J Orphic / Jörvallr - Propaganda '900

J ORPHIC / JÖRVALLR
Propaganda '900

SkullLine Records, 2009

 

 

"Propaganda '900" propose deux styles d'écriture pour un même récit où se fondent, se découpent et s'entremêlent les paysages tourmentés d'une Europe en guerre. C'est d'ailleurs par des bombardements et des tirs d'artillerie que débute "Intro for the Glory"; né en 2005 à Milan, J Orphic est mené par Marco De Marco, et si vous connaissez l'album "Sulla Terra", vous n'hésiterez pas un seul instant à vous plonger dans les cinq compositions du musicien transalpin. D'une percussion ritual-folk célébrant l'émergence d'une texture symphonique et cuivrée, on passe sur "Battaglia di Tripoli (Parole in Libertà)" à un ton plus tragique et pesant; lente marche néoclassique et martiale mise en valeur par ces spoken words féminins (en italien) qui semblent être la voix d'anciens souvenirs, de vieilles photos en noir et blanc dont le grain éprouvé n'a pas réussi à altérer la détresse des regards. Sur une toile de fond vaguement onirique, relevant d'une atmosphère détachée qui pourrait illustrer la sensibilité picturale d'un Tor Lundvall ("Evening (After the Battle)"), des notes de piano nostalgiques et poignantes tombent comme une première neige, page dense et intime précédant cette trompette qui fend l'air glacé en mémoire à ceux dont les noms sont inscrits sur ces frêles croix ("Fallen of the Great Cabinet"). Une menace criblant l'horizon obscurci, ce sample vocal (en français cette fois) qui hante les champs brûlés et les corps sans vie, puis le très bon "Stalingrad", avec à nouveau la présence d'une voix de femme, expressive dans ce théâtre de l'Ombre, modelant de tout son être une énergie prenante sur ces orchestrations à pimenter votre chair de frissons !

Passons maintenant à la partie consacrée à Jörvallr, fruit des travaux prometteurs de Nicolas F., ce projet originaire des vieilles terres de France résonne lui aussi, tout comme J Orphic dans un genre différent, d'une âme forte et profonde, en témoigne "Shadows of the Past", préambule symphonique au maintien fier qui ne cherche cependant pas à dissimuler le poids d'une blessure qu'il a appris à côtoyer sans jamais baisser les armes ! "On the eve of our Destiny" en est le prolongement sur un versant néofolk teinté de percussions martiales; chanté en anglais et bien construit, à la fois acoustique et orchestral, son jour pâle coud un fil ténu de lumière, un peu d'espérance peut-être avant "And the sky darkens...", nuée chargée de mauvais présages dont la "carnation" néoclassique touche à une certaine mélancolie. "We shall fight" me fait un peu penser à Rome; une trompette sur les lointains, son tempo "marche en guerre" étouffé intégré à une tonalité que pointe le doigt du destin, la manière d'aborder le chant (conférant à ce morceau une touche néofolk), bref une composition rejoignant les passages les plus attachants de ce split précédant "L'adieu du malgré-nous", humeur triste d'un piano et quelques percus' achevant ce "Propaganda '900" tout en nuances que je vous recommande chaudement.

       Gasp