Interview Collection d’Arnell-Andrea (année 2007)


Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter Collection d’Arnell-Andrea, référence de la scène dark hexagonale qui album après album a construit une discographie montrant une formation en constante évolution sans jamais qu’elle ne laisse en chemin identité, talent et âme. Jean-Christophe D’Arnell a bien voulu répondre à quelques questions à l’occasion de la sortie du nouvel opus,
"Exposition - eaux-fortes et méandres", rencontre entre l’univers d’un groupe qui nous est précieux et l’art pictural fin 19e / début 20e.

"Exposition, eaux-fortes et méandres"c’est la rencontre de votre musique avec la peinture fin 19e / début 20e, que représente cette époque pour toi ?
Une époque à la fois suffisamment proche de la nôtre pour permettre une appropriation presque automatique de la plupart de ses "vestiges" (picturaux, architecturaux, photographiques…) et tout de même suffisamment éloignée pour nourrir chez moi, toute forme de nostalgie et d'émotions propices à l'écriture. Et puis c'est l'époque de cette quête de la reproduction de la réalité, que ce soit à travers la photographie, le cinéma et la reproduction du son…des domaines qui me touchent particulièrement!

Cette période artistique est particulièrement riche, le choix des peintures s’est-il imposé facilement ou a-t-il fallu faire une sélection dans un foisonnement ?
Certains "grands classiques", comme L’angélus de Millet, Ophélie de Millais ou L’île des morts de Böcklin se sont imposés assez rapidement, mais certains textes sont également inspirés d'œuvres un peu moins connues que j’ai découvertes au hasard de visites de musées, d’expositions ou de consultations de catalogues, comme par exemple Femmes portant du foin sur une civière de Pissaro. Tous ces tableaux, qui sont des paysages (à l’exception de La grande ombre de Tischbein) abordent la relation fondamentale de l’Homme à la Nature, dans ce qu’elle a de troublant, de funeste et d’éternel….c’est vraisemblablement tout cela qui a guidé mon choix ! Mais il est certain que beaucoup d'autres tableaux auraient facilement pu trouver leur place dans notre "dark exposition"!

Parmi les onze tableaux de cette exposition, deux sont contemporains, peux-tu nous présenter Richard Boutin et Nicolas Méchériki (respectivement responsables des covers de "Exposition…" et "Tristesse des mânes")?
Ces deux peintres contemporains placent eux aussi la Nature au centre de leur inspiration et proposent une peinture parfois assez proche (dans la technique, les matières et la forme) de celle de certains artistes d'un autre siècle! Ils établissent ainsi un lien entre le concept de l’album et une représentation du monde plus contemporaine, mais tout aussi mélancolique… L'atmosphère de leurs ateliers est particulièrement émouvante et nostalgique; c'est d'ailleurs dans l'atelier de Richard Boutin que nous avons réalisé notre séance "photos de presse" pour l'album !

Musique et image sont très liées dans votre univers autant à travers des artworks particulièrement marquants que sur scène, l’image est-elle pour toi indispensable et indissociable de Collection d’Arnell-Andrea ?
Il est vrai que nous avons toujours entretenu une relation forte entre l’image et notre musique ! Nous considérons par exemple nos disques comme des "créations" dont l’artwork est totalement indissociable de la musique. Nous essayons de proposer des éléments graphiques ou photographiques (en plus des textes) qui viennent en complément du reste de l’album, et dont la fonction première n’est pas l’illustration mais l’évocation…
Sur scène, nous avons d’abord commencé à projeter des photos, parce qu’il faut bien l’avouer, nous pensions que nous étions des monuments d’immobilisme !! Au début nous n’étions pas très à l’aise sur scène, aussi, nous nous disions que les projections diverses (photos et films) effectuées sur un grand écran en fond de scène, éviteraient au public de trop s’ennuyer en écoutant notre musique !
Maintenant, avec l’expérience des concerts (forcément plus nombreux au fil des années !), nous sommes beaucoup plus à l’aise et y prenons de plus en plus de plaisir; cependant il nous semblerait inconcevable de nous passer de nos 3 projecteurs de cinéma (films 16mm) et des diapos ! Ces images projetées font désormais totalement partie du groupe !

Collection d’Arnell-Andrea a pris une nette orientation électronico-électrique depuis "The Bower of Despair" sans pour autant y perdre son âme et son identité. En son temps, qu’est-ce qui a motivé ce virage, vous reste-t-il encore des terres à défricher sur cette voie ?
En fait, nous avons toujours procédé à ce mélange d'instruments électriques, électroniques (nous utilisons des synthés analogiques et des boîtes à rythmes depuis le début du groupe !) et acoustiques (violoncelle et alto) ! L'évolution de notre son est une évolution naturelle, liée à notre désir d'essayer d'aborder chaque nouvel album d'une façon un peu différente, comme par exemple l'utilisation de bass-lines assez électro, programmées sur les rythmes pour cet album; cette évolution est également liée à l'influence (plus ou moins consciente) des musiques que nous écoutons et que nous aimons! Il faut également souligner l'importance de la production en studio, que nous partageons (depuis 3 albums maintenant) avec p.e. (ingénieur du son) qui est plutôt issu de la mouvance des musiques électroniques…
Je pense qu'il y a toujours des évolutions possibles, et des expérimentations à faire…Nous avons parfois l'impression de faire des choix très audacieux (par rapport à notre histoire discographique en tous cas!) et au bout du compte, il semble que le "son" Collection résiste toujours et s'impose malgré tout…

Comment s’est passée votre rencontre avec Prikosnovénie ? Comment est née l’idée des rééditions ? Je suppose que ces dernières vont se poursuivre ("Les marronniers", "Circes des champs") ?
J'ai été en contact avec Frédéric Chaplain assez tôt dans l'histoire de Prikosnovénie: j'animais une émission musicale sur la "radio libre"de Gien, donc il était naturel que je m'intéresse aux productions de ce label indépendant! Du point de vue de Collection d'Arnell-Andrea, comme nous avions eu la chance d'être signés pratiquement tout de suite chez New Rose / Lively Art, je n'ai jamais eu à démarcher d'autres labels à cette époque…
J'ai rencontré Frédéric pour la première fois, à l'occasion d'un concert de Collection à Cognac le 4.11.2000; lui était là pour The Atlas Project, artiste Prikosnovénie. C'est à cette occasion que je lui ai parlé de notre projet d'album, basé sur des compositions très "musique de chambre". Je pensais que Prikosnovénie pouvait correspondre à un disque aussi "acoustique". Je lui ai fait parvenir une copie de l'enregistrement, ils ont aimé…c'était
"Tristesse des mânes"! Si tout se passait bien pour cet album, nous avions en tête de poursuivre cette collaboration avec Prikosnovenie pour d'autres projets, certes, mais aussi à terme pour l'intégralité de notre discographie! Normalement, les 2 dernières rééditions (les contrats sont déjà signés!) devraient donc voir le jour en 2008.
Le point de départ de ces rééditions fut
"Villers-Aux-Vents" qui n'était plus disponible depuis pas mal de temps, et qui était présenté souvent comme l'album "référence" du groupe!

Vous aviez, il y a quelques années, sorti une VHS, n’es-tu pas tenté par le DVD, plus riche en possibilité et offrant une meilleure qualité d’image ?
Pour être précis, c'est l'association Factum qui est à l'origine et la réalisation de ce projet!
Il est évident qu'aujourd'hui ce type de support et de traitement de l'image semblent un peu datés; mais il présente l'intérêt d'avoir fixé un concert de CDAA, dans sa presque intégralité! Nous n'excluons pas du tout la possibilité de réalisation d'un DVD, mais cela implique des collaborations multiples avec des personnes disponibles, et la nécessité d'y consacrer beaucoup de temps. Pour l'instant la priorité est donnée à la musique, aux disques !

De quoi sera fait demain pour Collection d’Arnell-Andrea ? Des concerts en vu ? Des festivals cet été ?
Nous jouerons en concert l'album
"Tristesse des mânes"(et quelques autres titres!) en formation acoustique (piano, violoncelle, alto et chants) à Clisson le 29 septembre prochain, dans le cadre du festival Prikosnovénie. Nous devrions jouer à Cherbourg pour les 10 ans de Trinity en 2008…ce sont les seules dates pour l'instant, mais il y aura forcément d'autres concerts (annoncés sur notre site) entre temps! Nous faisons beaucoup plus de concerts qu'il y a quelques années, mais les apparitions de Collection d'Arnell-Andrea demeurent encore très "rares"!!!
Sinon, nous allons commencer à travailler sur les 2 dernières rééditions: remasteriser les enregistrements, repenser un nouvel artwork adapté au format digipack, enregistrer une nouvelle version d'un titre, consulter des heures d'archives (vidéos) pour envisager une piste multi-média, comme pour chacune des rééditions! Factum nous aide énormément dans tout ce travail multimédia et graphique… Ensuite nous pourrons envisager un album de plus, quelques idées s'imposent déjà!!

Les Sentinelles vous remercient d’avoir bien voulu répondre à cette interview et, si vous le souhaitez, y apporter le mot de la fin…
Un grand merci pour votre contribution à la mise en lumière de notre musique de l'ombre!
Automne et amitié,
J.Ch.


                                        Brown Jenkin (mai 2007)