Chronique de la compilation Tribute To The Dead Soldiers (1914-1918) Vol. 2

TRIBUTE TO THE DEAD SOLDIERS (1914-1918), Vol.II
La Caverne du Dragon, 2009
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Suivant de près la parution du premier "Tribute To The Dead Soldiers (1914-1918)", ce second Volume s'articule également en deux parties, chacune d'elle offrant ici douze compositions. L'écoute de cette nouvelle compilation disponible en libre téléchargement ne décevra personne, l'hommage se poursuit et débute même de la plus belle des manières avec "The Bowmen" de Pale Roses, une page dark folk délicate teintée de mélancolie à la croisée d'Andrew King et In Gowan Ring, relayée par "Kriegslied" de In Scherben; guitare, flûte et quelques percussions pour un titre néofolk de facture classique chanté en allemand.
C'est à l'excellent Kunstgerecht de parler ouvertement à nos émotions, "Died Before Their Time" est tout simplement émouvant, la voix de Ewan Burke aime à colporter des frissons dans son sillage (pas si éloignée de celle d'un Patrick Leagas), animant ainsi sa dark folk d'une âme à part, poignante.
Strydwolf
pourrait dépeindre l'arrivée des soldats, les rumeurs du combat que souligne ce ton martial, menaçant, un style presque "cinématographique" appuyé par de brefs samples en provenance du front.
Barbarossa Umtrunk
, c'est toujours une autre dimension, une atmosphère nimbée d'ésotérisme; ambiance en profondeur donnant le sentiment de se trouver au centre d'une salle immense renvoyant les échos du fanatisme : "La guerre est l'un des dépassements les plus sacrés...", alors seulement à l'heure où "Les Oies Sauvages Volent vers le Nord", embrassant l'ambre flamboyant d'un crépuscule sang et or.
Quentaro
est le projet néoclassique du Russe Rasul M; ici avec "Widow", on songe à la dignité d'une femme, à la peine retenue, pas de tristesse mais une souffrance élevée dans l'éclat d'un soleil où le visage de l'homme aimé tombé au champ d'honneur s'entrevoit l'espace d'un fugitif reflet.
L'Espagne ne manque pas de talents (Eldar ou L'Horrible Passion par exemple, lesquels figuraient sur le précédent Volume), et visiblement, Persona est à ajouter au nombre de ces créateurs à suivre de près. "Preussischer Stolz", c'est un moment orchestral qui, s'il débute par un échantillon de fanfare victorieuse, récupère vite l'image de la "fleur aux dents" pour l'enfouir sous la boue des tranchées, brusque chute en mode mineur survolant les terres dévastées et l'agonie des blessés.
Merankorii
a sa propre expression de la douleur, qu'il place avec "Playground" sur un sommet nu et brumeux; essai minimaliste et fantomatique, quelques mitrailles dans le lointain et une mélodie nostalgique digne d'une boîte à musique pour enfance à jamais perdue et enterrée...
Nebel
s'ouvre à l'intérieur d'une sphère dark ambient avant de rallier ses troupes à un choeur symphonique ; "Cendres de Ruines" est un morceau à "étapes", une étendue désolée cédant sa place à des textures plus électroniques dont la froideur épouse le degré zéro d'un regard mort.
La lointaine Ukraine avec Surma et leur "Haidekampf" dont la partition de sang s'écrit sur un orgue funèbre, minutes solennelles avant l'univers indéfinissable de Nuit Close; "Le Traumatisme du Guerrier" se situe aux confins d'une musique intimiste dessinant sur les murs de nos insomnies les ombres chinoises effrayantes des esprits meurtris, rien ne sera plus jamais comme avant chantent doucement les blessures sans répit.
Une première partie qui s'achève sur le "Russian War Hymn" de L'Artiste Inconnu, titre très court (1mn25) tout en samples dont le caractère anecdotique ne devrait pas laisser de souvenirs impérissables.

C'est au "Norden 14" de Kinky Propaganda de briser le deuxième sceau à l'aide de ce qui pourrait être un tambour de fer, matraquage bruitiste qui me rappelle l'éprouvant "Death of a Man" de Death In June (concernant ce titre, voir la participation de Zr19.84 sur le premier Tribute), agression aiguë dont la matière "brute" se voit recouverte d'une coulée indus d'appartenance synthétique.
Avec "Gas Attack" de British Iron Age (projet canadien animé par le compositeur de Ghost of a Flea), c'est la tête horriblement lourde que l'on tente d'avancer dans l'humeur empoisonnée d'un dark ambient dont les volumes étouffent les déflagrations environnantes, siège de dangers perpétuels sous les vagues mortifères d'un brouillard chimique suffocant.
Herr P, aux commandes de Seuchensturm, progresse vers les lignes ennemies; si l'indus martial déployé sur "Stechschritt 1914" est sans réelle surprise, il a le mérite d'être efficace et sait s'imposer à la façon d'une colonne de chars qui fonce droit sur nous !
Les deux minutes du titre de Holtzman Engine ("Steam Engines") passent trop vite, on a à peine le temps de contempler ces masses cuivrées ruisselantes de chaleur et pourvoyeuses d'échos profonds, où sourdent des langues de vapeur prêtent à nous noircir la peau.
"Heimkehr"
de Spreu & Weizen ressort la lourdeur martiale, percussions en armes au jour J de la bataille décisive, instant ultime où un nouveau chapitre va s'écrire !
Le dark indus de L.C.B., c'est ce vieux film de grisaille et de hachures qui n'existe que dans notre esprit; la folie court avec les rats et la peur au fond de la tranchée, épiant sournoisement entre la boue infecte et le corps inanimé du camarade...
Les Vénézuéliens de Nuevo Ideal Nacional laissent parler la poudre; extraits de fusillades, moteur d'avion et autres détonations mélangés à des voix d'enfants poussant la chansonnette populaire pour ce court morceau en hommage à l'aviateur Carlos Meyer Baldo (1895-1933) qui se battit au côté des Allemands.
"Pile of Corpses 1918"
, titre on ne peut plus explicite mené par Maximum Terrorem, un dark ambient minimaliste qui dit en très peu de mots cette vision macabre, surréaliste, et s'achevant par un silence encore plus éloquent !
Avec Zahnrad, c'est l'inverse ! "Overhang by Eternity (Latvian Riflemen)" nous déchire les tympans, torture nos méninges avec de l'indus-noise corrosif, du verre pilé auditif pour séances de coupures létales.
Front Sonore
poursuit avec "La France, la Victorieuse !", industriel dont la volonté bruitiste, bien que présente, refuse de s'imposer en laissant plutôt se profiler les horreurs en puissance au-delà d'un horizon de plomb.
Corazzata Valdemone
démarre dans l'agression pure, encore du noise, maintient ensuite un climat indus / abstrait et finalement surprend par ces spoken words vibrant d'un étrange écho qui font de "Il Fante Affardellato" une compo' pour le moins magnétique !
C'est à Wormburner de clore cette seconde partie plus âpre et virulente; "Tanga 1914 (Battle of the Bee's)" débute sous de menaçantes pesanteurs avant d'amorcer un ton où se mêlent des émotions de détachement et de désespoir, presque planant mais avec les ailes décharnées de la Faucheuse...

Ainsi vont les âmes errantes des soldats disparus, ainsi vont les musiques, les images qu'elles suggèrent et la créativité au service d'un bel hommage serti dans le mémorial sonore de ce Volume 2 incontournable si son prédécesseur vous a séduits.
Bonne écoute !

      Gasp