Chronique FRENCH COLLABORATION : Volume 1

FRENCH COLLABORATION : Volume I
La Caverne du Dragon, 2009
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Nouvelle compilation pour le Netlabel La Caverne du Dragon après les deux Volumes dédiés aux soldats de la Première Guerre mondiale; ainsi "French Collaboration" (dont la conception revient à Julien de Front Sonore), à l'instar des précédentes, s'articule en deux parties et nous invite à guetter un horizon d'où émergera une suite à ce premier volet.
Comme pour saluer le changement de saison, tout proche en ce début du mois de septembre, c'est "Chanson d'Automne" de Sinweldi (voir l'album "Is Europe Dying ?") qui ouvre les hostilités sur les rumeurs d'une dark folk amère dont les teintes froides sont rehaussées par quelques samples et des sonorités électroniques.
  "Forget the Bunkers" nous dit le très bon morceau finement ciselé par Storm Of Capricorn, une dominante dark wave aux colorations symphoniques sur les deux premières minutes, cela avant un virage lourd et martial qui nous tient en haleine, un peu comme si Laibach croisait la route de Sanctum.
Registre complètement différent avec cette formation à part qu'est Barbarossa Umtrunk, état suspendu des régions visionnaires en ambient occultiste lancinant qui s'abîme en quelque rêve trouble sur les notes d'un piano; extrait d'un discours surgi d'une poussiéreuse tranchée en vinyle, "Savez-vous quelle sera votre lutte ?...", observez bien les arcanes de "Regnum Sanctum", elles détiennent assurément la réponse.
La personnalité de Life's Decay assume un romantisme noir de bon goût, et ce n'est pas "Valensky", bien au contraire, qui remettra cela en question, une composition qui nous capture dans les rets d'une sensualité se jouant des ombres d'une fin de journée, le chant d'Alea caressant le piano de ces rues en détrempe de pluie; percussions et modulations néoclassiques en cordes graves et mode mineur sur une mélodie frémissante enfantée par un duo dont je vous invite à découvrir les réalisations si ce n'est déjà fait.
"Le Songe d'Antan"
de Jörvallr s'habille de lumière; majesté et charisme pour un moment martial et orchestral aux intonations épiques, morceau qui devrait vous donner des frissons tout en vous titillant d'impatience quant à la parution d'un premier album du projet de Nicolas F.
Immersion au ralenti au coeur d'un méandre d'angoisses rampantes, celui de Nebel avec "Warsaw", musique écrite en sueurs froides sur profondeur d'échos mourants; dark ambient habilement dirigé dont le suspens discret renchérit sur l'aptitude de notre architecture nerveuse à s'adapter aux vents délétères qui la sillonnent...
Le Dédale des Maudits
est à ranger au côté de ces jeunes artistes dont on attend une oeuvre au long-cours. "Mimesis" est une pièce martiale et symphonique racée, menée davantage sur un versant lyrique et romantique que résolument "guerrier", talentueuse manifestation en provenance d'un labyrinthe dont les mélopées maudites, j'espère, ne tarderont pas à se faire entendre.
Avec Sombre Espoir, le sol va se dérober sous vos pieds, un cancer va paralyser vos connexions cérébrales, vous serez figés et piégés dans l'orbite carnassière d'un vieux discours de fièvre noire révolutionnaire; hypnose maladive d'ombres furieuses se découpant sur le matériau sinistre d'un dark ambient malsain rejoint par des percussions massives et d'autres samples (explosions, canardages, sirènes...), la montée du chaos et les poisons de la destruction que l'on boit dans la coupe de notre propre zone d'obscurité, "Une Véritable Horreur (Delirium Mortem)" en constitue la lie éprouvante et savoureuse.
La ferveur martiale de "Martyrium", dont la texture froide s'orne d'un grain electro-industriel, est toute en pointes sèches, roulements de tambour en baguettes coupantes dont la capacité à vouloir nous perforer les tympans fait de Militia Dei une arme acérée avec ce titre efficace et accrocheur.
Autodafe
dévoile quant à lui une machinerie qui essaierait son mécanisme à jouer une marche pachydermique, rendu plutôt robotique et lourd d'une foule aveugle et lobotomisée, divers bruits plus ou moins indéfinissables (bouts de ferraille qui s'entrechoquent par exemple) venant se greffer à cet "acte de foi" intéressant qui, malgré sa structure répétitive, n'est absolument pas ennuyeux.
Front Sonore
proclame "Notre Victoire" et achève cette première partie avec le savoir-faire qu'on lui connaît : chant militaire, ambiance oppressante et belliqueuse, en somme le point de jonction idéal vers les tourments du second abattoir !

Après "Warsaw", Nebel revient, entamant ainsi la deuxième salve d'artillerie de "French Collaboration". Nebel, c'est la créature de Lionel F. qui visite depuis quelques années maintenant la masse apeurée des mortels (voir "Les Ames Grises", dernier opus en date [Août 2009]). D'ailleurs, "Vieux Continent", c'est bien ce sentiment de peur qui s'infiltre en nous insidieusement, lente matérialisation de la terreur, empreinte obnubilante transformant la conscience en un hall désertique que déchirent de furtives apparitions cauchemardesques...
Frère de sang de Storm Of Capricorn, Neon Rain est l'autre principal projet de Serge Usson, celui-ci offrant une expression beaucoup plus dure et radicale; la rage scandée de "By the Hands Of (edit version)" devrait vous marteler la boîte crânienne pendant quelque temps, de l'indus énervé et salvateur qui rivera votre clou et mettra tout le monde d'accord !
Morakott Teror Kihrupagganoize
, en voilà un drôle de nom, curieux et abrupt, difficile comme "Ein Frankreich", la compo' concoctée par une entité qui ne nous veut pas du bien; samples en dégénérescence sous l'acide d'une gueule béante de démence et de furie, agression harsch noise et climat aliénant pour cette morsure qui vous crâmera bien plusieurs couches de neurones.
Après, ce sont deux morceaux à la suite de Kalte Container ("Part 4 & 5"), la confidentielle émanation qui précéda Nebel; échantillons "made in Germany" des années 30 et bruitages indus tout en ondes fluctuantes et brouillées, voilà pour l'essentiel, une facture "old-school" qui préparait le terrain au Brouillard glacial qui saura s'imposer avec force !
Front Sonore
, que l'on ne présente plus, développe son "Old World (Long Version)" en bande minimaliste, mouchetée et sale, superposition de divers documents d'époque (chanson de cabaret contre bombardements et explosions), une ambiance à découper dans l'épaisseur des fumées asphyxiantes qui se nourrissent des cités écroulées et des corps brisés.
Avec Das SM Reich, le sample dérangeant se veut fétichiste, on imagine le coup de fouet et l'uniforme, mais bon, à part ça, "Toten Torture Kompanie" n'offre rien de vraiment stimulant; coller des sons entre eux est une chose, construire une atmosphère en est une autre !
Seconde participation pour Autodafe, si "Vers la Mort" est lui aussi principalement bâti à partir de samples, une ambiance de terreur muette parvient néanmoins à s'imposer; train qui démarre, porte de wagon, discours empli de hargne... Le plomb tombe dans la mare de sang et nous coulons avec lui !
Stielhandgranate
n'est certes pas non plus le dernier à fouiller dans les coffres des banques sonores, il le fait cependant ici avec une dynamique "visuelle" qui n'est pas désagréable; "Total Krieg (Kampf verzionne)", truffé de bombes et de grenades, ne laisse pas grand-chose derrière son passage, si ce n'est un petit goût piquant de "revenez-y".
Quand on sait que Effets Secondaires est un side-project de Barbarossa Umtrunk, on dresse l'oreille et on écoute attentivement ! Eux aussi emploient de nombreux documents audio, mais ils le font comme si ces échantillons étaient des mantras, lesquels sont mis en valeur par un phrasé musical d'inspiration ésotérique qui dessinent sous nos yeux d'énigmatiques dessins (desseins ?), ainsi l'envoûtante boucle symphonique de "La Légion des Damnés", dont les fantômes n'ont pas fini de hanter vos esprits.
Nouvelle intrusion sur les craquelures radioactives de Nebel avec "Tollwut", dark ambient pétri d'humeurs corrompues et dangereuses, une pression constante qui tisse autour de nous les fils d'une toile de plus en plus dense...
Finissons avec General Drummer (alias Ardleg) et son "Neorder" : mécanisme de pistons pour le bon fonctionnement d'une paire de poumons en amiante, pulsations industrielles s'échappant en fumées qui vous cancérisent la gorge, et toujours la même phrase qui revient, toujours dite par l'indéfectible androïde usé et oublié par cette autre machine qu'est l'homme, laquelle se croit tellement libre...
"French Collaboration"
est une double compilation qui prouve une fois encore que le paysage underground français se porte bien, de mieux en mieux même, vous pouvez donc foncer sans hésiter dans La Caverne du Dragon où vous attend ce grand rassemblement de talents !

      Gasp