Interview du fanzine L'Antre des Damnés (année 2008)

Supports incontournables de la planète underground, les fanzines reflètent une âme, un état d'esprit, la volonté d'entretenir une empreinte bien particulière au sein d'un milieu de l'ombre qui n'a cessé de faire circuler ses richesses entre leurs pages aussi discrètes qu'essentielles. L'Antre des Damnés est de ceux-là ; consacré au black metal et à l'Art Noir, ce magazine soigné est mené avec énergie et motivation par Malphas et Hysphren. Luttant pour maintenir en activité leur noble entreprise, ils nous expliquent ici leur parcours à la fois passionnant et difficile dédié à un univers musical qui nous est cher… La parole est donnée aux gardiens de la Flamme.

 

Salutations Malphas et Hysphren ! Pouvez-vous ouvrir pour nous les portes de l'Antre des Damnés, quelles motivations sont à l'origine de votre fanzine ?
Malphas: Salutations Gasp ! Alors, tout a commencé en 2003. A ce moment-là, j'oeuvrais dans un fanzine géré par des incompétents… L'aventure s'est d'ailleurs très vite terminée… Suite à ça, et gagné par la passion, j'avais envie de continuer à soutenir la scène underground, et l'idée de créer mon propre fanzine est tout naturellement apparue. Mais je savais aussi qu'il serait impossible de réaliser ce projet tout seul. C'est pourquoi, le 11 Octobre 2003, lors d'un concert dans la région, j'ai parlé de cette idée à Hysphren et je lui ai demandé de m'accompagner dans cette aventure. Il a été un peu surpris, mais il a accepté ma proposition, sans vraiment savoir où il mettait les pieds… Mais je pense qu'il ne regrette pas son choix, car nous voici en 2008, et nous sommes fiers d'annoncer la sortie du chapitre 8.
Sinon, en ce qui concerne le zine en lui-même, il s'agit d'un périodique semestriel, écrit en français, comportant 40 pages, et consacré à la scène black métal et à l'art noir en général !

L'Antre est édité par l'association Hordes of Nebulah, pouvez-vous nous présenter cette structure ?
Malphas: En fait, ç'est très simple. Nous avons surtout créé cette structure pour rendre légal le fanzine. Car il faut savoir que toute publication, quelle qu'elle soit, doit obligatoirement être déclarée, aussi bien en préfecture, qu'au tribunal et à la bibliothèque nationale de France !
Nous avons donc monté cette association en créant des statuts, qui nous permettent aussi d'étendre notre activité à l'organisation d'expos, voire de concerts… Et jusqu'à présent, deux expositions photographiques ont été réalisées. Mais il est évident que nous nous concentrons plus sur l'élaboration du zine, qui nous prend déjà beaucoup de temps.

Le support papier représente un élément incontournable de l'univers underground ; quelles valeurs sentimentales et intellectuelles attachez-vous à ces "journaux de l'ombre" sans lesquels le paysage des musiques qui nous sont chères ne serait sans doute pas le même ?
Hysphren: Je reste très attaché aux zines et aux magazines de manière générale. Lorsque j'ai découvert cet univers, et que j'ai voulu en savoir plus, ils étaient ma seule source d'information, car Internet n'avait pas encore le poids qu'il a aujourd'hui. Je garderai toujours en mémoire ces heures que j'ai passées à lire le magazine allemand Ablaze, et j'ai découvert beaucoup de groupes de cette façon. J'ai beaucoup de plaisir à lire les revues musicales tout en écoutant de la musique. Chose que je ne me vois pas faire avec Internet.
Malphas: Les fanzines ont toujours été un support incontournable. Je me souviens des premiers exemplaires que j'ai eus entre les mains, il y a de cela plus de 10 ans... Pour en citer quelques-uns… Evil Message, Epidemic, Franang Zine, Riot Of Violence, et bien sûr, l'incontournable Thrashing Rage... C'est à travers ces pages obscures que je suivais l'évolution de la scène, et que j'ai découvert certains groupes et certaines démos…Internet était encore bien loin ! Et il y avait une "aura" toute particulière que l'on ne retrouve plus aujourd'hui. Je ressens pas mal de nostalgie lorsque j'y repense ! Et c'est peut-être aussi un peu pour cela que j'ai souhaité perpétrer la tradition du zine papier !

J'imagine qu'un fanzine, surtout à l'heure d'Internet, c'est une lutte permanente, un parcours du combattant où le doute et le découragement se dressent plus d'une fois en travers du chemin…
Hysphren: Oh oui ! Il est vrai qu'en débutant cette aventure, nous n'avons pas opté pour la solution de facilité. Faire un zine de manière sérieuse est un réel investissement. Nous y injectons du temps, de l'énergie et de l'argent…Mais tout cela ne compte pas lorsque tu fais quelque chose qui te tient à cœur !
Malphas: Effectivement, tu viens de mettre le doigt sur un point sensible, et je pense que certaines personnes n'imaginent même pas l'investissement que cela représente. C'est pourquoi dans les différents chapitres, nous profitons de l'édito pour faire passer quelques messages… Il ne faut pas voir là une recherche de reconnaissance, mais j'estime que même si nous sommes un petit zine, on a droit à un minimum de respect ! Mais comme le dit Hysphren, lorsque tu fais quelque chose par passion, tu as tendance à oublier tout le reste, et à garder ta motivation intacte.

Dans l'édito du tout récent Chapitre 8, vous évoquez les problèmes liés aux interviews qui restent sans réponses, il semble malheureusement ne pas y avoir de réelle solution pour prévenir la défection de certains groupes devenus muets et amnésiques après avoir pourtant donné leur accord pour un entretien…
Hysphren: Oui c'est un réel problème surtout pour un petit zine comme le nôtre. Heureusement, cela n'est pas arrivé trop souvent pour l'instant et nous avons néanmoins toujours réussi à nous en sortir !
Malphas: C'est toujours un peu notre hantise lorsque la date de bouclage arrive, et qu'il nous reste encore 2 ou 3 interviews à récupérer. Car après tu galères pour remplir les pages blanches… Un exemple ?! Dans le chapitre 8, nous aurions dû avoir une interview d'Attila (Mayhem). Au départ le gars accepte. Je prépare les questions et lui envoie. Il me dit de le recontacter quelques semaines plus tard…. Après quelques semaines donc, je le relance, et là, il me dit qu'il refuse de faire l'interview par mail, mais qu'il veut bien la faire par téléphone…. Ok. Je me débrouille pour trouver quelqu'un capable de tenir une conversation téléphonique en anglais, et contacte Attila pour fixer un rendez-vous téléphonique. C'est là qu'il me dit qu'il vient de rejoindre le groupe en Norvège pour les répétitions, et qu'ils ont décidé que la promo du dernier album était finie, et donc qu'ils ne donneraient plus d'interview…. Voilà à quoi il nous arrive d'être confronté… Mais on fait avec, on n'a pas trop le choix…

Vous entamez ce même édito en évoquant un courrier que vous avez reçu, adressé par les parents d'un lecteur de l'Antre qui s'est donné la mort ; comment avez-vous réagi face à une telle lettre ainsi qu'aux accusations qu'elle sous-entendait ?
Hysphren: Lorsque tu reçois un tel courrier, crois-moi ça te fait réfléchir ! Cela m'a d'ailleurs rappelé ce qui était arrivé à Chanteloup il y a quelques années. Heureusement nous n'avons pas connu le même sort ! Mais ce genre d'accusation peut aller très loin ! Nous avons longuement discuté entre nous et nous avons décidé de répondre aux parents en leur présentant nos condoléances ainsi qu'en leur précisant notre point de vue…

Bien qu'il soit clairement précisé que l'Antre ne soit pas un fanzine à connotation politique, avez-vous déjà eu des retours vous reprochant de soutenir tel ou tel groupe ayant exposé certains propos?
Malphas:
Non, nous n'avons jamais reçu ce genre de retour.

Comment est née la rubrique "Souvenirs…" ? Ces présentations, par des acteurs de la scène, de classiques du métal est en tout cas un excellent moyen d'enrichir sa discothèque d'objets incontournables…
Hysphren: En fait, nous étions à la recherche de rubriques un peu originales pour notre zine. C'est alors que nous est venu cette idée que je n'avais personnellement encore jamais vue ailleurs. C'est une façon de retracer les points forts d'un cheminement musical, d'un point de vue très personnel…Et les gens jouent plutôt bien le jeu !

Souhaiteriez-vous ouvrir de nouvelles rubriques entre les "murs" de l'Antre ?
Malphas: Pourquoi pas ! Du moment qu'elles seraient susceptibles d'apporter un plus au zine… Mais pour le moment, il n'y a rien en vue…

Comment avez-vous découvert le black metal ? Que représente pour vous cette musique, quelles émotions vous procure-t-elle ?
Hysphren: Eh bien j'écoutais les classiques du genre Metallica, Iron Maiden et je venais tout juste de découvrir le death métal. Jusqu'au jour où un pote est arrivé chez moi en me disant : "il faut que tu écoutes ça, c'est ce qu'il y a de plus extrême en ce moment !" Il tenait l'album "Battles in the North" entre ses mains. J'étais immédiatement fasciné par la pochette, puis par la musique !
La messe était dite ! J'allais graduellement découvrir un univers musical que je n'allais plus jamais quitter. Cette musique noire et émotionnelle est tout simplement celle dans laquelle je me retrouve le plus. Une musique qui véhicule à la fois le mal-être et des sentiments très personnels que tout le monde ne peut comprendre…
Malphas: En fait j'ai découvert la musique extrême par l'intermédiaire de mon frère. Il possède pas mal de vinyles, et à un moment donné je me suis mis à piocher dans sa collection. Je suis tombé sur des groupes comme Metallica, Maiden, Saxon… Tout cela ne m'intéressait guère, jusqu'au moment où je suis tombé sur l'album "Don't break the oath" de Mercyful Fate, avec cette voix magnifique… Puis sur le premier Bathory…. Rien que d'y repenser, des frissons m'envahissent… C'est à ce moment -là, que je savais que je venais de découvrir ma voie, et que je n'allais plus la quitter. Et je ne me suis pas trompé, puisque plus de dix ans après, je suis toujours dans la scène.
Le black métal est une musique très personnelle. Il est difficile de décrire ce que l'on ressent, mais c'est très fort, émotionnel et puissant. Je pense que les personnes qui écoutent cette musique avec sincérité savent de quoi je parle !

Pour l'Antre des Damnés, les étiquettes s'effacent au profit de la dark emotional music ; pouvez-vous développer cette appellation qui ne manque pas de poésie ?
Hysphren: Nous ne voulions pas nous enfermer dans une seule et unique direction, car pour nous, les étiquettes n'ont jamais été importantes. Seule la musique compte ! Bien sur, le black métal reste notre style de prédilection mais nous sommes également ouverts à d'autres genres comme le doom ou l'ambient…Pour nous, la musique est bonne lorsqu'elle fait voyager l'âme…

Vous avez également été membres du groupe Epheles ; pouvez-vous nous présenter cette formation ? Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?
Hysphren: En ce qui me concerne, je dirai simplement que la période au sein d'Epheles restera à jamais gravée dans ma mémoire. Ce fut une période très enrichissante durant laquelle j'ai appris beaucoup de choses sur moi-même.
La rencontre d'un rêve…
Malphas: Oh là, il y aurait beaucoup à raconter, donc je vais faire bref ! Mon frère a créé Epheles en 1997. Il y a eu 2 démos K7 de réalisées en 1997 et 1999, un mini cd "L'ombre de la croix" en 2001, ainsi qu'un album "Souviens-toi" en 2006. Il est actuellement en train de bosser sur la prochaine réalisation. Pour ma part, j'ai fait partie de l'aventure jusqu'au mini cd. Mais quelque part, mon ombre plane toujours sur le groupe. On discute souvent de certaines choses avec mon frère, de certains choix… Je lui donne mon avis, et parfois ça le rassure… On va dire que toute cette période est remplie de souvenirs magiques, comme les répétitions, les premiers morceaux composés, les premiers enregistrements, et bien d'autres choses… Il s'agit de moments que je ne pourrais jamais oublier.

Vous qui suivez de près la scène française, quels sont les groupes qui vous interpellent et sont, à vos yeux, porteurs d'un nouveau souffle dans les plaines sombres de la musique extrême ?
Hysphren: Il y a aujourd'hui trop de groupes qui véhiculent une musique sans âme…la quantité a hélas pris le dessus sur la qualité ! Néanmoins, des groupes comme Celestia, Nehemah et Epheles redonnent au black métal leurs lettres de noblesse ! A l'étranger, je dirais sans hésitation Shape Of Despair, Darkspace et bien entendu Paysage D'Hiver venant d'une autre dimension…
Malphas: Alors, sans aucune hésitation, l'album de 2008 est celui de Celestia ! Un pur chef-d'œuvre que je conseille à tous les fans de black ! Après, je dirais le dernier Hegemon, et bien sûr, le prochain Epheles…. Voici quelques groupes français qui sortent du lot, car il faut reconnaître qu'il y a pas mal de CDs inintéressants, sans saveur, et sans âme qui voient le jour. Il faut donc faire un sacré tri pour ne pas être déçu…

Quels sont vos projets et travaux en cours ? Je crois que le Chapitre 9 de l'Antre est actuellement en chantier ; si vous désirez nous en parler…
Malphas: Nos projets se traduisent par l'élaboration du chapitre 9 qui commence à prendre forme. Celui-ci est prévu pour le mois de juillet 2008. Nous avons déjà récupéré quelques interviews, dont : Enthroned, Gris, Artesia, Hegemon…A suivre…

Les Sentinelles vous remercient et souhaitent une longue vie à l'Antre des Damnés ; le mot de la fin vous appartient, si vous voulez faire passer un message, c'est le moment…
Nous te remercions pour le soutien et l'intérêt que tu portes à notre projet.
Vous pouvez vous renseigner sur les différentes parutions encore disponibles sur le site :
http://www.lantre-des-damnes.com. N'hésitez pas à y jeter un œil et à nous soutenir…. Sincères salutations.

 

                                      Gasp (mars 2008)