Asmorod - Hysope

ASMOROD
Hysope
Steinklang Industries, 2006

 

Tel un profane arpentant les sombres couloirs d’un étrange sanctuaire, votre serviteur visite les paysages d’Asmorod avec l’intime conviction que sa raison ne pourrait soutenir la vue des nombreuses entités qu’il frôle dans les ténèbres. Un cauchemar Lovecraftien ? Peut-être. Dès les premières secondes de "The third secret", le titre d’ouverture, les rivages inquiétants et mystérieux que recèle "Hysope" délivrent leur magnétisme. Accueillis par des chœurs fantomatiques qui passent au-dessus des landes de l’éternité en une glaciale procession, nos sens vont toucher l’expression mystique de quelque secret, comme semble le faire la mélodie spatiale entamant "Forbidden daughter of God". Les nappes sourdes de "Unborn" franchissent le cap de l’infini en noircissant l’horizon ; l’alphabet hermétique de l’œuvre disloque ses mots interdits en soupirs angoissants, lesquels habitent le climat oppressant de "Dark-heart procession" où des sons de clochettes croisent l’écho pesant des temples oubliés. A nouveau, les chœurs spectraux en arpèges de frissons mordent notre chair sur "Angel of silent heaven", essaient de transmettre un message sans parvenir à se faire comprendre… "Hysope" est un labyrinthe taillé dans la roche, faiblement éclairé par de maigres flambeaux, où de temps à autre on peut entendre l’eau s’écouler, élément indissociable accompagnant la voix des morts et la rumeur des vents parcourant les artères innombrables de ce lieu possédé et magique. Une intime symphonie nocturne s’élève au bord des vagues sur "Enlightening fire", les chants féminins déroulant leur écharpe boréale en soutiennent merveilleusement l’élégante partition. Le dark ambient de cet album a été écrit avec un rameau d’hysope trempé dans les profondeurs de la nuit, là où les âmes errantes fredonnent les envoûtements des mondes cachés… A vous maintenant de pousser la porte déjà entrouverte.

     Gasp