Neonrain - We are Meat / The Vultures

NEONRAIN
We are Meat / The Vultures

Stellwork Maschine, 2008

 

 

Faut-il abandonner toute espérance aux portes de ce double album ? Antichambre d'un abattoir labyrinthique où des machines aliénantes asservissent la chair et l'esprit, cette œuvre pourrait bien devenir l'un de vos pires cauchemars. Neonrain est le projet de Serge Usson, lequel est également connu pour les belles pages de Storm Of Capricorn ainsi que pour s'occuper, au côté de Christophe Galès (Westwind) du label brestois Steelwork Maschine. Le premier disque ("We are Meat") débute par de sourdes vibrations rejointes par des samples vocaux de plus en plus envahissants ; de ces bruits enfantés par une mécanique aveugle s'élève un chant mélodieux entonnant toujours la même prière, boucles contre rouages dans la gueule d'une mâchoire carnassière hypnotique ! Dark industriel étouffant et déstabilisant, on passe d'une voix détachant ses mots sur un mode quasi martial à ces lames de fréquences maladives brouillant nos ondes cérébrales. Une guitare électrique saturée, miasmes acides sur notre appareil psychique métastasé, échos avalés par les entrailles d'une bête de métal qui se désagrégera et explosera sur un ultime segment harsch industriel éprouvant et douloureux (voisin d'un Brighter Death Now en colère) dont les déchirements aigus refermeront dans l'excès "We are Meat".

Le second CD ("The Vultures") poursuit l'obscur voyage en s'ouvrant sur un ton davantage orienté vers un dark ambient peuplé d'émanations vocales rituelles ("Not one inch (prelude)"). Si "We are apart" renoue avec des sonorités plus dures, "Not one inch" peut surprendre de par son "anatomie" pop-synthétique chantée qui néanmoins installerait son dancefloor en plein cœur d'une morgue désaffectée… "By the hands of" me fait un peu penser à un Der Blutharsch qui se frotterait à des architectures martiales plus agressives et "noise", même impression pour "We are the Words" qui démarre sur des constructions abrasives menaçantes. "Face the wall / Hur tour fists" brise une fenêtre crasseuse, autre lueur blafarde électronique-pop qui rampe dans la poussière en dansant son désespoir… "Erase" revient vers l'indus bruitiste / fréquence obsédante, pesanteurs angoissantes bien construites, prologue au chaos pour une transition vers le requiem de "No man's land", composition refermant en beauté le cercueil de plomb d'un diptyque indispensable !

Viande et vautours, victimes et bourreaux… Voici un double opus synonyme de réussite, une réalisation prenante et difficile à faire vôtre absolument avant le cataclysme final !

      Gasp