Interview Antaeus (année 2007)

Armé d'un troisième opus hautement nocif, Antaeus revient nous secouer l'âme et les tripes sans ménagement. "Blood Libels" agit à la manière d'une intraveineuse cauchemardesque, lâchant un poison qui vous explosera dans la tête et soufflera votre raison telle une poignée de cendres ! Le groupe français a tout simplement enfanté un album de black metal autant habité qu'il est destructeur, mais laissons MKM (chant) nous en dire davantage…


Hailz MKM ! Pour démarrer l’interview, peux-tu nous présenter "Blood libels" ? Y a-t-il un thème précis qui circule dans le corps de ce troisième opus ?
"Blood libels" est notre troisième album à ce jour, représentant la pièce finale d'un concept ébauché dès "Cut your flesh and worship Satan" notre album sorti sur Baphomet/Necropolis en début 2000.
Il nous aura fallu 5 années avant de pouvoir sortir notre premier LP,
"De principii evangelikum" le second album sorti sur Osmose aura été réalisé un peu plus vite, un laps de temps de deux années aura suffi pour le boucler (bien qu'il fut relativement court dans sa durée contrairement au dernier album qui dépasse les 40 mn).

J’imagine que la composition de "Blood libels" représente une somme de travail conséquente ; associer cette incroyable intensité à une ambiance si viscérale et malsaine, cela n’a pas dû être de tout repos…
Quatre années furent nécessaires pour arriver à ce résultat. Un titre comme
"Rot - Everything great is built upon sorrow" a été amorcé avant même la sortie de "De principii evangelikum". Ayant eu de conséquents changements de line-up, nous avons mis le temps pour peaufiner ce troisième album. Intégrant donc des individus nouveaux et ayant un niveau supérieur aux musiciens précédemment affiliés à notre entité. Cela se ressent au niveau des partitions de batterie et du jeu de basse, qui ne se limite pas à suivre simplement le jeu de la guitare principale. Quant à l'ambiance inhérente à Antaeus, les titres nous sont propres, donc ils représentent fidèlement ce que nous sommes.

Avec cette réalisation, où Antaeus veut emmener l’auditeur ? Une telle violence et une noirceur si étouffante ne peuvent laisser indemne…
Ce type de considération n'est plus pris en compte par le groupe. Maintenant nous nous limitons à composer un album qui nous semble parfait dans l'optique où nous menons le groupe. Après plus de douze années, nous ne changerons jamais notre discours, nous évoluerons continuellement dans cette mise en "musique" de cette noirceur étouffante que tu décris. Quant aux impacts sur un éventuel auditeur, nous ne serons jamais amenés à en prendre connaissance.

Je trouve que les mains ensanglantées figurant sur la pochette du CD ont quelque chose de magnétique, comme une volonté d’attirer celui qui les regarde ; est-ce une impression voulue ? Autrement, ont-elles une signification particulière ?
Nous voulions une pochette figurative empreinte de symbolisme, tout en ayant une dynamique dans sa représentation. Le fait que les mains cherchent à atteindre un idéal, tout en étant souillées de sang implique une notion de sacrifice, de dévotion et de prise de position. Avoir une croyance Active et ne pas se limiter à une idéologie globale restant uniquement du domaine de l'imaginaire.

Comment résumerais-tu le concept de "satanik audio violence" ? Je pense qu’avec "Blood libels", il a été atteint ?
"Blood libels" reste le moins violent du triptyque, mais correspond totalement à notre concept de "satanik audio violence". Il n'est pas nécessaire de définir ce concept vu que son appellation résume à elle seule son contenu. "Cut your flesh and worship Satan" représente la version brute, chaotique & originelle, "De principii evangelikum" serait plutôt la version plus lourde, avec une trame de fond plus mystique, tandis que le dernier album serait la révélation, l'achèvement...

Que symbolise le sang pour toi ? Est-ce l’intermédiaire vers un autre niveau de connaissance, la clef d’un sacrement sans laquelle on ne peut progresser ?
Je ne cherche plus à converser sur ce type de sujet, mes propos auront été trop souvent déformés et je ne cherche pas à convertir qui que ce soit. Mon attrait pour le sang reste donc un sujet personnel sur lequel je ne m'étends pas mais il ne diminue pas avec les années.

Dans ton approche du satanisme, l’aspect rituel semble tenir une grande importance… Quel sens donnes-tu aux manifestations symboliques permettant d’avancer sur les voies de l’ombre ?
Ce type de rituel permet de marquer un tournant ou un changement de palier afin d'atteindre un but fixé auparavant. Comme tout processus d'évolution, il est nécessaire de mettre en pratique pour mieux cerner l'étendu du sujet, la confrontation est source de connaissance et a des répercussions sur la vie de tous les jours. Que cela soit lié au Satanisme ou dans le cadre du groupe, il est nécessaire d'aller de l'avant et de se donner les moyens de nos espérances. Trop d'individus se limitent à des paroles et ne mettent jamais en action ce qu'ils prêchent. Un exemple qui me vient en tête, ceux qui passent leur temps à critiquer et disent pouvoir faire "mieux" et n'auront jamais rien réalisé de leur vie... Ce type d'individu est usant.

Pour Antaeus, quelle révélation se dissimule au-delà de la chair et de la souffrance, élevant le rasoir au rang d’objet de culte ?
Le rasoir n'est qu'un outil comme un autre, le geste qui l'accompagne importe plus. La chair et la douleur sont des offrandes, quant aux révélations : elles différent selon le passif des individus. Ayant différentes approches de la douleur, des expériences, ce que je pourrais en ressentir pourrait incroyablement différé de ce que tu aurais comme conclusion pour la même action.

Est-ce que "l’EVILution" d’Antaeus, depuis 1994, peut être perçue tel un parcours spirituel développant et affirmant année après année ses croyances et sa vision du monde ?
Oui, c'est une évidence. Nous exposons notre vision et nous ne recherchons pas à "convaincre" qui que ce soit. Nous magnifions notre vision et la transformons au travers d'une pièce musicale symbolique.

En 2002 paraissait "De principii evangelikum", j’avoue ne pas être parvenu à rentrer dans l’album et je voulais justement savoir quels types d’émotions as-tu souhaité faire naître avec ce deuxième opus ?
Ce passage reste le moins mémorable pour ma part, autant les rapports avec le label l'ayant sorti, que la tournée l'ayant suivi ou même les différents problèmes lors de l'enregistrement/mixage... Je pense que si les parties batteries n'avaient pas été modifiées en dernière minute par l'ancien batteur, l'album aurait eu un rendu plus probant... Sinon j'ai déjà expliqué ci-dessus ce que nous voulions générer au travers de cet album.

Funeral Mist, Deathspell Omega, Katharsis… Le nom d’Antaeus est venu grossir l’antre de Norma Evangelium Diaboli (http://www.noevdia.com); peux-tu nous parler de tes relations de travail avec ce label hexagonal ?
NED symbolise la perfection à mes yeux, l'idéal - si l'on peut dire - pour un label du genre. Nous sommes un groupe "mineur" comparé aux autres formations au sein de ce label, mais nous aurons fait notre maximum pour fournir un album dans la lignée de ceux déjà affilié à NED. Le label nous aura soutenu plus qu'aucun à présent et le résultat s'en ressent, vu la qualité du vinyl/cd. Peu semblent réaliser le coût d'impression que cela représente pour un groupe comme le nôtre que d'avoir un digipack avec impression en vernis sélectif et sur papier calque. Nous ne vendons pas assez pour rentabiliser un tel luxe.

Quels souvenirs gardes-tu de l’European Tour 2006 en compagnie de Secrets Of The Moon ? Y a-t-il eu des évènements marquants durant ces dates ?
Un souvenir amer... Ayant eu à solliciter les services d'un nouveau batteur en dernière minute, nous n'avons pas pu restituer sur scène la violence du groupe... Nous aurions dû annuler cette tournée comme je le pensais. Mais LSK et Set semblaient confiant dans le possible déroulement des dates. Hors ce ne fut pas le cas, Antaeus n'était que l'ombre de ce qu'il aurait pu être. De plus, à part deux dates, la tournée dans sa globalité fut un échec. Pas à cause de l'affluence, vu que pour une tournée de ce type, nous avons eu entre 80 à 350 personnes par soir (80 étant le minimum, en Autriche près de Salzburg). Globalement, nous avons dû nous produire devant 4 à 5 personnes par soir en moyenne, la globalité du public venant pour Secrets Of The Moon. Seuls Paris et Padova (Italie) furent des concerts "violents" lors de nos sets. Au niveau des groupes avec lesquels nous aurons partagé l'affiche, je retiens forcément Watain à la date londonienne, ainsi que Kriegsmachine le même soir. Nous aurions dû jouer avec Darkspace en Autriche et Italie, mais ceux-ci n'ont pu être présents.
En tout cas, dès la date de Nuremberg, il était évident que nous n'aurions plus le désir de nous produire sur scène. Bien trop coûteux et je n'y vois plus aucun intérêt vu les conditions actuelles.
Si nous devions de nouveau faire un concert, cela aurait lieu en Grèce ou aux USA. L'accueil et les conditions y sont totalement différents pour nous.

Quels sont les projets d’Antaeus pour les mois à venir ? Je t’aurais bien demandé si quelques dates étaient prévues, mais je crois qu’il ne sera malheureusement plus question de voir le groupe brûler les planches…
En effet, pour le moment il est IMPOSSIBLE pour le groupe de se produire sur scène. N'ayant plus de batteur depuis l'enregistrement de
"Blood libels", plus de deuxième guitariste depuis la tournée avec SOTM... Si en plus on rajoute une quantité de problèmes personnels, pour le moment, Antaeus est en stand-by.

Les Sentinelles te remercient pour le temps que tu leur as accordé et te laissent le soin de clore cette interview…
Merci à toi pour la place accordée au sein des Sentinelles.
AMSG
MkM

 

              Gasp (mars 2007)