Chronique de la compilation Tribute To The Dead Soldiers (1914-1918) Vol. 1

TRIBUTE TO THE DEAD SOLDIERS (1914-1918), Vol.I
La Caverne du Dragon, 2009
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La Caverne du Dragon est un jeune Netlabel qui pose avec cette très bonne compilation une solide pierre à ses fondations. Comme son titre l'indique, "Tribute To The Dead Soldiers (1914-1918)" est un hommage aux combattants tombés lors du premier conflit mondial, une réunion de sensibilités et de talents couvrant un spectre néofolk-martial orchestral-ambient qui permet de découvrir de nouveaux artistes tout en constatant l'étonnante vitalité d'une scène de plus en plus riche. Ce premier Volume (un second est prévu avant la fin 2009) s'articule en deux parties, chacune d'elle proposant dix compositions. Chronique Nocturne entame l'écoute avec "Des Sols Trempés de Larmes", une voix féminine entre amertume et désenchantement face à un horizon de souffrances, une introduction relayée par la dark folk mélancolique d'Art Abscon(s) ("Roses of Picardy (Glory and Sacrifice)"), avec ses percussions et ses samples d'antan, puis "Mémoires d'un Poilu" de Sinweldi (lequel s'est fait connaître récemment avec l'album "Is Europe Dying ?"), ambiance tendue pour une guitare acoustique semblant scruter l'ennemi, l'oeil rivé en une interminable attente dans le froid et la peur.
"Ballata delle Rovine [2009 remix]"
d'Albireon dissimule de violentes douleurs dans sa trame presque onirique, des visages déformés dans le miroir d'une eau glaciale, gouttes de sang suspendues aux notes d'un piano et vertige du traumatisme.
Le thème de la Grande Guerre n'est pas inconnu de l'univers de Storm Of Capricorn puisque en 2005 paraissait l'opus "Retours des Tranchées"; l'approche musicale se présente ici sur le versant d'une dark wave martiale, Serge Usson sait toucher la corde sensible, et nos émotions répondent à l'appel que "No Turning Back Nor Goodbye" leur envoie.
La nuit tombe sur les terres dévastées, The Pride Of Wolves tient dans sa coupe atmosphérique l'air brûlant des récents combats alors qu'au loin s'émiettent quelques explosions; "Western Front (Night Attack)" est une menace pesante et irréductible, le drame flottant dans tous les coeurs oppressés et brisés.
Impressionnante facette que celle de Barbarossa Umtrunk qui débute sur un sample s'ouvrant à l'ennemi, comme un miroir terrible montrant, d'un côté comme de l'autre, les mêmes vies détruites, blessées, hors champ de ce qui fut la vie... Orchestrations apocalyptiques, le soleil a disparu dans un océan de sang noir, dix minutes s'achevant sur l'air léger d'une vieille chanson allemande sous les contreforts de ces "Orages d'Acier".
"... As the Last Light Extinct"
de Naudhiz c'est encore la mitraille et les explosions sur une colonne de samples incendiaires, c'est aussi une guitare discrète et mélancolique, un fond minimaliste qui coule doucement telle une larme malheureusement inutile contre la folie des hommes.
Le Finlandais de Winter Gardens s'impose lui avec "Ivs Gentivm", un titre symphonique et martial en route vers la Victoire, épique et wagnérien, là où notre flambeau resplendit l'ennemi s'est tu semble-t-il nous dire.
Front Sonore
referme ce premier volet avec "British Sector", vieux documents audio noyés dans un brouillard noise toxique, grésillements qui vous asphyxient tout en vous rongeant les chairs pour une longue agonie...

C'est au talentueux Eldar de dévoiler l'austère frontispice du second tome : "Elias" n'est plus vraiment terrestre, de l'ambient qui nous parle de l'âme, de la mémoire ? Peut-être oui, mais toujours avec ce goût terrible cramponné au fond de la gorge !
Percussions, orgue et sirènes sur "And The Troups Incoming" de J Orphic; un break tourmenté en milieu de morceau et une pression constante, la mort collée au moindre centimètre de ce concert d'angoisses à vif.
Nihil Novi Sub Sole
est un projet de Marco Kehren (Deinonychus); "Tannenberg 1914" est une pièce tragique, superbe, un fragment de partition néoclassique arraché à la tragédie auquel succède "Les Ombres, Marinette !", morceau ambient martial des Allemands de Verney 1826 qui nous conte bien des menaces, lesquelles se voient confirmées sur "Immortel" de Tumor Necrosis Factor, avec des passages indus-guerrier-rituel qui me font un peu penser à Melek-Tha.
"Jour après jour, nuit après nuit..."
, ainsi commence "L'Enfer" de Jörvallr, sans arrêt et non stop de la haine, de la souffrance et de la mort que restitue à merveille la spirale de ces boucles symphoniques étouffantes.
Le militariste "Singt Eisern !" de Gabe-Unruh est tout en percussions et claquements de bottes sur le pavé, hypnose belliciste qui n'admettra aucun retour en arrière, les peuples s'embrasent entre les bribes "va-t-en-guerre" de discours enflammés !
L'Horrible Passion
traîne un parfum de mémorial, de vaste cimetière recouvert de croix blanches et identiques, "The League Of Nations" en détache au fond d'un oeil de marbre les ondoiements d'un drapeau ensanglanté cloué dans un crépuscule vide et sans lendemain...
"Elegance and Brutality (Death of a Man)"
de Zr19.84 superpose par endroits (si mes oreilles ne me trompent pas) des lambeaux du titre de Death In June (voir l'album "The World That Summer") à son indus minimaliste et râpeux; une sorte d'embryon du chaos en devenir, sinueux et mortel.
Dernière halte avec Tsidmz et de loin pas la meilleure : "The Power Of The Wolves" est une intrusion dark electro qui a l'air de s'être "trompé de porte" et vient casser une ambiance globale et une cohérence qui jusque-là demeuraient irréprochables... Un morceau à oublier très vite !

Mis à part cet ultime bémol, je vous recommande chaudement cette compilation où quelques artistes européens ont croisé leurs talents afin de dresser un hommage sonore captivant, fort et émouvant !
Remercions donc La Caverne Du Dragon pour leur initiative tout en attendant la parution du deuxième Volume qui j'espère viendra rapidement !

      Gasp