Interview Balrog (année 2007)

Balrog, c'est le nom d'une morsure en plein visage, rapide et meurtrière, à l'image de ce troisième album qui nous plonge dans un tourbillon apocalyptique et haineux terriblement éprouvant. "Ars Talionis - The Art of Retaliation", c'est l'heure barbare d'un black metal qui sonne avec la lame de la faucheuse notre arrêt de mort, sans possibilité de recours en grâce ! BST Balrog (guitare / chant) le maître en armes de ces bataillons infernaux, a bien voulu nous parler un peu de ses démons, et ils sont légions…

Salutations ! Des changements au sein du line-up sont intervenus depuis "Bestial satanic terror", peux-tu nous présenter les musiciens qui t'accompagnent aujourd'hui ?
Balrog: HAIL. Le line-up pour cet album est Sorath à la batterie, Neamt à la basse, et Kach'adell à la guitare.

"Ars talionis" m'apparaît comme un véritable éclat de haine pure qui saisit littéralement à la gorge, où puises-tu cette énergie destructrice ?
Balrog: En effet la haine est un élément essentiel au concept de cet album, je pense d'ailleurs qu'une oeuvre black metal ne peut être conçue sans ce sentiment. Je n'ai jamais eu besoin de puiser bien loin pour cette puissance dévastatrice, j'ai tout ce qu'il faut dans ma propre âme.

Que t'inspire le monde dans lequel nous évoluons ? Le remercies-tu chaque jour de t'apporter autant d'occasions de le haïr ?
Balrog: Le monde actuel ne m'inspire pas grand-chose d'autre que du mépris. La société humaine et ses stéréotypes, sa perte de toute culture et identité... Je n'ai pas à remercier ce monde car peu de choses sont en vérité digne de ma haine. Je vis en marge de tout ça. J'essaye de percevoir les choses d'une manière plus neutre, je suis assez indiffèrent aux évènements qui secouent la communauté humaine car ce ne sont que des manifestations d'un cours naturel des choses, guidé par des forces bien au-delà de notre pauvre vision.

Quelle est ta perception exacte de la vengeance ? Le titre de l'album nous indique que Balrog l'élève au rang d'art, peux-tu développer cela ?
Balrog: Je trouve simplement intéressant d'utiliser les rancoeurs d'une manière constructives, torturer l'être haï, faire de cette torture un acte sexuel, sensuel, pur et beau. Faire de la destruction quelque chose de constructif. J'aime jouer sur le contresens en général.

Les poisons mortels qui transpirent de l'album prennent-ils tous racines dans ton vécu ? Souffrances, rancune, dégoût… J'imagine qu'une route difficile précède l'art de la vengeance, un long chemin où il faut "transformer" ses blessures afin d'en faire des armes…
Balrog: Bien entendu. Les sentiments négatifs qui transparaissent au travers de ce disque sont authentiques. Je suis une personne sensible et extrêmement passionnée, dans l'amour comme la haine. J'ai eu des périodes qui m'ont plongé dans l'enfer, où j'ai pu faire face à ce qu'il y a de plus sale et "mauvais" dans les tréfonds de mon esprit. Même si certaines personnes de l'extérieur ont été d'une précieuse aide pour m'inspirer cette haine, la majeure partie vient d'une longue introspection.

L'intensité des morceaux et leur densité sonore peuvent-elles être comparées à une sorte d'initiation, un mur de cruautés que l'on doit regarder en face si l'on veut parvenir à en apprécier les charmes néfastes ?
Balrog: Je ne me soucie pas tant de la manière dont mon travail est perçu pour ce projet. Le plus important pour moi était d'exprimer quelque chose, d'en sortir le sens. Maintenant peu m'importe que les gens comprennent cette chose, y voient un message, ou non. Je ne suis pas tourné vers l'auditeur, mais plutôt en constante observation de mon propre tourment.

Pourquoi avoir choisi l'hébreu pour l'un des titres ? De quoi parle ce morceau ?
Balrog: Ce titre a pour concept l'antithèse de l'existence, ou l'antithèse de YHVH lui-même. Je trouvais intéressant d'écrire le plus grand des blasphèmes dans la langue qui a pour la première fois servi à répandre la voix messianique dictée par le dieu des Juifs.

Une composition s'intitule "De Sade", que symbolise pour toi ce personnage nimbé d'une couronne de soufre ?
Balrog: Le concept du mal par rapport à une norme donnée, la rupture avec la convention, avec la conformité, il y a de fortes connotations sexuelles dans les paroles de ce titre. J'aime la notion de remise en question de ce qui est sacré, de ce qui est convenable. Il ne s'agit pas de lutter contre le bien, mais de s'affranchir de la notion de bien et de mal.

Balrog est-il pour toi un exutoire ? Sans ce projet musical, crois-tu que tu aurais pu céder à la folie, voire commettre un acte extrême ?
Balrog: Si je suis destiné à commettre un acte extrême, cela arrivera. Même si le fait d'exprimer à travers la musique des émotions malsaines est libérateur, je ne pense pas que cela suffise à m'arrêter, le jour ou les éléments seront en place pour que j'accomplisse l'irréparable.

Si ce troisième opus était mis en images, à quel film devrait-on s'attendre ?
Balrog: A un snuff movie insoutenable, quelque chose que la loi punirait.

"Ars talionis" s'ouvre sur "Le chant des anges de la mort", un titre à faire grincer les os, quelle est l'histoire de ce morceau ? Comment s'est-il retrouvé aux portes des Enfers ?
Balrog: Il ne s'agit à peu de choses près que de ma voix. Cette plage sonore fut enregistrée avec pas mal de spontanéité, je souhaitais avant tout une atmosphère chaotique et bestiale. La voix des démons.

Quelle est ta vision du satanisme ? Il semble qu'il y en a autant d'approches qu'il rassemble d'adeptes, es-tu d'accord avec ça ?
Balrog: Je n'aime pas tout ce qui finit par "isme" car cela implique la communauté de pensée. Je pense par et pour moi-même et je ne tiens pas à être affilié à quoi que ce soit. Je crois en la force de l'opposition, de la remise en question. Je crois que la race humaine est l'incarnation de ce concept, que nous sommes sur terre pour remettre en question la création globale, la biosphère, l'oeuvre de YHVH. Je crois que l'homme n'est ni plus ni moins le visage de Satan face à la vie terrestre.

L'album s'achève par deux reprises : "Sacrificial suicide" de Deicide et "A call from the grave" de Bathory ; pourquoi avoir choisi ces artistes ? Ont-ils laissé une empreinte particulière dans ton âme ?
Balrog: Ce sont simplement des chansons que nous jugeons tous "cultes", symbolisant une époque où le métal extrême était spontané, plus fort que jamais car créatif, parfois jeune et irréfléchi mais justement d'autant plus authentique... Le choix du morceau de Bathory est aussi un hommage à Philippe Courtois, qui m'a fait découvrir et apprécier ce groupe.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ? Des concerts sont-ils prévus ? Entre Balrog, Aborted et Genital Grinder, as-tu le temps de te poser cinq minutes ?
Balrog: Nous allons effectuer quelques dates avec Balrog, dont l'ouverture de Mayhem à la Locomotive le 17 décembre 2007. D'autres concerts sont en cours d'organisation... Pour ta seconde question, non, je n'ai pas vraiment le temps de me poser. C'est un choix ceci dit, je ne regrette rien, je préfère de loin ça au fait d'être inactif...

Les Sentinelles te remercient d'avoir pris le temps de répondre à cette interview et t'invitent à y apporter le coup de grâce final…
Balrog: Merci pour l'intérêt que tu portes à notre travail. AMSG


                                     Gasp (novembre 2007)