Allerseelen - Venezia

ALLERSEELEN
Venezia

Aorta, 2001

 

 

Magique et mystérieux, comme le voyage effectué par Kadmon au printemps 2000 à Venise et qui inspira cette musica marittima inclassable. Une froide insouciance se reflète dans les images s’étirant à la surface de la lagune, "Dolce vita" entame le divertissement baroque auquel nous invite Allerseelen, c’est-à-dire une balade riche et multiple accouplée à des structures répétitives. Un rêve étrange libérant des climats envoûtants et sensuels, un sens mélodique finement senti ("Tanzt die Orange", "Musa", "Bist du die nacht",…) et un éventail d’atmosphères qui me font par moments penser à du Fellini, période années 60, qui croiserait l’univers musical de Kadmon. Electronique, guitare acoustique, expérimentations diverses, petite touche "cabaret jazz" sur les ombres discrètes de "Cuore avventuroso", electro au tempo assez marqué sur "Venedig" ou plus "ouverte" et chaude sur "Horusknaben", titre inspiré par "On Wings of Rapture" d’Hagalaz’ Runedance (qui figure sur "Volven") ; bref un objet à considérer sous ses angles variés que des voix feutrées hantent. "Riflessioni" et sa boucle symphonique nous détachent toujours plus du réel, il est vrai que nous sommes là sur les derniers chemins de l’album et que ses vapeurs entêtantes redoublent leurs effets ; des paroles qui, quand elles ne sont pas écrites par maître Kadmon, sont signées Ezra Pound, Rilke ou Nietzsche et jetées aux quatre vents de la Sérénissime, prises dans ses jeux de miroir, ses tons et ses couleurs, ceux-ci coulant leurs subtiles émanations sur les expressions singulières de "Venezia". Loin des clichés et autres cartes postales, le dépaysement est assuré, et le goût douloureux de quelque visage perdu vous attendra peut-être au détour des canaux de votre mémoire.

      Gasp