Interview Après la Pluie (année 2010)

Rayonnant de ses trois titres dont la personnalité sonne tel le prologue d'une oeuvre plus vaste, "Le Mythe de l'Homme" poursuit une aventure musicale ambitieuse entamée avec "Les Racines Mécaniques", première démo parue en 2007, sans oublier les bandes originales pour un court et moyen métrage, une pièce de théâtre ainsi qu'une exposition.
Les membres d'Après la Pluie semblent être partis pour se tenir là où on ne les attend pas, et c'est tant mieux; merci à Cédric Lefort (chant, guitare, synthé, machines), Marc Gagnerot (guitare, synthé, machines) et Baptiste Boyer (basse, machines) de bien avoir voulu nous parler de cet EP au charisme prometteur...

Un retour aux origines est-il possible pour débuter l'interview ? Quelles motivations communes vous ont amené à fonder Après la Pluie ?
Cédric:
Motivés par les mêmes idées, Marc et moi avons fondé ce projet en 2005. Nous jouions ensemble depuis quelques années déjà, et pris par la passion de la musique et du cinéma, nous composions des mélodies inspirées d'images propres à notre imagination, guidée par nos émotions. C'est ainsi qu' Après la Pluie est né.
Baptiste:
Il y a ce bon vieux rêve de gosse où on s’imagine être une rockstar face à son miroir dans sa salle de bain... Je pense qu’on s’accorde tous à dire qu’on ne fait pas de la musique comme on irait faire une partie de volleyball le week-end pour sortir de ses habitudes quotidiennes. C’est un engagement entre nous autour d’une sensibilité commune.

Outre "Les Racines Mécaniques", première démo parue en 2007, votre carte de visite présente un éventail de créations musicales allant du cinéma au théâtre en passant par une exposition; quelles expériences et lignes de force retenez-vous de ces divers travaux ?
Cédric:
On a eu la chance de pouvoir lier ces deux passions à travers différents projets pour le moins très formateurs. L'approche artistique pour le travail de composition est complètement différente, car la matière première ne vient pas de soi; il faut comprendre la démarche du réalisateur ou du metteur en scène, tout en gardant son intégrité. Ceci acquis, la magie peut s'opérer, et je compte bien revivre l'expérience à l'avenir.
Marc:
Travailler en équipe fut le point commun de ces expériences mais elles nous ont également permis de sortir de nos étiquettes pour donner nos couleurs sur differents styles musicaux, ces créations nous ont appris une nouvelle façon d' aborder nos compositions..
Baptiste:
C’est surtout un enrichissement. Pouvoir diversifier ses interlocuteurs et son public permet de se recontrer sous un autre jour mais aussi de bien réaliser ce qui nous uni.

Quelle thématique était abordée sur "Les Racines Mécaniques" ? Existe-t-il un lien entre cette démo et "Le Mythe de l'Homme" ?
Cédric:
Bien sûr. Les Racines Mécaniques posent le décor; La Pierre qui Pleure, prophétie d'un avenir sombre au goût du Fruit Défendu, pour laisser place à Méca, le déchaînement des 4 éléments. Cette démo a permis la construction de l'univers Après la Pluie, en particulier son symbole, que l'on voit sur la pochette du Mythe de l'Homme. C'est avec ce second EP que l'Homme entre en scène.
Marc:
Et de la racine s'élève un homme.

Que racontent les trois compositions de votre EP ? "La Statue de la Dissonance", est-ce l'apparition de l'Homme et de sa nature complexe, un reflet du chaos organisé toujours au bord de la chute ?
Cédric:
Pour imager cet EP, ces trois titres peuvent être assimilés à trois scènes distinctes d'une pièce. Le choix d'un Prélude (à la Pluie) est évident, une incantation, une danse à la pluie, à la naissance du Mythe de l'Homme. Ce nouveau départ semble déjà chargé d'un lourd passé, mais s'oriente uniquement vers l'avant, vers un objectif, représenté par ce fameux symbole scarifié sur son corps. Vient ensuite les questions régies sur la foi et l'éveil des sens. Ses premiers pas dans ce monde où tout reste à bâtir.

Des plumes rouges, un masque à gaz, des chaînes et un énigmatique tatouage gravé dans la chair... Après la Pluie aime les symboles, pouvez-vous éclairer notre lanterne de profane concernant ceux qui ornent le dessin de la pochette ?
Cédric:
Le masque pose énormément de questions. Il symbolise l'homme du passé et l'homme du futur, émergeant dans un monde anachronique. Et qu'est-ce que cette scarification ? C'est le fondement de Après la Pluie. Cette figure géométrique est la foi de l'Homme, la foi d'une vérité dont bien des mystères restent à explorer. D'après moi, il est important de ne pas dévoiler certaines choses. Les intéressés doivent avoir une certaine liberté dans la réflexion. Les textes renferment des messages répondant à certaines énigmes; d'autres seront éclaircies dans le futur.
Baptiste:
C’est une façon de créer un univers composé de points de repère auxquels on peut s’identifier comme dans toute culture.

Dans votre présentation du mini-CD, il est question de l'Homme et de la Divinité au sein d'une "Larme de Cristal", quant au troisième et dernier morceau, il a pour titre "L'Oeuvre du Malin" : quels sont les niveaux de lecture qu'entretient Après la Pluie avec le "religieux" ?
Cédric:
La religion est un sujet délicat, mais très présente dans ce monde. Comment passer à côté. Le plus grand best seller reste la Bible!... La réponse la plus juste est que par le passé j'ai eu une relation assez étroite avec la religion, et a profondément marqué mon éducation. Ses différents aspects (je ne rentrerai pas dans le sujet) m'en ont éloigné. Elle a néanmoins une place importante dans mes textes, et sous plusieurs formes. Elle est utilisée de façon imagée à travers différents thèmes. Larme de Cristal (co-écrit avec Marc) traite le religieux et la foi de manière explicite sur sa relation avec l'Homme; mais il ne faut pas confondre religion et foi! L'oeuvre du Malin, malgré ce titre évocateur, est plus implicite. Son message universel reste dans le fond très personnel. Il n'en tient qu'à chacun de l'interpréter.
Marc:
Peut-être que quelque part nous recherchons un signe des dieux ...alors nous leur envoyons des messages, les mettons en scène, nous jouons aux marionnettes avec eux sans doute pour voir leurs réactions , pour les tester , nous réécrivons notre livre saint !
Baptiste:
C’est un paradoxe entre le respect de la foi et une satire de la religion.

"Le Mythe de l'Homme" à un point de saturation de son histoire où tout semble courir vers l'effondrement... L'idée d'un "mythe" n'en devient que plus forte, surtout si on songe à tous les bouleversements d'amplitude qui attendent le 21è siècle...
La «nature complexe» de l'Homme est toujours remise en question, et ce depuis la nuit des temps; malgré tout, son passé n'est guère différent de son présent. Le mythe n'est-il pas le reflet de la réalité? Cette question souligne l'idée du cercle dans lequel le monde tourne. Et les erreurs du passé deviennent celles du présent. On court vers l'effondrement pour tout rebâtir jusqu'à à la prochaine fois.
Marc:
Voyons ça comme une métamorphose; qu'est-ce que cette chose? L'idée de mythe a également un double sens , est-ce toujours un homme? Ce trois titres est notre premier élément de reponse.
Baptiste:
Un effondrement est déjà le début d’une renaissance.

Votre EP est-il le préambule d'une oeuvre plus vaste ? Votre style évoque effectivement l'opéra rock, l'un de ces opéras "underground" qui ne demandent qu'à nous remuer de fond en comble...
Cédric:
C'est en marche...
Marc:
Notre objectif est de créer une oeuvre cohérente définitivement rock à ambition mégalomaniaque .

A quoi ressemblerait un spectacle mis en scène par Après la Pluie ?
Cédric:
Lequel? Le nôtre? A «The Wall», avec 1 million de dollars de budget!
Après la Pluie sur scène, d'un point de vue visuel, s'habille de différents costumes et s'alimente d'éléments de décor. Tout ceci appuie un fil conducteur conté tout au long du set. Le mieux est de voir le spectacle en live...
Marc:
à un carnaval italien dans les rues de Téhéran.
Baptiste:
A une explosion de créativité sans limite ni liens réels qui constituerait un ensemble: Après la Pluie.

Toujours à propos de mise en scène, vous avez eu deux rendez-vous avec le cinéma pour les BO d'un court et d'un moyen métrage en 2005 et 2008 (respectivement "4è sous-sol" et "HaneWaynes"); considérant la dynamique visuelle de votre univers, je voulais savoir si la réalisation d'un film faisait partie de vos projets ?
Cédric:
Ce n'est pas prévu dans l'immédiat. Mais la mise en images sous la forme d'un clip vidéo – court-métrage est en projet. A suivre...
Marc:
On a beaucoup d'idées, quelques amis prêts à nous suivre mais pas assez de maturité et surtout pas assez de fonds pour réaliser le projet parfait qui nous tiendrait à coeur.

Comment votre style musical s'est-il construit et développé ? De 2005 à 2009, comment retraceriez-vous ce parcours qui n'a que faire des étiquettes ?
Cédric:
La question d'un quelconque style musical ne s'est jamais posée. Ça s'est construit naturellement au fil du temps. Nos diverses influences, du métal, rock 70's, en passant entre autres par le classique, ont contribué au développement de notre style et de la variété des morceaux. Pour l'avenir de Après la Pluie, une déviation sonore n'est pas improbable.

Quels sont vos projets pour les temps futurs ? Avez-vous un agenda de concerts qui se remplit à grande vitesse ?
Cédric: Rien d'extraordinaire. S'asseoir sur son canapé jaune pisse à boire une bière devant un match de football. Ou alors continuer la musique!!! On va consacrer essentiellement les temps futurs au projet fondamental de Après la Pluie en matière de composition. Sur le plan dates, c'est compliqué avec un projet qui «n'a que faire des étiquettes». Mais ça vient avec beaucoup de volonté. Et merde à la fin ! C'est sur scène que la magie s'opère!

Avant d'achever cette interview, je tiens à vous remercier de bien avoir voulu répondre à ces quelques questions et vous invite à apporter le mot de la fin...
Cédric:
Et la vérité vous fera libre.

 

                             Gasp, année 2010