Interview Babylone Chaos/Botchan Karisen (année 2006)

Les Sentinelles Du Temps profitent des sorties de “Réactions mécaniques” et "Re-pulsion des Faces” pour soumettre Botchan Karisen à un interrogatoire serré. Que ce soit sous son patronyme ou avec Babylone Chaos (pour ne parler que des projets dont il sera question ici) le bonhomme est à ce point prolifique (sans toutefois négliger l’exigence) qu’il finira par nous faire croire que dans son espace-temps les journées durent 48 heures ! Justement le temps c’est nous qui veillons dessus, nous l’avons bloqué afin de réaliser cette interview.

Peux-tu nous faire la biographie de Babylone Chaos, quelles nécessités t’ont poussé à donner le jour à ce projet ?
Babylone Chaos est né, pour être précis dans la nuit du 5 au 6 août 2003, sur les cendres de Radio Massacre. La seule et unique raison pour laquelle j’ai créé Babylone Chaos n’a rien d’ésotérique, c’est juste un changement de nom car un groupe portait quasiment le même patronyme (Radio Massacre International) et cela me causait pas mal de soucis (tu sais dans ma tête !) car je voulais un nom qui ne soit pas déjà pris, etc. En 2003, donc, j’ai commencé avec l’aide de Mitaine à faire ce que je déteste par dessus tout : de la promo… puis, j’ai pris contact avec Pedro (HIV+) qui m’a donné un sérieux coup de pouce, c’est grâce à lui que j’ai pu sortir des disques sur Nein Rec. (USA) et Divine Comedy Records (le fameux label marseillais).
Sinon, la biographie de Babylone Chaos suit bêtement les sorties discographiques, car ni concerts ni ajout de membres n’est prévu pour le moment… Un album est d’ores et déjà terminé et cherche sa maison… deux autres sont en préparation…

N’étant pas une musique à textes, libre choix est laissé à l’auditeur de construire, de vagabonder autour de ton œuvre, mais toi que cherches-tu à communiquer à travers tes compositions, quels messages ?
Il n’y a pas de messages dans Babylone Chaos, car je suis juste un sale gosse solitaire qui fait du bruit dans son coin et tant mieux si certains aiment ce que je fais…
Outre cela, je ne vois MA musique que comme un engagement esthétique. Si je dois militer pour une cause, je le ferai d’une autre manière, d’un point de vu plus personnel avec des moyens autres qu’une chose abstraite comme la musique, je privilégierai plus l’action concrète.
Ceci dit, je suis toujours épaté d’entendre ou lire des artistes parlant du message que comporte leur musique… sans texte…
Néanmoins, je respecte les engagements justes et fondés de certains musiciens.

J’ai lu que tu avais étudié la musique acousmatique au Centre International de Recherche Musicale de Nice, qu’est-ce qui t’a conduit à ce genre d’étude ?
Effectivement, j’ai étudié la musique acousmatique au CIRM, j’en suis venu là par deux voies distinctes. La première c’est la musique classique et contemporaine, j’ai étudié le violoncelle et l’écriture. La deuxième fut la rencontre avec deux membres du groupe mythique des années 70, Horde Catalytique Pour La Fin, qui m’ont fait remonter aux sources de la musique, lors de séances de discussions interminables et surtout inoubliables. J’en garde un souvenir assez fabuleux à vrai dire.
Donc de fil en aiguille, j’ai appris l’existence du CIRM et une fois le concours d’entrée réussi je me suis plongé dans tout ce fatras contemporain qui me suit encore aujourd’hui.

Quelle est selon toi la meilleure définition pour la musique que tu pratiques autant pour Babylone Chaos que pour tes réalisations signées Botchan Karisen ?
Par mesure de simplicité, j’utilise le terme musique industrielle pour Babylone Chaos, mais finalement c’est un gros mélange de différents styles musicaux que j’apprécie ou pas d’ailleurs. Le terme expérimental, bien que galvaudé peut aussi être utile dans une certaine mesure, surtout concernant l’entité Botchan Karisen.
Mais trouver une définition à ma musique serait la réduire, je préfère laisser cela à ceux qui n’ont rien d’autre à faire… car je me fous éperdument que ma musique soit expérimentale, pop, ou encore industrielle… car au bout du compte c’est juste de la musique.

Tu as créé ton propre label, Quincaillerie Records, ce qui t’a permis une séance de rattrapage, puisque tu y as publié sous le nom de Botchan Karisen des œuvres dont les plus anciennes dates de 1997. Quelles différences, même si certaines sont évidentes pour tout un chacun, fais-tu entre Babylone Chaos et Botchan Karisen ? Pourquoi ne pas avoir publié le tout sous le même patronyme ?
Quelle que soit la sortie que je vais faire, de toute façon ça sera toujours une part de moi, c’est vrai, mais je trouve amusant (outre le fait de changer un peu le style de musique) de changer d’identité, il y a sans doute une part de schizophrénie la-dedans, mais finalement, c’est un processus assez libérateur.
Les différences sont évidentes comme tu le dis ! Mais ça devient presque un jeu de changer de nom, et puis ça permet de remettre en question pas mal de choses et de démarches, redevenir un inconnu, un newcomer ! c’est comme un défi… au lieu de rester sur des acquis, et bien, on reprend tout du début…

Selon toi la musique industrielle a-t-elle encore un avenir ? Tout n’a-t-il pas déjà été fait ? Quelles sont pour elle les conditions de sa survie ?
Honnêtement ? Je me fous royalement de l’avenir ou du non-avenir de la musique industrielle ! Il y aura toujours des gens pour en écouter et pour en faire quelle que soit la forme et/ou le fond… ce n’est pas un sujet qui me préoccupe.

Peux-tu nous présenter tes petits derniers, "Re-Pulsion des Faces" pour Babylone Chaos et "Réactions mécaniques" pour Botchan Karisen ?
"Re-Pulsion des Faces"
de Babylone Chaos est un Cd-r 3’’ que j’autoproduis comme un grand. C’est un long morceau de 22 minutes et des brouettes assez ambiant et peut-être plus proche du premier album ("Transmission 1,618") donc peut-être plus proche de ce que je faisais avec Radio Massacre dans une certaine mesure évidemment.
"Réactions mécaniques"
sorti en juillet sur Taâlem est un morceau datant de 2004, mélangeant des éléments bruitistes et concrets sur un fond de piano traité de manière aléatoire (le pitch, la hauteur du son donc !).

Qui a influencé Botchan K. ? Quelles sont tes références en musique mais aussi dans toute autre forme d’art (peinture, sculpture, littérature…) ? Ces références imprègnent-elles ton œuvre ?
En musique, j’ai commencé par jouer dans des groupes punk et métal dès 1991, la déferlante Nirvana fut pour moi une révélation à l’époque ! Puis à partir de 1995 j’ai commencé à écouter du bruit, de la musique industrielle et toutes sortes d’expérimentations sonores et ce toujours sur un fond de musique classique et/ou contemporaine. Bref, c’est un mélange de tout cela qui m’a influencé et m’influence encore.
Pour le reste, le mouvement Dada a été une source d’émerveillements divers, les groupes littéraires comme les Simplistes suivit par le Grand Jeu et René Daumal m’ont pas mal marqué aussi. Ainsi que Burroughs pour sa technique (avec Bryon Gysin) et dans une moindre mesure Antonin Artaud (car il faut bien le placer à un moment celui-là !), et pour finir avec les lettres, je citerai J.L. Borges qui est sans doute ma référence ultime.
Sinon, actuellement avec ma camarade Mitaine ont se penche particulièrement sur tout ce qui est Installations et Performances (d’où notre duo Scripta Manent !).

Comment se passe le processus de création pour toi ? Elève studieux et appliqué ? Surdoué dont les morceaux tombent tout fait sur le CD ou rêveur qui guette l’inspiration sans trop se faire de souci ?
Bordélique qui prend conscience que parfois il faut ranger un peu (rire).
Mais disons que ça dépend des morceaux. Parfois je sors un titre qui me convient parfaitement en l’espace de trois jours et à l’opposé certains mettent jusqu’à un an avant de prendre forme. Mais je ne suis pas pressé, donc quand je bloque sur un titre, je passe à autre chose et j’y reviens plus tard. Je n’ai, sinon, aucun problème d’inspiration car mon crâne bouillonne d’idées et d’envie de manière assez constante ! C’est très agréable et rassurant d’un coté, mais ça peut devenir très oppressant et destructeur également, j’ai beau chercher un équilibre vis-à-vis de cela, je n’y parviens pas. Alors je compose en permanence, ça peut être chez moi dans mon studio, sur mon canapé devant un film, au boulot, sous la douche, je fais des planifications que je ne respecte jamais… je suis bordélique en somme…

Outre tes réalisations, en 2005 Quincaillerie Records a publié "Hallucinations auditives" de Vardhlokr, qu’en est-il des sorties à venir pour le label ?
Le label était en stand-by depuis quelques mois, car nous avions beaucoup de travail à accomplir avec Mitaine. Mais, je suis en train de le réactiver doucement. En plus des productions CD-R, je pense à une partie netlabel, afin d’offrir une écoute peut-être plus large, mais ca reste en projet pour l’instant. Sinon, les productions qui étaient prévues sont annulées, mais d’autres viendrons dans un futur proche je l’espère !

Où en est le projet Babylone Chaos Vs. Fin de siècle, "Par hasard un soir de pluie" ?
Pour l’instant il semble être en stand-by, en tout cas de mon coté car je ne suis pas totalement satisfait de certaines choses. Il faut que j’en reparle à Stéphane pour voir ce que cela peut donner, voir si ce projet aboutira. D’autant plus que nous avons deux ou trois petites perles qu’il serait dommage de laisser à l’abandon… Mais j’ai appris qu’il mettait un terme au projet Fin De Siècle (ce que je trouve très dommage), donc l’avenir de cette collaboration sera peut-être sous une autre forme.

De quoi sera fait le futur autant en ce qui concerne Babylone Chaos que Botchan Karisen ?
Comme je te l’ai dit plus haut, concernant Babylone Chaos, un nouvel album est tout chaud, et deux autres sont en préparation. L’un sera plus ambiant que l’autre sans aucun doute. En résumé je continue tant que j’en ai la force et/ou l’envie bien évidemment. Mais je ne me fais pas de soucis la-dessus, une petite voix me motive chaque jour qui passe !
Sous Botchan K., je viens de terminer un nouveau disque (je cherche un label actuellement pour le sortir), dans une veine assez bizarre, peut-être dadaïste, qui sait ? Sinon, une violente envie de m’attaquer et de massacrer quelques standards du Jazz me taquine le cerveau depuis quelque temps déjà. Puis me remettre à mes compositions instrumentales "contemporaines" celles-ci étant en sommeil depuis déjà pas mal de temps, il semble temps que je m’y penche un peu de nouveau.
Et enfin, me motiver pour faire des concerts, mais c’est pas gagné, car je veux éviter autant que possible de jouer du laptop seul comme un couillon à faire semblant d’agir sur une bande pré-enregistrée… mais finalement, un jour peut-être serai-je tenté de faire le guignol derrière une bande qui vit sa vie tranquille… (rire)

Babylone Chaos, Botchan Karisen, Scripta Manent, Quincaillerie Records, l’association Euphoria-Post-Mortem… Cela t’arrive-t-il de dormir ou crains-tu que la vie ne soit trop courte pour accomplir l’ensemble des objectifs que tu t’es fixés ? Comment parviens-tu à gérer tous ces projets ?
C’est vrai que je dors de moins en moins, par contre j’ai besoin de cures de sommeil de temps en temps histoire de ne pas péter les plombs.
Je m’éclate, c’est le point fondamental à l’histoire ! Tout ce que je fais, je le fais car ça m’éclate vraiment : les soirées, l’émission de radio, les concerts, les divers projets, le label etc. c’est en quelque sorte vital pour moi, il n’est même pas question d’objectifs finalement. Et puis, ici à Dijon au lieu de râler comme des cons parce qu’il ne se passe rien et bien on a choisi le parti de faire les choses qui nous font envie. Il y a quelques associations ici et on est tous plus ou moins en contact, c’est une petite ville dont on fait vite le tour !
J’arrive à gérer tout cela car comme je viens de le dire je ne suis pas tout seul ! Et surtout je suis mes envies…

Doit-on s’attendre à la naissance d’autres entités dont tu serais le maître d’œuvre, ou disposes-tu des moyens nécessaires pour t’exprimer ?
Oui ! de nouvelles entités sont en train de naître !
L’une d’elle dans un registre plus noise et bruitiste, le nom du projet sera Khorda, plusieurs morceaux sont déjà dans la boite. Pour ce projet, je voudrais dans un premier temps faire des sorties sur des netlabels (donc avis aux amateurs !). Pour permettre une diffusion plus facile qu’un cd-r ou même un cd, si les gens aiment tant mieux, sinon, la corbeille n’est jamais bien loin ! Et par la suite si un label est intéressé pour publier sur un support autre que le net, tant mieux pour moi (d’ailleurs au dernières nouvelles, un cd-r est peut-être envisageable dans un futur plus ou moins proche…)
J’aimerais aussi intégrer une formation plus basique dans le sens rock : guitare, basse et batterie, car mine de rien, c’est une sensation qui me manque un peu de jouer avec d’autres personnes, encore faut-il réussir à me supporter (rire).
A part ces deux petites choses, il me semble que pour le moment mon cerveau ne réclame pas de petits frères (quoique…), donc je me concentre sur Botchan Karisen, Babylone Chaos, Scripta Manent et le petit dernier Khorda.
Mais tout ce qui traîne dans ma tête sortira forcément un jour ou l’autre…

Avant de prendre congé et te remercier d’avoir répondu à ces quelques interrogations, si par un malencontreux hasard j’avais oublié de te poser une question qui te semblerait capitale de joindre à cette interview, je t’invite à te la poser !
Oui juste une, mais qui sera un clin d’œil à ton endroit !
Es-tu fan des Marx Brothers ? Oui à fond !!!

 

                                            Brown Jenkin (septembre 2006)