Interview Beleg Eus Fall (année 2008)


Beleg Eus Fall, voici un nom qui a la saveur brute des masses océaniques s'abattant sur les rivages granitiques ; ce groupe finistérien, qui fêtera cette année ses dix ans d'existence, nous crie haut et fort à travers les compositions de
"Derrière le masque" (leur troisième réalisation) que le talent, loin s'en faut, n'attend pas la notoriété. La discrète formation, qui propose ici un black / death de qualité, devrait enfin recevoir les échos d'une reconnaissance amplement méritée…

Salut Tony! Est-ce que tu pourrais nous parler, pour démarrer cet entretien, de la naissance de Beleg Eus Fall ? Quelles motivations ont dicté son avènement ?
Tony (chants): Le groupe est né en 1998 avec moi (basse, boîte à rythmes), Christophe (guitare) et David (chant). A l'époque on jouait un style qu'on définissait comme du Black Thrash Indus. Le côté Indus était simplement pour justifier l'emploi d'une boîte à rythmes. En 2001 suit notre 1ère démo "War saoûle". En fait le groupe est né de l'envie de jouer en live, or avec notre ancien groupe à moi et Christophe (Anaon) le chanteur ne voulait pas faire de scène, et on a demandé à David si il voulait faire partie de l'aventure. Voilà comment est né Beleg Eus fall tout simplement.

Au fil des années, le line-up a subi des changements, qui sont les musiciens qui t'accompagnent aujourd'hui dans l'aventure ?
Il y a donc Christophe à la guitare, Kevin à l'autre gratte (il chante aussi dans Suddendeath), Steven à la basse (Netra, Glam Dycinn, In Her Lie, Stangala) et Adrien à la batterie (Glam Dycinn).

Beleg Eus Fall, ce nom me laisse entrevoir des sentiments épiques et de grands espaces, la nature, des combats… que signifient ces mots ?
Cela vient du Breton et cela veut dire "Prêtre du mal", à ce qu'il paraît il est mal orthographié, mais comme on porte ce nom depuis presque 10 ans, je ne me vois pas changer maintenant. Il peut paraître très Black Métal. En fait c'est normal car au début on voulait faire du brutal black. Mais cette musique ne nous correspondait pas, on a donc gardé le nom mais on a changé de style.

Depuis le début, le style du groupe présente un socle black métal auquel se sont incorporées diverses influences : thrash, death, indus… Qu'en est-il de celles présentes sur "Derrière le masque" ?
Le style death est pour moi plus présent ici, que sur nos autres réalisations. C'est une envie de ne jamais faire la même chose, qui a amené à cette évolution je pense. Et, personnellement j'ai toujours été un grand fan de brutal death, des groupes comme Aborted, Kronos ou encore Benighted pour ne citer que les plus récents.

Les cinq compositions de votre nouvelle réalisation sont à fleur de peau, presque écorchées, peux-tu nous parler des émotions qui les hantent ?
Les cinq titres de notre démo ont été composés sur une longue période.
"Tourments" est le plus vieux, il vient de notre 1ère démo "War saoûle". "Génie misanthrope" a été composé juste après "Esprit guerrier", "Vengeance" il y a un an environ et "J'ai vu… la guerre" s'est terminé juste avant de rentrer en studio, tout comme "L'échappée". Je pense que les longues périodes qui séparent les morceaux, reflètent bien l'état d'esprit du groupe au moment ou elles ont été composées. Il est évident que sur une si longue période nos caractères ont évolué, ce qui explique, je pense, la grande diversité des ambiances.

Comme le titre l'indique, révélez-vous avec cette troisième démo un visage plus personnel ? Avez-vous creusé encore plus loin dans vos peines et tourments?
Plus personnel au sens entité, oui. Le groupe a forcément pris un nouveau visage dû aux nouveaux membres qui ont amené leur vision de la musique. Nous avons voulu, sur cet enregistrement, que la basse soit encore plus présente que sur nos anciennes réalisations. Je trouve qu'elle est trop souvent en retrait, voire inexistante, dans la plupart des groupes. C'est un instrument à part entière qui a ses propres émotions, et qui en apporte beaucoup si on sait lui donner la place qu'il mérite.

Sur "Vengeance", le titre d'ouverture de "Derrière le masque", l'histoire sanglante de Médée y est abordée, que représente pour toi ce personnage de la mythologie grecque ?
Tout ce que la nature humaine peut révéler. Médée est un personnage d'une grande diversité de sentiments. Elle peut être très généreuse envers son amour, Jason, en lui donnant la force de pouvoir tuer ses ennemis, mais aussi d'une grande bestialité quand elle démembre son frère pour ne pas être séparée de son amour. Comme nous en fait. On peut être extrêmement généreux avec nos proches mais aussi très féroces si on touche à ceux qui nous sont chers.

"J'ai vu… la guerre" est un morceau poignant, je trouve qu'il rejoint, de par les images tragiques qu'il véhicule, le titre "Oradour" qui figure sur "Esprit guerrier", es-tu d'accord avec ça ?
Quand j'ai écrit ce texte, je m'attendais à cette comparaison.
"J'ai vu… la guerre" est proche d'"Oradour" dans le sens où il parle aussi de la guerre. Mais il ne parle pas de la Seconde, mais de la Première Guerre mondiale. En fait je l'ai écrit après avoir lu "Paroles de poilus" qui est un recueil de lettres datant de cette époque. Les lettres sont très émouvantes car elles étaient le seul lien qu'avait les soldats avec leurs familles. Certaines sont très crues, et les descriptions y sont très précises, d'autres sont touchantes car très désespérées.

Comment le travail de composition se met en place au sein de Beleg Eus Fall ? Tous les membres du groupe y sont-ils conviés ?
Oui tout à fait, chacun peut y mettre son "grain de sel". En général un de nous arrive en répet' avec un riff et on construit autour, tout simplement. Cette façon de composer est pour moi la meilleure car elle demande à chacun une participation, mais c'est aussi plus long car il faut que tous soient satisfaits et ce n'est pas toujours le cas.

La scène est importante pour le groupe et je crois que vous ne ratez pas une occasion de brûler les planches, peux-tu me dire de quelle manière tu appréhendes les concerts ?
C'est une occasion pour nous de partager nos morceaux de façon efficace. Ils ont été écrits pour ça, pour la scène. Je me sens extrêmement bien sur scène, j'aime voir les gars bouger et hurler sur notre musique. Quand on y a goûté, il est impossible de ne pas vouloir y retourner. Il est vrai qu'il y en a eu des concerts minables ou mal organisés mais dans la plupart des cas cela se passe bien. On aime aussi jouer avec d'autres groupes, cela permet de rencontrer d'autres univers musicaux et humains.

La Bretagne apparaît dans certains titres de Beleg Eus Fall, de quelles façons l'histoire, la beauté et la magie de cette région s'ancrent-elles à vos paroles et votre musique ?
Tu ne peux comprendre que si tu es Breton (rire). Il faut avouer que nous y sommes très attachés. Un Breton est en général très attaché à sa région, tellement qu'elle lui rythme sa façon de penser, qu'elle s'immisce dans sa vie, qu'elle lui dicte sa philosophie. On ne peut faire autrement car elle est si riche de part sa langue, sa musique, son paysage, ses légendes etc.

Tony, vous avez été avec Christophe (guitares), membres du groupe Anaon ; quels souvenirs, quels sentiments te viennent à l'esprit quand tu évoques ton passage au sein de cette autre formation celte ?
Gâchis. C'était un groupe qui aurait dû percer, mais le chanteur avait une trop grande soif de gloire, et nous a viré, moi et Christophe, pour soi-disant recruter des professionnels. Résultat : ces dits professionnels étaient trop pris par d'autres projets et pour eux Anaon n'était pas une priorité. Plusieurs fois il nous a demandé, à moi et Christophe, de reformer le groupe. Mais on a toujours refusé, par principe.

Quels sont vos projets ? Des concerts en prévision j'imagine ? Sinon, quand peut-on espérer tenir entre nos mains un premier album ?
Pour l'album cela dépendra des réponses des labels comme toujours. Se faire une place dans ce milieu est très difficile, vu la grande quantité et qualité des groupes.

Cette interview arrive à son terme et les Sentinelles te remercient pour le temps que tu leur as accordé, le mot de la fin est dans ton camp…
Je te remercie beaucoup pour l'interview, et je conseille aux gens de s'intéresser à la scène finistérienne car il y a en ce moment de très bons groupes comme Tenval, Glam Dycinn, Enor, Suddendeath, Under The Abyss, Anaon Koll et encore bien d'autres. Merci encore et bonne continuation à vous. Kenavo.


                         Gasp (janvier 2008)