Interview Camp Z (année 2008)

Avec deux albums déjà accrochés à la discographie de son projet Camp Z, son netlabel (Zorch Factory Records) et sa présence dans The Cemetary Girlz à la guitare, Manu/Zorch est un personnage actif de la scène underground française. Il fait partie de ces passionnés qui font vivre un milieu qui ne cesse de nous interpeller et nous réserve sans relâche de nouvelles et bonnes surprises, les Sentinelles se devaient de lui consacrer un entretien…

Commençons par le commencement ! Peux-tu nous narrer ton parcours musical jusqu'à cet album de Camp Z, "Violent memories" ?
Mon parcours musical dans la scène "dark" française commence en 2003 lorsque je rejoins le nouveau groupe batcave parisien Sleeping Children à la batterie. C'est ma première participation en tant qu'acteur dans cette scène et j'en garde un très bon souvenir puisqu'à cette époque le groupe aligne Nico de Violet Stigmata à la guitare et Thomas à la basse, qui lui aussi rejoindra les Violet en 2007. Bref la prise de contact avec le milieu est totale et rapide.
Parallèlement je commence à m'activer tout seul et je monte Zorch Factor mon premier projet solo, sans aucune ambition particulière de production, sans matériel ou presque. Après avoir quitté Sleeping en 2004, nous tentons, avec Thomas à la basse, Nico à la batterie et JP à la guitare (JP qui m'accompagne aujourd'hui sur scène avec Camp Z) de monter Zorch Factor en groupe en 2005. Nous enregistrons quelques titres mais faute de temps, le projet n'aboutit pas.
Au même moment, courant 2005, nous essayons avec Flora, actuellement clavier de Deadchovsky, de monter un duo au sein de The Vertigo Smile. Quelques titres voient le jour, essentiellement des versions arrangées de nos compos respectives. Pendant tout ce temps je continue à me former à la musique sur ordinateur.
Fin 2005/début 2006 je commence le projet Camp Z. Un premier album voit le jour en avril 2006. Face à la bonne réaction des auditeurs je décide de poursuivre et d'intensifier mon travail pour encore améliorer le niveau de mes productions. Lionel de Manic Depression se montre intéressé et cette collaboration se concrétise par l'album
"Violent memories", enregistré et sorti sur le fameux label en 2007.

Tu travailles seul pour Camp Z, pas de groupe, est-ce un choix ou personne ne cadrait afin de t'épauler dans ce projet ?
C'est un choix de travail. Je pense que pas mal de personnes pourraient cadrer en fait ! C'est donc un choix motivé par plusieurs raisons. Tout d'abord j'aime toucher à tout, même si je le fais moyennement, je me débrouille, et j'ai plaisir à jouer de la basse, de la guitare, à torturer des sons, composer des patterns de batterie, etc.
Par ailleurs j'ai une vie bien remplie, qui rend très difficile ma participation au sein d'un vrai groupe, faute de temps. Par conséquent l'idée de tout faire dans un projet tel que Camp Z est actuellement la meilleure solution pour moi pour continuer à faire sérieusement de la musique. Les inconvénients majeurs sont la nécessité de trouver des gens pour jouer sur scène d'une part, et le fait de devoir trouver seul le moyen de renouveler le répertoire et de faire évoluer la façon de composer, d'autre part.

Si tu devais nous dire ce que renferme "Violent memories" cela donnerait quoi ?
C'est un constat amer sur notre temps, disons l'époque contemporaine, du début du XXème siècle à aujourd'hui, cette période a été le cadre de certaines des années les plus noires de l'histoire de l'humanité. C'est aussi l'évocation de certains de nos cauchemars récurrents, de nos peurs ou de notre attirance pour la mort, pour la violence, pour la transgression.

Au-delà du sérieux de l'œuvre, de son agressivité, j'y perçois aussi à travers une part de délire, un certain humour sous-jacent et grinçant, me fais-je des idées, d'autant que personne ne semble en avoir parlé ? !
En effet et je suis très content que tu le soulignes ! Tout en étant un constat très sombre,
"Violent memories" renferme une part de farce, d'humour noir et une bonne dose de cynisme il est vrai. Et puis je ne suis pas attiré que par le côté sombre des choses. Il y a aussi une part de révolte, de provocation, et celle-ci passe aussi par l'humour.

"Violent memories" part dans de nombreuses directions, post punk, indus, cold wave, etc., tu sembles éclectique dans tes goûts musicaux, la suite nous réserve-t-elle des surprises à ce niveau ?
Oui et non ! Disons que ça risque d'évoluer. En fait je ne suis jamais parti dans une direction musicale précise, en me disant par exemple : je vais faire un projet cold wave. Je compose ce qui vient et souvent l'idée et le résultat final sont différents. Disons que j'ai une direction générale, qui tient plus de la thématique, de l'ambiance générale, d'une imagerie. Mais le son lui n'est pas figé dans un style donné. Tout type de son est à même d'illustrer le propos. Bien sûr je fais attention à la cohérence de l'ensemble.

A propos de la cover, que signifie-t-elle ? Que sont ces créatures qui sortent du crâne du personnage (certaines ayant un côté Cthulhuesque gluant du plus bel effet) ?
Disons qu'elle renvoie à ce que renferme
"Violent memories", ces cauchemars, ces pulsions néfastes, ces blessures aussi de notre temps, qui d'une certaine manière sont dans nos têtes et sont représentées ici par ces créatures bizarroïdes, inventées par le concepteur / auteur de la pochette.

Outre tes projets musicaux, tu as créé récemment un Netlabel, peux-tu nous en parler ? Ce qui nous y attend déjà et ce que le futur nous réserve...
Oui j'ai commencé à développer une activité de netlabel autour d'un site. L'idée est déjà de mettre à la disposition des auditeurs des productions audio existantes ou épuisées, sous forme de téléchargement gratuit avec l'accord des groupes (et sous licence Creative Commons). Ensuite il s'agit aussi de la mise à disposition de productions inédites, comme le live de Joy Disaster ou le maxi de The Trespass, sur le même principe. Enfin je n'exclus pas à moyen terme de proposer également des albums en format CD, dans des éditions limitées et payantes. Pour le moment je suis toujours en recherche d'artistes et plusieurs groupes travaillent à de nouvelles productions qui devraient sortir sur le label prochainement.

Que penses-tu du téléchargement sauvage qui s'apparente à une forme de vol, ne fait-il pas plus de mal aux petits qu'aux grands ?
Sincèrement je ne sais pas. C'est tellement difficile à quantifier. Maintenant c'est vrai que dans notre scène par exemple, où le potentiel de vente est malgré tout limité, si tout le monde a déjà l'album en version électronique, cela peut brider la vente du CD. Mais nous sommes aussi dans une scène de passionnés, qui aiment posséder l'objet, à l'inverse des musiques plus grand public. Par conséquent je pense que cela s'équilibre relativement. Je me rappelle à la fin des années 80, nous avions tous des tonnes de cassettes audio avec des tas d'albums copiés. Je pense que la circulation d'œuvres copiées est inévitable. Ce qui a changé par contre c'est la place faite à la dématérialisation par rapport au fait de posséder le support, et le fait qu'il soit facile d'accéder à la version dématérialisée de la musique.

Tu es actif dans la scène française, que penses-tu de celle-ci et de son devenir ? Quels sont les groupes que tu apprécies particulièrement aujourd'hui ?
Je pense que la scène française se porte bien mais sans plus. Pourtant elle regorge de bons groupes voire de très bons groupes, anciens ou nouveaux, et abordables au-delà de la scène dont ils sont issus, tels que Joy Disaster, Frustration, No Tears ou Charles de Goal. J'aurais presque tendance à dire qu'elle s'exporte mieux qu'elle ne se porte. Tous ces groupes sont très demandés à l'étranger, pour des concerts, des festivals… En France leur popularité est bonne mais je trouve qu'ils sont finalement peu sollicités, ou en tout cas pas suffisamment en regard de la qualité de leur musique. Pour les groupes plus "spécialisés" comme Deadchovsky ou The Cemetary Girlz, dans lequel j'évolue à la guitare, le phénomène est un peu le même, ce sont beaucoup les organisateurs étrangers qui se bougent pour les faire venir (Espagne, Angleterre, Allemagne). Ce qui ne veut pas dire que le public soit tellement plus conséquent à l'extérieur mais les gens sont très motivés.

Que nous prépares-tu pour les mois à venir ? Travailles-tu déjà sur un nouvel album ?
Oui je travaille sur un maxi qui devrait sortir à la rentrée prochaine. J'espère également pouvoir remonter sur scène avec Camp Z à ce moment.

Les Sentinelles te remercient de leur avoir accordé cette interview et te laissent comme c'est devenu la coutume le soin de la conclure...
Eh bien merci à vous pour cette interview. C'est vrai que j'ai répondu à pas mal d'interview ces derniers temps et j'espère avoir pu un peu renouveler mes réponses ! Et merci pour votre soutien à cette petite scène dark underground française ! Et à vous aussi auditeurs ! Allez voir, si vous le pouvez, les groupes qui passent à côté de chez vous (ou non) en concert ! Car la musique reste avant tout un partage.


                                  Brown Jenkin (juillet 2008)