Der Blutharsch - Fire Danger Season

DER BLUTHARSCH
Fire Danger Season

WKN / Tesco, 2002

 

 

Les heures d'écoute que renferme cet étui en cuir sont réparties sur quatre CD : un disque de morceaux parus sur diverses compilations entre 1997 et 2002, un six titres d'un peu plus de 19 minutes et deux CD de remix. Commençons, si vous le voulez bien, par parler du premier objet. Tout d'abord, on oublie vite que ce n'est pas un album, tant la succession paraît suivre une ligne directrice traversant avec brio la palette d'atmosphères propres à Der Blutharsch. Une musique martiale bien sûr, parfois même assez enlevée (titre 4) ou un brin déjantée (titre 6), mais surtout envoûtante, presque sensuelle comme sur la septième piste, jonchée de roses empoisonnées dont le parfum envahit doucement notre esprit. Si Albin Julius imprime toujours des traces menaçantes torturées de samples sur une terre gelée, les sombres rêveries auxquelles il nous invite décochent de belles flèches dans le cœur de nos émotions, mais n'en est-il pas ainsi sur chacune de ses réalisations ? Ce choix qu'il nous propose rend sans doute cela plus immédiat, je n'en sais rien en fait, une chose est certaine, tout fan de l'artiste autrichien y trouvera son compte et en redemandera ; une réussite parfaite s'achevant sur un morceau bruitiste précédé d'une chanson populaire italienne aux accents patriotiques glanée entre les microsillons d'un vieux vinyle poussiéreux…

Le CD de courte durée (six morceaux "previously unreleased") dont la forme est celle de la fameuse croix de fer bordée de feuilles de chêne, articule la silhouette du guerrier sur deux versants : l'un plus froid et symphonique avec des chœurs, l'autre plus rythmé où l'on chante dans une ambiance presque "détendue". Bref ! Que du bon !

Passons maintenant aux disques de remix, totalisant à eux deux 21 titres, qui n'auront pas fini de vous surprendre et d'accaparer vos enceintes… Vous l'avez compris, de très bonnes reprises de Der Blutharsch figurent sur ces enregistrements. S'il n'est pas toujours évident de reconnaître l'étoffe originale, les dessins qui épousent sa forme en l'illustrant de leur propre grain finissent par ne plus nous interroger sur leur matériau de base ; on se laisse emporter, tout simplement.

Débutons avec les français de Tribe Of Circle, lesquels entament la marche avec un beau "Lili Marlène" s'acheminant vers un mur d'austérité plutôt efficace. Ensuite, Sophia nous étourdit littéralement avec un titre grandiose qui laisse imaginer ce qu'aurait pu donner une collaboration entre Albin Julius et Peter Bjärgö… Bearer Of The Inmost Sun se montre convaincant avec son chant "habité" et prenant ; Scivias tend encore l'atmosphère en développant une sorte de rituel mêlant voix et percussions, puissant sous l'épiderme de son timbre retenu qui ménage une transition vers la guitare et les chœurs de Graumahd. Ensuite, c'est la chape de plomb qui tombe : l'industriel sombre et oppressant de ConDom se montre sans concession, vite rejoint par un Deutsch Nepal qui enfle en une rythmique hypnotique que blesse une voix électrifiée. Plus intéressant, Mushroom's Patience est à la fois planant et profond, nous laissant filer vers le fabuleux corps transcendant et délicieusement rugueux de Pal. His Divine Grace aurait pu terminer autrement que sur de l'electro dancefloor, cassant complètement le charme auquel on s'était habitué depuis le début, dommage…

L'autre disque embarque au crépuscule d'Hybryds, vocaux observant le vol du désespoir, long voyage jusqu'aux glaces d'Apoptose, regard noir et sévère avant le ton moins introverti d'I-C-K, tout en rythmique tendue. Cheminement sinueux de la roulotte Novy Svet, les instruments saltimbanques semblent déambuler au ralenti sous l'œil halluciné d'une dark folk lunaire précédant l'excellent morceau de Decadence (sans doute l'un des meilleurs du support) dont la superbe voix féminine jouera d'archet sur vos cordes intimes de la mélancolie… A la leur des torches, Dernière Volonté nous remet sur la voie de la lutte et de la fierté ; tempo martial et chant volontaire de Geoffroy D. secouent l'auditeur, raffermissent sa foi vacillante.

:Of The Wand And The Moon: tire son épingle du jeu sans grande originalité, la folk de Kim Larsen se vêt néanmoins avec élégance de la bannière de guerre autrichienne. Juste après Douglas P. ouvre sa guitare et libère une mélodie attachante, mais pouvait-il en être autrement de la part de Death In June ? Bon, fini la rêverie ! :Wumpscut: débarque et déroule un barbelé electro indus d'une qualité très moyenne ; ce n'est pas mauvais mais cela aurait pu être dix fois mieux et surtout plus inspiré. L'industriel bruitiste aux vocaux agressifs de Mental Destruction, sans surprendre, se laisse écouter et c'est les oreilles saignantes que nous montons la dernière marche : C.O.Caspar.Osp détient la palme de l'étrange et de l'obscur ; cet ambient indus tire le mot "fin" sous notre nez puis quitte tranquillement la scène…

En guise de conclusion, je dirais simplement que "Fire Danger Season" n'est pas une pièce discographique supplémentaire plus ou moins digne d'intérêt. Toutes les sensibilités et les talents qu'il renferme, aussi bien en termes de remix que d'originaux, en fait un objet à posséder absolument. Ainsi soit-il !

      Gasp