Ildfrost - Natanael

ILDFROST
Natanael
Cold Meat Industry, 1997

 

 

Deuxième album de l’entité énigmatique nommée Ildfrost, «Natanael» se présente comme une réalisation ambitieuse, symphonie méditative empreinte de solennité. Œuvre néoclassique mêlant gravité, profondeur et poésie, les quatorze titres qui la composent peuvent évoquer une sobre représentation théâtrale où une succession de paysages grandioses viendrait appuyer une musique prenante. Une voix masculine déclame sans affectation sur des textes d’auteurs classiques tels Guillaume Apollinaire, Samuel Beckett ou Oscar Wilde alors que les atmosphères, étendues sur la ligne d’un froid crépuscule, se meuvent parfois telles des masses nuageuses afin d’assombrir notre vision ou d’alourdir notre âme sous l’ombre pesante d’un climat austère. Parfum éthéré frôlant les rivages de la mélancolie sans jamais vraiment l’aborder, les cordes partagent la scène avec des sonorités plus cuivrées, quelques percussions aussi, ainsi qu’une timide efflorescence de caresses cristallines et de cloches glaciales. On pourrait reprocher à ce bel objet de ne malheureusement pas toujours éviter les longueurs, mais vous vous apercevrez que plusieurs écoutes sont nécessaires pour bien apprécier les richesses et nuances d’un opus majestueux offrant des surprises, à l’image des vocaux écorchés d’ «Alcides», le troisième titre. Partition étrange, magique, passant entre les hommes sans les regarder, peu soucieuse d’être ou non comprise et disparaissant dans la contemplation d’une peinture préraphaélite. Du grand dark orchestral greffé sur une texture ambiante, fantomatique, guidant nos pas entre les vestiges d’une antique philosophie régénératrice…

       Gasp