (
http://www.myspace.com/bandofghosts)…

Qui sont les artistes, en photographie, cinéma, peinture ou autre qui représentent pour toi une source d’inspiration ?
Je n’ai pas vraiment de mentor, juste des photographes, des cinéastes dont j’apprécie le travail.
Pour les photographes, je pourrais citer Anton Corbijn, Ralph Gibson, Man Ray, Magdi Senadji, Simon Marsden, pour les cinéastes David Lynch, Stanley Kubrick, Lars Von Trier, Tim Burton, Hal Hartley…
Pour revenir à Anton Corbijn, un de mes photographes et cinéastes fétiches, son travail reste un exemple à suivre pour moi lorsque j’entreprends de réaliser une mise en situation d’un sujet dans un paysage. Mes autoportraits on été préparés et réalisés en suivant ce modèle, et cela serait également le cas si à l’avenir je devais tirer le portrait de quelqu’un.
Pour les autres portraits qui traînent sur mon site, et qui sont assez anciens, mes inspirations étaient dictées par la presse rock de l’époque et en particulier de la première formule des Inrokuptibles avec leurs grandes photos N/B signées Renaud Monfourny ou Eric Mulet.

As-tu des craintes concernant le monde dans lequel nous vivons ? La série "Toxic" répond-elle en partie à ma question ?
Oui et non, comme je l’ai déjà dit, il n’y a pas de message dans mes photos. Cette série exprime une notion de danger, danger par rapport au lieu mais aussi au travers de ce personnage et de cette mystérieuse valise à tête de mort. Mais loin de moi l’idée de faire croire que ce personnage était en train de préparer un attentat. J’avais juste cette valise avec cette tête de mort dessus et j’ai voulu la mettre en situation, comme dans un film. J’ai trouvé non loin de chez moi une mine désaffectée, théâtre idéal pour une mise en scène avec ce personnage et cette valise.
Quant à la tournure du monde actuel, il est bien évident que je m’en inquiète, mais je ne le montre pas dans mes créations, il n’y a pas d’interférence avec le monde réel. Ce monde va mal, je m’invente le mien…qui après tout, ressemblera peut-être au monde de demain, plus personne, une planète désertique…s’il y a un message, il est peut-être là.

"Doctors come at dawn" nous fait découvrir de récents travaux ; ces longues routes enneigées ont-elles une valeur symbolique ?
Peut-être… Les blessures cachées. Occultées par la douceur de la neige, par l’obscurité ambiante…
Un paysage et une ambiance maladive, routes et chemins défoncés, comme blessés, se retrouvent sous des bandages, des pansements de neige…
La série est pensée comme une sorte de road movie, une histoire de docteurs qui se rendent au chevet de malades à l’aube et passent par ces routes désertiques, traversent ces paysages désolés, froids…on imagine l’attente du patient, un climat pesant. Cette interprétation du paysage enneigé m’est venue alors que je roulais, en écoutant l’album de Smog
"The doctor came at dawn" (d’où le titre).
La musique très épurée lancinante, bancale, sombre résonnait comme une complainte maladive et cela collait parfaitement avec ce que je voyais autour de moi, j’avais mes photos et mon titre en tête. Ici l’inspiration est venue de la musique et de l’atmosphère sourde et cotonneuse du paysage.

Nous allons terminer ici cette interview, merci beaucoup pour ta disponibilité. Si tu veux parler d’une chose que je n’aurais pas mentionnée dans mes questions, n’hésite pas…
Non, je n’ai rien à ajouter, je te remercie pour l’intérêt que tu portes à mon travail et pour la pertinence de tes questions.

    © Jérôme Sevrette pour les photos


                         Gasp (août 2006)