Babylone Chaos / HIV+ / Mourmansk 150 - Univers carcéral

BABYLONE CHAOS / H.I.V.+ / MOURMANSK 150
Univers carcéral

Divine Comedy, 2005

 

 

Projet ambitieux que ce double album accompagné d'un recueil de photographies (livret de 24 pages, format 21x21)… pour un résultat à la hauteur de l'objectif fixé. Fabrice Billard (le boss du label), le définit ainsi : "Cette œuvre conjointe a pour but de mettre en relief la plasticité de la violence urbaine, les ghettos qui par extension conduisent aux prisons, ces univers déjà carcéraux dans lesquels naît et grandit une partie de la population étrangère* et surtout de montrer la face cachée et obscure de nos grandes villes.". Nul doute que les clichés présentés ici reflètent le propos, la musique appuyant encore davantage celui-ci.

Le premier CD est un split où se succèdent des compositions de H.I.V.+ et Mourmansk 150. Le pari de l'alternance était risqué, d'autant que les différences sont nettement sensibles entre les formations, mais le mariage des deux est parfait ; Mourmansk 150 impose un indus extrême tirant plutôt vers l'ambient, H.I.V.+ propose des titres plus enlevés, sans tomber cependant dans des rythmiques bruitistes et technoïdes simplistes, ce que l'on pouvait craindre de Pedro Peñas y Robles. La fusion s'opère donc sans le moindre grippage au cœur de la machine et nous entraîne dans son cauchemar.
Le second CD renferme le deuxième album, (le premier pour ceux qui ne prendraient pas en compte les autoproductions), de Babylone Chaos. Que dire de cet opus ? Il détient toutes les qualités déjà présentes dans les autres réalisations, conduites de main de maître par Botchan Karisen, un indus flamboyant et multiforme, sombre et lumineux, mêlant l'agressif et le subtil en un juste dosage. Babylone Chaos confirme tout le bien que l'on se doit de penser de lui. Rien à laisser ici, même "Chemical noise", seul morceau qui m'avait déplut sur l'EP "Disloquer", est ici parfaitement revisité par H.I.V.+.
"Univers carcéral"
, dans l'image comme dans le son, nous lance au visage un présent sinistre… et si rien n'est fait, le cancer qui nous ronge laisse envisager un futur où la réalité portera le masque de la mort ; une lente agonie, civilisation en déliquescence ayant abdiqué toute velléité d'humanité. Une vue cauchemardesque, lucide, pour un monde sans issue, qu'un poète visionnaire, Emile Verhaeren, avait pressenti dès 1895 dans "Les villes tentaculaires" : "Tragique et noire et légendaire, les pieds gluants, les gestes fous, la mort balaie en un grand trou la ville entière au cimetière."

*Pas qu'étrangère d'ailleurs, du moins en beaucoup d'autres villes (Remarque du chroniqueur).

      Brown Jenkin