Chronique de la compilation Procédé Andrussow : Vol 1

PROCEDE ANDRUSSOW : VOL I
Cyanur Prod, 2012
[Téléchargement libre]

 


Cyanur Prod est un jeune netlabel mené par Beashmael Islandis (voir le site) proposant en libre téléchargement des émanations asphyxiantes ayant principalement pour terreau l'indus martial, l'ambient et le néofolk.
Cette première compilation me rappelle les grandes heures de La Caverne du Dragon, autre netlabel qui je l'espère refera un jour parler la poudre (souvenez-vous entre autres de l'incontournable "Tribute to the Dead Soldiers" en trois volets).

Procédé Andrussow présente vingt titres (dont deux bonus tracks), large éventail qui débute par la "Machinerie Phallique du Mont Hurlant" de Nors'Klh (jetez une oreille sur l'excellent Verse I – La Montagne Vivante); ton monumental et chtonien, des choeurs ensorcelés accompagnant la mise en oeuvre d'un rituel rejoint par un chant féminin, l'ensemble, vraiment très convaincant, siégeant au coeur de puissances ascendantes.
Glacial et robotique, le "Pactum" de Militia Dei marche droit sur nous, délimitant ce qu'il nous reste à vivre depuis la frontière constamment mouvante de cette armée au tranchant redoutable...
"Pro Patria Mori"
de Vir Martialis poursuit avec un style toujours martial mais cette fois plus compact et musclé, avec force percussions et éléments symphoniques, une bonne surprise et un groupe à surveiller de près !
On poursuit avec "Tierra Interior" de Barbarossa Umtrunk qu'on ne présente plus, projet mené par le Baron Von S., lequel en quelques années a redessiné les contours de l'ambient martial orchestral, dotant ses oeuvres d'une envergure toute personnelle, la compo' ici présente (voir l'album "Distant Shores...") en étant un bel échantillon.
Bloodsoil
saisit fermement le flambeau avec un "Blood Redemption" de facture classique mais ô combien efficace, trame épique pour un départ au combat brûlant comme les feux de l'aube dans le coeur des soldats...

La Dernière Attaque veut cerner l'âme au plus près et y parvient avec "The Ghost Ship", un chant féminin pour une symphonie martiale toute en retenue, poignante, révélant la discrète atmosphère de lointaines époques...
Bienvenue dans le "U 518" de Grabstein, sous-marin qui s'enfonce lentement dans les eaux opaques d'un indus bruitiste minimaliste, cadence répétitive des machines captant les signaux brouillés d'un air de jadis puis destruction massive sous les bombardements...
Avec "Parlons à Ecrire" de l'énigmatique I, Eternal, on se retrouve piégé par une séance d'hypnose dépassant les 37 minutes, étape de cette compil' qui mériterait presque à elle seule une chronique à part. Boucles d'échos et paysages fantômes accrochés au néant ou au pire de nos cauchemars, excroissances de l'angoisse hantées par des sons et des voix qui se déclinent dans les profondeurs d'interminables couloirs où stagnent les miasmes d'une folie ne demandant qu'à écarteler notre cerveau... Et bien plus encore ! "Parlons à Ecrire" n'est pas un titre facile mais qui saura récompenser celui qui prendra le temps de s'y immerger, celui qui ne craindra pas de se perdre dans son labyrinthe d'expérimentations déroutantes et de "bribes musicales" surgies d'on ne sait où, expérience de l'abstrait où le mot repère n'est plus qu'un mirage, vague souvenir d'un autre monde qui disparaît doucement dans la mémoire de l'Eternel...
Repassons maintenant de l'autre côté du miroir sur une interface qui n'en demeure pas moins sombre, celle de Darmstadt 1313, le projet de Beashmael Islandis.
"Humpback Whale Blood Poisoning cyanic"
est une plage dark indus délétère où se greffent les plaintes et couinements de ce que l'on suppose être une baleine à bosse à la dérive et se mourant lentement...
On change de décor et de siècle avec les délicates harmonies d'Arquelon; ambiance médiévale, chant féminin mélodieux et instrumentation acoustique sur la partition dépaysante de "El Rey de Francia".

Dolorism nous réveille brutalement dans un lieu obscur et inconnu; des ombres de voix, une sourde rumeur et un climat digne d'un film d'horreur où nous sommes tenus en haleine... Ici la violence se devine plus qu'elle ne se montre, ce qui fait la force de "Janitor's Playground".
"So Shalt Be Thou Grave"
de Unune se veut quant à lui lancinant, sournois, un tempo lent laissant imaginer un vague rituel, des samples de maître Crowley et des sonorités émises par quelque source d'énergie inconnue, fréquences mortes de mondes anéantis...
Autre entité qui a aussi fait ses preuves, Front Sonore nous dépeint un paysage rouillé, détruit, décomposé, dont les lignes bruitistes envahissent le corps et l'esprit; "This is a Revolutionary Suicide" n'échappe pas à la règle et fait pleuvoir l'acide sur nos tympans... et masochistes que nous sommes, nous en redemandons !
Nebel
est un autre incontournable des "musiques de la peur", il fait partie de ces artistes capables d'installer l'auditeur dans le for intérieur de son "cinéma" personnel, le laissant peindre ses propres démons sur la pellicule de sa psyché, "Martyr" démontre une fois de plus que les formes se profilant dans les masses de ce brouillard sont quasi palpables, terriblement inquiétantes, prêtes à nous bondir sur le poil !
Attention ! Harsh Discipline (un side-project de Grabstein) risque d'être un moment douloureux pour certains ! Je parlais plus haut de masochisme, eh bien là nous sommes servis, ce "Why God permits Evil" (une cover de Rozz Williams) est une tranche harsh noise qui s'apparente clairement à une séance de torture physique et mentale !
Hiron
nous replonge dans les limbes, nous tentons de progresser tant bien que mal entre les formulations abstraites d'un "Betek barr ar menez – nor an nemeton"; des sculptures sonores dont les contours flous nous échappent, on les croit organiques et ce ne sont que des enchevêtrements d'ondes, ou bien est-ce le contraire...

Une surprise avec "Moon Cats", le titre suivant, puisque le style abordé ici, à savoir la cold wave, s'éloigne de la dominante indus de la compilation; MoonC Cat délivre donc une compo' honnête, certes classique dans sa forme et sans surprise mais plaisante à écouter.
Une tonalité guerrière revient à la surface avec "Triumph of the Will" de Anthem, des vocaux gutturaux (qui me font un peu penser à Bain Wolfkind), des percussions et une touche symphonique plutôt en retrait pour un titre correctement ficelé.
Nous retrouvons Barbarossa Umtrunk avec le "Rayon Vert" (morceau figurant sur "Regnum Sanctum"); sample vocal s'appuyant sur les fontes d'un ritual ambient dont les reflets arctiques laissent partiellement deviner ce qui sera l'avenir de la formation.
Nous terminons sur "Death in West", une collaboration Grabstein / Darmstadt 1313 rampant dans les gaz toxiques d'un dark indus laissant échapper des coups de feu et la Marche funèbre de Chopin; lourd et venimeux, il clôt ce Procédé Andrussow que je vous invite à écouter, les talents comme les bonnes idées n'y manquent pas, merci à Cyanur Prod de nous donner l'opportunité de les découvrir !

      Gasp