Interview Deuterror (année 2007)

"Le Gueule de Guerre", premier album de Deuterror paru récemment sur Steelwork Maschine, a été l'occasion de découvrir un artiste complet. Musique, littérature, photographie… Nicolas Crombez a plus d'une corde à son arc et les flèches qu'il décoche sont autant de manifestations d'un talent dont les Sentinelles se devaient de faire l'écho à travers chronique et interview…

Tout d'abord peux-tu présenter l'homme et le parcours de celui qui se cache derrière Deuterror ?… A moins que tu ne souhaites conserver l'anonymat…
Je suis Nicolas Crombez, j'ai 33 ans et je vis actuellement en Belgique. Très tôt initié par ma famille au monde des Arts, j'ai effectué un parcours artistique dans une école belge sur Tournai, assez singulière, tant par ses bâtiments que par ses occupants. Cela m'a guidé autant vers la sculpture, la conception d'image, le son etc. Et j'ai la chance d'être toujours baigné dans cette ambiance car j'y enseigne actuellement.

"Le Gueule de Guerre" est ta troisième réalisation (elle fait suite à "Cohortarix lex" et "Agripen", toutes deux disponibles en téléchargement sur le site de Deuterror, qu'est -ce qui a motivé ta "carrière" de musicien, qu'est-ce qui t'a poussé à composer ?
Nourri par un passé riche dans le jeu de rôle où j'ai pris conscience de la puissance de l'imaginaire, j'ai ressenti le besoin de conter histoires et récits. A présent, je reste maître de jeu omnipotent dans mes créations, le son représente une des multiples facettes utilisées pour m'exprimer. J'aime l'idée que le spectateur puisse compléter, à travers sa propre vision, l'histoire que j'ai initiée.

"Le Gueule de Guerre" est un album qui impose la réflexion, il suscite d'aller voir au-delà des sons ; musique instrumentale, les textes ne sont pas là pour nous éclairer, qu'as-tu cherché à faire passer à travers cette réalisation ?
Mon postulat tourne autour de la foi ainsi que la conviction fondamentale et immuable qui pousse l'homme à survivre. De cette réflexion, je dresse le constat que l'homme ne peut s'arrêter d'évoluer, c'est-à-dire se confronter, accaparer des territoires, des biens et des savoirs, et que pour sa survie, il ne peut en être autrement. En ce sens je ne considère cette évolution comme n'étant ni positive ni négative. La notion de guerre est ici exprimée d'un point de vue symbolique de lutte pour le développement. Il n'est donc pas question ici de conflit armé au sens strict. Toutefois il m'est difficile de l'exprimer par le mot, aussi je l'illustre à travers le son et l'image.

Superbe, mystérieux et inquiétant, quel est donc cet objet gigantesque qui orne la jaquette ?
A la première lecture, il s'agit d'une croix incrustée dans une roue, deux réalisations humaines majeures symboles de l'évolution matérielle (la roue) et spirituelle (la croix). Elle personnifie le titre "Le Gueule de Guerre" semblable à un grand instrument effrayant, grandiloquent, qui nous dépasse. Elle est composée de bois, matériau naturel, résistant mais éphémère. Finalement, c'est la puissance du symbole, bien supérieur à la réalité, qui m'intéresse en premier lieu.

L'opus est accompagné d'une piste multimédia, entre autres y figure un petit film… Je m'attendais à un choc et la surprise est de taille, je pensais plutôt que l'attaque viendrait du ciel…L'ennemi ne vient pas de l'extérieur, mais se cache en nous… Quel en est le sens ?
Cette vidéo fait résonance à mon projet "Cohortaris lex" où j'évoquais le parcours d'une communauté dont les éléments construisent/détruisent durant toute leur existence et sont réabsorbés par la terre. Je souhaitais exploiter cette idée à travers un medium différent.

La photographie paraît tenir une place importante dans ta démarche artistique, elle semble un élément complémentaire et même indissociable de ta musique, suis-je dans le vrai ?
En effet, au sein d'un même projet, l'image me permet de compléter une intention, là où le mot et le son feraient défaut. Parallèlement, j'élague les éléments redondants lors de la construction d'un univers, il s'agit pour moi de trouver le bon dosage et le moyen narratif adapté (images, sons ou textes). En cela, les images de synthèse me donnent la liberté de changer le sens d'une idée.

Musique, photographie mais aussi littérature à travers la nouvelle "Ceux qui sont en petit nombre", peux-tu nous en parler ? L'écriture est-elle une chose que tu comptes développer ?
Cet essai fantastique et philosophique, écrit en 2006, évoque la rencontre d'un homme qui explique à un être non humain ce qui, selon lui, définit l'humanité à travers Dieu, leurs actes et leurs destins. Cette nouvelle fut réalisée en parallèle du "Le Gueule de Guerre" et explique sa proximité thématique. A l'origine, je souhaitais l'inclure dans le CD mais le fait de n'avoir que la version française me limitait pour la diffusion du projet. Dès le début, je l'envisageais sous forme de récit lu par un acteur, par goût personnel pour ce média qui se rapproche du conte.
Je souhaite m'investir davantage dans l'écriture et ai plusieurs projets en préparation.

Ton site Internet est une représentation de tous les aspects de ton travail artistique que l'on vient d'évoquer, j'en recommande vivement la visite ; attaches-tu de l'importance à ce moyen d'expression, où hélas le beau et l'essentiel côtoient trop souvent le sordide et le futile ?
L'Internet est primordial pour la diffusion de mes projets, cela me permet de toucher une communauté spécifique, comme un public plus généraliste. Etant d'un naturel très indépendant, l'envie de faire les choses par moi-même s'imposait. Je peux donc, à travers mon site, gérer et soigner le contenant (ergonomie du site) et le contenu afin de le faire coller au plus près de ma vision.

Qu'est-ce qui t'as influencé ou t'influence encore, que ce soit en musique, photo, littérature ou toute autre forme d'art ?
Je n'ai pas de références culturelles précises. Je fonctionne à l'instinct, je digère ce que je vois, ce que je ressens et le transforme. Beaucoup de sujets m'intéressent, le coté technique, rigoureux, purement fonctionnel et a contrario l'aspect émotionnel, charnel et maladroit me stimulent beaucoup dans mes projets. J'aime établir les connexions les plus improbables.

De la Belgique à Brest au bout du monde… Comment s'est passée la rencontre avec le label Steelwork Maschine ?
J'ai envoyé mes démos auprès de Steelwork Maschine où j'ai tout de suite reçu un accueil très favorable. S'en est suivie la réalisation du "Le Gueule de Guerre" pour lequel ils m'ont laissé toutes latitudes et m'ont accordé leur entière confiance. Ils ont fait un remarquable travail de production et de diffusion. Travailler avec eux fut une très belle expérience notamment pour leur sérieux et leur gentillesse. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, tout le processus de création s'est fait en ligne et s'est parfaitement déroulé.

Les Sentinelles te remercient de leur avoir consacré cet entretien et t'invitent à y déposer le mot de la fin…
Je te remercie à mon tour de m'avoir accordé cet espace d'expression ainsi que l'intérêt que tu portes à ma création. Actuellement, un nouveau projet est en préparation, j'en ai tracé les grandes lignes et suis occupé sur la partie graphique. Je tenais également à remercier tous ceux qui m'ont témoigné leur intérêt et qui auront pris le temps de lire cet entretien.

 

                                  Brown Jenkin (décembre 2007)