Interview Adamenth (année 2008)


La scène métal lyrique avec chant féminin en France se porte bien, merci pour elle ! A peine achevé le circuit chronique / interview avec Benighted Soul que celui d'Adamenth était en route… A qui le tour maintenant ? Nous en tout cas on est preneur ! Mais suffit le bavardage, découvrons cette formation originaire de Toulouse à laquelle on souhaite une franche ascension, leur EP magistral ne pouvant que tracer une voie vers la réussite !

Tout d'abord pouvez-vous nous faire un bref historique de l'aventure Adamenth ? Qui est responsable de sa naissance ? De qui se compose le groupe ?
Charlotte: Julien (batterie) et Olivier (guitare) se connaissaient de longue date et avaient déjà joué ensemble dans un groupe de rock sur Albi. Ils ont quitté le groupe pour plusieurs raisons, dont l'envie de monter un projet de métal symphonique. François (basse) s'est joint à l'équipe et ce "noyau" solide est resté intact depuis. Puis un premier claviériste (Yann) est arrivé et moi-même (Charlotte) quelques mois plus tard. Enfin, après un peu moins d'un an passé à composer ensemble, Yann a dû nous quitter pour des raisons professionnelles et Géo nous a rejoints début 2006.

Un second guitariste vous a rejoint récemment, qu'est-ce qui a motivé l'augmentation de votre puissance de feu ?
Ouais, bientôt la pyro ! En fait c'était à la base une idée un peu "comme ça" ; à partir du moment où on en a parlé, on s'est pas mis du jour au lendemain à chercher ardemment un deuxième guitariste. Alors évidemment, si on pouvait trouver le gars adéquat, ça donnerait plus de puissance en concert, et surtout plus de libertés musicales aussi… donc on trouvait le concept alléchant, sans pour autant se focaliser là-dessus. Un guitariste ou deux nous ont visités en l'espace d'un an, mais au résultat, sans aucune bonne surprise. Et puis on a fait la connaissance d'Anthony fin février dernier, à l'occasion d'un concert avec un de ses anciens groupes, Angelizer. C'était la folie ce soir-là. Il avait joué aussi plusieurs années dans un groupe d'extrême, Fornication. Même aux vues de son talent et de son expérience, nous n'étions pas encore certains de vouloir un sixième membre. Il nous a fallu quelques semaines pour prendre véritablement une décision, mais on n'est pas déçu : musicalement, il a su cerner l'esprit d'Adamenth et depuis quelques répets on avance à grands pas en travaillant à six, sans problème… Et côté complicité humaine, le courant passe très bien, alors il n'y a que du positif. Vivement que l'on mette tout ça à profit en concert !

Comment se déroule le processus de création au sein d'Adamenth ? Vous vous enfermez tous dans une pièce en attendant que les idées sortent ? Chacun amène ses idées et vous voyez si elles s'accordent ?
Ah, la scène à huis clos se rapproche pas mal de la réalité ! En gros c'est un peu une combinaison des méthodes que tu cites.
On part d'un morceau entier de l'un d'entre nous ; jusqu'à présent c'était surtout des riffs d'Olivier, mais depuis quelques temps chacun de nous a su prendre ce rôle aussi. A partir de là, on fait le tri, puis on pense le morceau petit à petit… en groupe, car on ne fait jamais membre à part une fois qu'on tient une certaine unité ; on prend ce qu'il y a à garder dans la compo d'origine et on jette le reste ou on le modifie, enfin chacun amène ses idées et pose ses parties, le plus souvent au cours de la répet. On va bientôt travailler sur un morceau de Géo, calme et mélodique, mais il a d'autres morceaux en préparation qui sont quant à eux plus tranchants et orchestraux. François sait amener du groove et a beaucoup de subtilité dans son jeu de basse, il est souvent là où on l'attend le moins. Pour ma part je compose surtout des morceaux piano/chant, mais
"Forest of thoughts" par exemple était à l'origine un morceau long avec tout le monde, morceau qu'on a remis à plus tard ; en attendant on a décidé d'en faire une ballade avec Géo en enlevant certaines parties et en recomposant d'autres : c'est lui qui a fait "l'arrangement" (toutes les parties piano, en conservant les harmonies). Le morceau en cours de composition part même d'une partie batterie et d'idées de la nouvelle recrue !

Le groupe existe depuis 2004, pourquoi avoir attendu quatre ans avant de sortir votre premier EP ? Le temps de laisser mûrir vos idées ?
Il est clair que le groupe ne s'est pas formé en un jour (ni un mois, ni un an!). On peut dire qu'Adamenth existe "officiellement" depuis l'arrivée de Géo, même si on était là avant, ce n'était pas vraiment "mûr" ni très en place.
En 2006 on a commencé à faire beaucoup plus de concerts, à s'investir plus et à avancer plus vite de façon générale. L'histoire de l'EP, c'est qu'on a fait un premier enregistrement dans un home studio cette année-là et que le résultat du mixage ne nous a vraiment pas plu, donc il a fallu attendre encore plusieurs mois avant d'y songer de nouveau, faute de temps et de moyens. C'est Stéphane Leclercq (ami commun du groupe) qui faisait des études en son, qui nous a présentés à Cyril, le responsable des studios Produc'Son à Toulouse. Stef nous avait déjà fait de bons enregistrements live, on lui a fait entièrement confiance pour le coup. Cette fois tout s'est très bien passé, même si on aurait aimé avoir plus de temps pour les prises, Cyril a été très patient et d'un accueil chaleureux. C'est agréable de travailler avec lui, et puis les lieux (en cours d'agrandissement !) et le matériel sont convaincants. Ils étaient tous les deux à la console pour la prise de son et Stef a réalisé le mix et le mastering. Au final cet enregistrement laisse présager de nouvelles collaborations avec eux !

Parlons justement de cet EP tout frais, que pouvez-vous nous en dire, que renferme-t-il ?
Rapide tour d'horizon… Il y a sur ce CD des compos créées à différentes périodes, mais on a essayé de donner une sorte de continuité à l'œuvre pour l'auditeur.
"Mad scene" est un morceau assez "rentre-dedans", ça démarre vite et on plonge rapidement dans l'atmosphère puisqu'il y a dans ce premier titre à peu près tous les éléments qui font l'identité d'Adamenth. "Beloved demon" est au contraire plus complexe, plus sombre et torturé, avec de nombreux changements de tempo. Puis vient "Forest of thoughts", plus intime, uniquement piano/chant. "Escape" est probablement le morceau le plus progressif, avec des couleurs orientales et futuristes. Enfin "Weak hope", un de nos plus anciens morceaux, plutôt mélodique et planant, mais avec une partie centrale beaucoup plus sombre.

Quel imaginaire est lié à Adamenth, quel univers visite votre musique et vos textes ?
On avait passé toute une matinée une fois avec une intervenante proche, à recenser des mots, des images et des concepts que chacun d'entre nous rapprochait de la musique du groupe. Il en est globalement ressorti une identité contrastée, oscillant entre brutalité et douceur, efficacité d'un côté et beauté onirique de l'autre, mélange qui s'obtient par l'utilisation des guitares de manière tantôt tranchante tantôt mélodique, et grâce aux orchestrations qui peuvent se faire plus ou moins riches et présentes, aux différentes voix, etc. On peut entrevoir des paysages aux couleurs changeantes, même si la musique du groupe reste strictement identifiable d'un morceau à l'autre.
Quant aux paroles, je les écris une fois que la musique est terminée, quand j'en viens à réfléchir sur l'articulation de mon chant pour le morceau. Selon ce que les sons et l'ambiance m'évoquent, je définis spontanément un thème et pense aux rimes et syllabes qui conviennent. Ces textes tournent autour d'une réflexion spécifique que je construis avec la musique. Ils parlent tour à tour du monde tel qu'il est et tel que je le conçois, de l'écho des expériences sur la vie des gens, des échanges et de toutes sortes de luttes, il m'arrive aussi d'écrire sur un sentiment bien précis ou d'intercaler des détails personnels. Ce que j'estime le plus important et qui est inhérent à cette musique, c'est d'être à la fois conscient, réaliste, et de continuer à rêver ; aujourd'hui les gens ne vont plus assez au fond des choses, que ce soit face à autrui, à l'art, ou seulement face aux choses de la nature…Cette impassibilité a tendance à rendre les gens complètement matérialistes et tarés.

Inévitablement la cover (très réussie) interpelle, elle soulève des questions, que représente-t-elle ?
Géo: Tout est parti du logo, que je voulais à la fois riche et lisible, et pour lequel j'ai eu l'idée de cet orbe enveloppé de feuilles noires. Mais je n'avais pas encore d'idée précise pour la cover. Stef (encore lui !) m'a alors conseillé de baser la globalité des visuels sur ce motif-là. J'ai donc réfléchi à tout ce que m'inspiraient cette forme et ces couleurs, en restant dans ce qui me semblait être l'esprit du groupe. Ce qui est amusant c'est que chacun voit quelque chose de différent dans cet orbe : certains y voient l' "éclosion" du groupe, d'autres une fleur, d'autres un œuf… Pour l'intérieur du livret, je suis resté dans cette idée, mais en pensant davantage à ce que m'inspirait "Forest of thoughts".

Vos influences semblent avoir été plutôt bien digérées, même si la filiation avec des groupes connus de métal lyrique est évidente, mais justement parlez nous de ceux qui vous ont fait dire : "Un jour quand je serai grand, je serai dans un groupe de rock" !
C'est là je pense une des grandes forces du groupe, à savoir que l'on a des influences extrêmement diverses. Les groupes qui ont inspiré notre motivation sont différents pour chacun d'entre nous, et vont de légendes comme les Guns ou Metallica, à des styles plus proches du nôtre, que ce soit dans le sympho (Nightwish, Epica…) ou dans l'extrême (Dimmu Borgir, Arch Enemy…), et d'autres plus éloignés tels que Muse ou Porcupine Tree. Enfin Charlotte et moi sommes aussi très influencés par des compositeurs de la période romantique et post-romantique, comme Chopin, Rachmaninov ou encore Debussy et R.Strauss.

Vous semblez avoir une certaine aisance sur scène, pour preuve vos finales du tremplin Emergenza et du Rock'N'Tarn en 2007, que représentent pour vous de jouer vos morceaux face au public ?
La scène, c'est un partage unique, on essaie d'y prendre notre pied autant que de séduire le public. De plus cet EP est pour l'instant notre seul enregistrement, donc les concerts nous permettent de présenter toutes nos autres compos. On veut faire passer un maximum d'énergie et d'émotions sans pour autant les dénaturer, on évite de trop changer d'esprit. Le concert est l'un de nos plus grands plaisirs en tant que groupe, et comme on doit toujours progresser, on ne s'en prive pas, dès qu'une occasion se présente…on fonce !

Le futur d'Adamenth, de quoi sera-t-il fait ? Des concerts ? La gestation d'un album ?
On cherche un label ! On va envoyer des CDs un peu partout. Cet été 2008 sera plutôt consacré à la compo, mais on est ouvert à toute proposition de date. Pour la rentrée, le programme est clair : concerts, concerts et encore concerts ! Le site du groupe est également en cours de création. Et pour l'album, je pense qu'on commencera à se pencher dessus sérieusement à partir de 2009 !

Les Sentinelles vous remercient de leur avoir accordé cette interview et vous laissent le soin de conclure ou/et d'y ajouter tout élément qui serait involontairement resté dans l'ombre...
Merci à vous pour votre attention, ainsi qu'à toutes les personnes qui nous ont aidés et soutenus jusque-là. On invite tout le monde à se rendre sur notre Myspace, où vous pourrez écouter des extraits de l'EP, et vous tenir au courant de l'actualité du groupe. En espérant vous voir aux concerts !


                         Brown Jenkin (juin 2008)