Allerseelen / Otzepenevshiye / Neutral - Georg Trakl : Umnachtung

ALLERSEELEN / OTZEPENEVSHIYE / NEUTRAL
Georg Trakl : Umnachtung

Ewers Tonkunst / Indiestate, 2008

 

 

"Umnachtung" est une oeuvre inspirée par l'univers du poète autrichien Georg Trakl (né en 1887), écrivain torturé qui sans doute aurait salué favorablement cet écho des plus obscurs dressé par trois entités, lesquelles ont su façonner ici d'énigmatiques recoins d'ombre.
Déclin, drogue, démence, cet amour fou pour sa soeur Gretl, entre lumière et ténèbres, chute et rédemption, il n'est bien sûr pas permis, pas possible de cerner sur les contours vagues d'une poignée de mots l'envergure de cet auteur qu'une overdose de cocaïne emporta le 3 novembre 1914, peu de temps après le déclenchement du premier conflit mondial.

Split à trois voix, c'est dans l'ordre suivant (et sur neuf compositions) que se présente "Umnachtung" : Otzepenevshiye et Neutral, tous deux originaires de Russie, et l'Autrichien Gerhard Hallstatt (alias Kadmon) et sa créature Allerseelen.
Otzepenevshiye, mené par Asterius et VoPoH, nous plonge sans attendre sous un dais où l'on peut discerner le masque de l'angoisse à travers les distorsions d'une guitare, déployant une atmosphère oppressante qui nous prend à la gorge jusqu'à ne plus laisser passer le moindre souffle. Le dark industriel du duo, se jouant sur une ligne plus "apaisée" et planante sur "Utroba", nous encercle tel un piège, une horde de démons intérieurs chargeant l'âme de plomb.
ASH, l'homme derrière Neutral, nous mène quant à lui sur des chemins qui, si de prime abord nous apparaissent moins denses, n'en sont pas moins peuplés de spectres; les notes de piano de "Verfall", cette ambiance crépusculaire et morbide et les spoken words de Kadmon (précisons que ce dernier assure la narration de poèmes de Trakl) refroidissent les contreforts d'une campagne abandonnée où l'on se retrouve face à soi-même, le nez dans les méandres de sa propre solitude, impression confirmée par "Siebengesang des Todes" et un "Die blaue Nacht ist sanft" particulièrement hypnotique où l'intervention d'une guitare accompagne la lente émersion d'un cadavre depuis les tréfonds d'un lac glacial...
Allerseelen complète le puzzle avec ce style au caractère répétitif que les amateurs reconnaîtront; si la boucle un peu ennuyeuse de "Die Raben" ne m'a pas franchement convaincu, les contours davantage soutenus et menaçants de "Verfall" accrochent mieux, à mon goût, les carrefours multiples du système nerveux, en tout cas des trois interventions de l'artiste autrichien c'est celle-là qui, il me semble, offre le visage le plus expressif, complétant le portrait musical d'un artiste autant complexe que maudit.

      Gasp