Interview Division Alpha (année 2007)

 

La musique de Division Alpha évolue dans un courant que l’on pourrait situer dans la sphère électro - métal indus, mais, contrairement à l’immense majorité des groupes gravitant dans ce genre, Division Alpha aura su donner une âme et de la profondeur à son œuvre autant que de nous apporter une réflexion sur notre futur. Le cycle de Psykron, entamé brillamment en l’an 2000, s’achève dans l’excellence avec "Palingenesy" sorti en novembre 2006, une bonne raison d’en savoir davantage sur la formation française, Phil Reinhalter (co-fondateur avec Frédéric Fievez de la Division Alpha) a bien voulu répondre à nos questions.


Pour les Terriens distraits qui auraient raté les épisodes précédents, pouvez-vous nous résumer en quelques mots le concept patiemment élaboré tout au long de vos quatre albums ("Fazium one", "Dekta release", "Replika" et le tout dernier "Palingenesy") ?
Le concept Fazium relate l'histoire de Psykron, une civilisation proche du genre humain. Elle vit sur une planète lointaine dans une autre époque que la nôtre. Au fil du temps, ce peuple élabore une intelligence artificielle qui, de part son évolution, met en danger son créateur. Sur
"Fazium one", c'est le dernier avertissement avant la domination "Erase my software". Sur le second album "The dekta release" est décrit le plan de domination de la machine. Les civils subissent ce plan et pensent que leur gouvernement est à l'origine de tout, qu'il se sert de la machine pour asservir le peuple. Sur "Replika", la guerre civile est inévitable: le peuple combat le gouvernement et la machine, le gouvernement essaie de rétablir la sérénité et lutte contre la machine et les révolutionnaires. C’est une guerre maligne. Voyant l’ampleur de la catastrophe, des civils se réfugient dans des souterrains. Au bout d’un long moment, ils remontent à la surface pensant que ce massacre a pris fin. Stupéfaction ("Palingenesy") : Ils découvrent leur planète sans la moindre trace de l’intelligence artificielle, de signes de guerre, de massacres et de destructions. Ils croisent dans la rue des gens qu’ils ont vu mourir peu de temps avant leur descente. Que s’est-il passé ? Il paraît impossible de questionner l’autochtone de peur de se faire passer pour fou. Ils demandent alors des explications au gouvernement qui les met dans une confidence qui changera leur vie à jamais. Une entité protectrice, Division Alpha, a reconstrui Psykron en un instant en prenant soin d'écarter les causes qui les ont amenés au chaos. Cet acte force l’évolution. Sur Psykron, c’est une forme de sélection naturelle.

Avec "Palingenesy" s’achève donc le cycle consacré à l’univers de Psykron, comment se sent-on après avoir porté le point final à une aventure qui aura duré sept ans ?
Soulagé et à la fois nostalgique. Soulagé par ce que c’est frustrant de sortir un album et de ne pas pouvoir dévoiler tout le contenu du disque. Il faut laisser une part de découverte à l’auditeur (comme pour un film). Mais aussi parce que chaque album laisse des pistes pour le déroulement global du concept. En interview, il nous est arrivé d’écarter certaines questions qui faisaient référence à la fin de l’histoire. C’était donc frustrant. Nostalgique car cette histoire nous suit depuis le début. D’ailleurs, c’est le genre de projet qui pourrait continuer sur 10 albums si l’on voulait. Mais bon, l’essentiel est déjà gravé sur l’oxyde. Nous avons envie de changer d’univers.

Quand vous avez entamé cette tétralogie, saviez-vous exactement où vous alliez et comment tout cela allait se terminer ou l’histoire s’est-elle écrite au fur et à mesure des albums ?
Au départ, nous avions des idées musicales bien définies. Nous cherchions à créer notre propre univers musical en associant ce que nous aimons : le métal, l’industriel et l’électro. Comme nous aimons la cohérence musique/texte, il nous fallait une histoire qui rassemble ces idées musicales. Un jour, j’ai eu l’idée de ce concept. Nous commencions à composer dans notre studio. J’en ai parlé avec Fred et de là tout a commencé. De l’idée de base, nous avons écrit cette histoire à la manière d’un scénario. L’idée de chapitrer est venue rapidement car trop de détails importants devenaient essentiels à la compréhension de l’ensemble. En même temps, nous composions le premier album et
"Fazium one" est sorti en à peine un an. Tout s’est fait à ce moment-là, en 1999.

Vous aviez la trame pour chacun de vos albums, vous écriviez ensuite vos textes et cherchiez la musique qui correspondrait le mieux aux dits textes, ou des musiques que vous aviez composées ont-elles modifié votre vision de Psykron ?
Le concept nous a finalement servi de source d’inspiration musicale. Nous avions la trame et nous composions en fonction. Par exemple,
"The dekta release" est l’album le plus synthétique des 4 car nous étions au cœur de la machine. C’est la description de la personnification de la machine en tant que dominatrice.

Votre création se rattache par sa thématique à la science-fiction, d’où vous vient cet intérêt pour ce genre ?
Dans la lecture ou le cinéma, on aime bien changer d’univers et c’est le fondement même de la science-fiction. Je me souviens quand j’étais gamin, je regardais la télé et je suis tombé sur un épisode du
"Prisonnier". Ce ballon blanc sur la plage avec cette musique angoissante m’a toujours interpellé. Je regardais aussi "La quatrième dimension", le précurseur en la matière. En général, on affectionne ce thème globalement.

Psykron est plus proche de l’intelligence de "Blade Runner" que du "m’as-tu-vu" de "Matrix" et du cinéma de science-fiction actuel, le chef-d’œuvre de Ridley Scott et ses répliquants ont-ils eu une influence sur votre création ?
Pas vraiment car dans
"Blade Runner", l’I.A est une partie de la population. Sur Psykron, elle est seule à agir. Elle contrôle toute l’infrastructure de cette société. Sur "Replika", la population est contaminée par un virus qui transforme leur métabolisme. Ils obéissent aux ordres lancés par la machine. Nous avons été souvent comparés à "Matrix" car c’est un must dans la S.F mais Psykron n’a pas de réels points communs surtout lorsqu'on connaît la fin.

J’ai parfois pensé à "1984" de George Orwell et aux grands romans cyberpunk, par exemple à l’esthétique de la "La Schismatrice" de Bruce Sterling, y a-t-il des livres qui vous ont donné envie de créer Psykron ?
"1984" fut un choc. C’était incroyable de voir jusqu’où pouvait aller la politique et ses conséquences sociales. On s’en ait un peu inspiré je dirais musicalement pour décrire le caractère dominateur de la machine. Mais il y a d’autres aspects qui réfèrent à tout cela en effet.

Depuis la Seconde Guerre mondiale et la bombe atomique, la S.F a basculé d’une vision de la science triomphante à une défiance mesurée à son égard qui sera l’une des constantes du genre, le cycle de Psykron où s’affrontent l’Homme et la Machine s’inscrit-il dans cet esprit ?
On peut le voir comme cela. C’est une transgression complète de la loi d’Asimov, les trois lois de la robotique. Je ne pense pas que la technologie en tant que telle présente un danger réel. C’est ce qu’en font le hommes qui présente un danger. Est-ce qu’en imaginant le train, l’inventeur a d’abord pensé à une parfaite machine pour suicidaire? Einstein a-t-il pensé à Hiroshima en créant la relativité ? Je ne pense pas. Même si l’on a toujours précisé que notre histoire est une pure fiction, Psykron est interprété, malgré nous, comme une projection de l’humanité. Pour saisir la portée du concept Fazium, ce n’est pas la forme mais le fond qui est important. Nous aurions très bien pu remplacer l’I.A par un autre personnage (une comète, un virus, un renversement politique…). C’est la renaissance après le chaos qui est important, la notion d’entité.

Allez-vous nous la jouer comme ces auteurs qui déclarent en avoir fini avec un cycle, mais qui ne peuvent pas vraiment s’en détacher et donc y reviennent un jour ou l’autre, en clair, retournerons-nous un jour sur Psykron ?
Je ne pense pas. Nous avons envie de passer à autre chose.

La Division Alpha est l’un des éléments du monde de Psykron, allez-vous vous débaptiser ou transporter la D.A. dans d’autres mondes ?
Ça restera le nom du groupe. Nous l’avons intégré à l’histoire de Psykron car ça nous a amusé. Il n’aura pas de signification particulière dans la prochaine histoire.

Pour le futur pensez-vous repartir sur un nouveau cycle en plusieurs albums ? Et tant qu’à quitter un univers, votre musique jouera-t-elle des infidélités au genre dans lequel vous évoluez pour explorer d’autres galaxies sonores ?
Non car c’est contraignant même si ça reste une bonne expérience pour nous. Et cela pour les raisons que j’évoquais plus haut mais aussi d’un point de vue musical. En tant que musicien, c’est important de se laisser aller à l’inspiration. Durant la composition de ces 4 albums, il aurait pu être possible de creuser certaines idées qu’on a jetées car elles ne collaient pas à l’univers. Pour le prochain album, ça sera une histoire sur un seul album. Musicalement, notre champ d’action sera moins limité que par le passé. Je ne dis pas que nous allons partir dans tous les sens. Ça restera cohérent musicalement et textuellement.

De quelle(s) scène(s) ou groupes vous sentez-vous proche et votre musique touche quel public ?
C’est vraiment à l’image de notre musique. On se sent proche des scènes métal, indus et électro. Notre public est assez éclaté également. Il faut une certaine ouverture d’esprit pour apprécier Division Alpha dans le sens où notre musique n’est ancré dans aucune mode ni de style bien définis.

Quand on consulte la page web dédiée à vos prestations live, on remarque que vous avez donné peu de concerts depuis le début de l’aventure, en sera-t-il de même pour 2007 où doit-on s’attendre à voir le vaisseau Division Alpha sillonner de part en part la constellation France ?
En effet. On ne joue uniquement que si les conditions sont bonnes. C’est pour ces raisons que le live n’est pas notre activité principale.

Les Sentinelles vous remercient du temps que vous leur avez consacré, et vous proposent si vous le souhaitez de clore cette interview.
Merci beaucoup pour cette très bonne interview et je vous invite tous à découvrir notre nouvel album
"Palingenesy" ainsi que notre site web…A bientôt et peut-être en concert.


                        Brown Jenkin (février 2007)