Boozoo Bajou - 4

BOOZOO BAJOU
4
Apollo, 2014

 

 

Boozoo Bajou ? Ce nom ne vous dira peut-être rien. Un nom qui ne paye pas de mine d'ailleurs, qui file dans une partie de cerceau en passant d'un O à l'autre, et pourtant... Moi, c'est la pochette qui a retenu mon attention. Pas de titre, pas de nom, rien, juste une peinture* représentant une mer déchaînée, la glace, le froid.
En provenance d'outre Rhin, Boozoo Bajou est un projet actif depuis la fin des années 90 mené par Florian Seyberth et Peter Heider. Sobrement intitulé "4", cet album réunit dix compositions, dix instrumentaux finement sculptés dans un rêve arctique que l'on traverse en perdant la notion du temps, celle-ci se figeant à jamais dans ces méandres de lumière et d'eau, musique aux reflets cristallins qui n'oublie pas de nous faire sentir reliefs et aspérités, tension et apaisement.
L'écoute débute par "Jan Mayen" dont la sonorité du bugle ("flugenhorn") et l'atmosphère me font penser à certains passages du "Cartography" d'Arve Henriksen; ça pourrait donc commencer plus mal et un peu plus loin, l'emploi du duduk sur "Hirta" viendra confirmer la personnalité méditative de l'oeuvre. C'est l'heure du voyage, de ceux que l'on fait en fermant les yeux; paisible, étrange, dépaysant, retenant des énergies qui battent dans les veines d'un inlandsis, "4" est un bel exercice d'équilibre entre son utilisation de l'électronique et une gamme plus "organique" (guitare, percussions, piano ou encore violon).
Les cordes frottées de "Tiefdruck-Hochdruck" s'emparent de la fin sur le mode d'un mirage, formes mouvantes derrière un miroir liquide, belle conclusion affirmant la promesse d'un ailleurs pour qui voudra bien jeter les amarres depuis ces berges.

       Gasp

    *Voir le site de Werner Knaupp